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undefinedCe blog est simple, un seul type de texte, des illustrations de ce que peut être concrètement le développement durable. Une lecture rapide, et une possibilité de commenter, critiquer, compléter ces textes. Une construction commune et critique du développement durable. Le rythme : deux parutions par semaine, et de temps en temps une lettre pour vous tenir informés de la marche du blog, des nouveaux mots parus. Pour réagir, deux formules : soit le commentaire, en cliquant sur le mot en bas du texte que vous souhaitez commenter, soit un texte nouveau, que vous m'adressez par mail en cliquant sur l'adresse figurant dans l'en-tête. C'est très simple.                                                                         

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Dominique Bidou

 

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, Dominique Bidou Développepment durable, est le support juridique (SARL) de mes interventions en tant que consultant. DBDD s’adresse aux collectivités, aux administrations, aux entreprises publiques et privées. Toutes les activités sont concernées, chacune avec ses spécificités qu’il convient d’intégrer dans les interventionsDBDD propose un accompagnement dans l’élaboration des politiques de développement durable, diagnostic, choix de lignes directrices, mobilisation des acteurs, personnels et partenaires, contrôles et évaluation.  contact@db-dd.org

 

quelques articles et ouvrages

Vous trouverez ci-dessous une liste de mes principaux articles, rapports et ouvrages sur le développement durable

 - Le développement durable : une logique de dépassement, Revue politique et parlementaire, numéro hors série Le Grenelle de l'environnement, avril 2008 le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf
- De bonnes recettes pour le développement durable, communication à l’académie d’architecture, 6 mars 2008Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf
- Pour le développement durable : une défense solide, une attaque créative, Préventique, n° 97, janvier-février 2008Article-dans-Pr-ventique.pdf Article-dans-Pr-ventique.pdf
- La haute qualité, une bonne recette pour le développement durable, Qualitique, n° 193, décembre 2007
article-dans-qualitique.pdf article-dans-qualitique.pdf

- Coup de shampoing sur le développement durable - Ibis press, 2007  www.ibispress.com

- La qualité environnementale des opérations d’aménagement, Etudes foncières, n° 127, Mai-juin 2007 artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf

- Développement durable, XXIème siècle : un défi pour les économistes, Sociétal n°53,

juillet 2006 Soci-tal--version-publi-e.pdf Soci-tal--version-publi-e.pdf

- Éthique et construction, revue « profession achat » n°20, déc 2005 – Janvier 2006

- La science des systèmes : un levier pour le développement durable, communication au congrès européen de systémique, Paris, 19 septembre 2005

 

- La HQE, une dynamique en marche, in Nouveaux paris, la ville et ses possibles, sous la

 

direction de Nicolas Michelin, Picard 2005

- Les inégalités écologiques en milieu urbain (avec col.) Inspection générale de l'Environnement et Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- Le développement durable, un nouvelle frontière pour les services déconcentrés de l’Etat, (avec Dominique Schneider et col.) Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- L'air, in revue Passages, Panorama 2004 du développement durable, édition spéciale n°1,

décembre 2004

- Tous gagnants, la dynamique du développement durable – Ibis press, 2004 www.ibispress.com

- Une démarche de progrès pour le bâtiment, Constructif, novembre 2003

- Une gestion « sociétale » des entreprises, Entreprise éthique, avril 2002

- Un moteur de modernisation, revue politique et parlementaire, mars-avril 2000

- Environnement et développement économique, in Poursuivre la décentralisation, Editions Pouvoirs locaux, 1994

- Le livre vert de l’écologie urbaine dans la construction et l’habitat, ministère de l’Equipement, 1993 Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc

- Écologistes : le malentendu, revue politique et parlementaires, n° 914, Janv-Fév 1985

 

 

 

 

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Jeudi 3 juillet 2008

En ces périodes de soldes[1], un mot de la mode, au féminin car le mot existe aussi au masculin avec un autre sens. Voilà un concept qui pousse à la consommation. Il faut être à la mode, et pour cela jeter des vêtements encore en très état. Ce renouvellement accéléré des garde-robes n’est pas très durable, sauf si ce n’est qu’une manière de démarrer la vie d’un habit, qui va, après une époque flamboyante où il est à la mode, passer sur d’autres épaules et alimenter une filière de récupération. C’est le cycle de vie du vêtement qui compte, avec tous les usages successifs qu’il va avoir avant sa fin de vie. Que devient-il alors, ses éléments sont-ils récupérés et intégrés dans de nouveaux produits, ou bien vont-ils polluer des paysages ou des milieux naturels ? La mode est un accélérateur de la consommation, ce qui mérite un examen particulier sous un regard critique,  mais elle provoque aussi du plaisir, et il serait bien méchant de la condamner sans aller voir plus loin quel est son véritable bilan environnemental et social. Ce bilan sera sans doute l’occasion de s’interroger sur la durée de vie normale[2] des biens de consommation courante mis sur le marché, sur les matières premières nécessaires, sur la toxicité éventuelle de certains composants,  et en définitive de manifester une exigence sur les produits eux-mêmes. La mode ne concerne pas que les vêtements, et touche d’autres biens sensibles pour l’environnement, comme les téléphones portables. La mode, oui, mais par pour des produits nocifs, trop gourmands, ou trop pénalisant pour l’environnement ou les personnels qui les fabriquent.

La question de la mode se pose aussi sur le concept même de développement durable. Ce serait, diront certains, une mode, passagère comme toutes les modes. Politiquement correct pourrait-on dire, d’une autre manière. Nous savons bien que ce n’est pas vrai, que le développement durable bouscule l’ordre établi, qu’il n’est pas éphémère et qu’il va marquer profondément le 21e siècle. Mais pourquoi refuser les bénéfices d’un phénomène de mode ? La mode est une vague porteuse de comportements nouveaux. Ceux-ci sont en général de courte durée, mais ils peuvent suffire à entraîner certaines modifications dans la perception des choses et dans les comportements. Un phénomène passager peut avoir des suites durables. La mode du développement durable va permettre d’en parler abondamment, dans les supports très variés, de toucher des catégories de personnes en dehors des circuits traditionnels de la communication sociale, économique ou environnementale. Cet afflux est attendu, mais il est vrai que sa soudaineté, et la conversion trop rapide de faiseurs de modes peut constituer un danger. Surfer sur la mode est un art délicat, mais si on le maîtrise, il peut accélérer la nécessaire prise de conscience, populariser le sujet, et diffuser de bonnes idées pratiques pour responsabiliser nos concitoyens. La dérive[3] du gadget est bien connue, et il faut bien sûr la combattre, mais faut-il pour autant abandonner les facilités qu’offre une mode, bien pilotée ?

Les modes, nous en avons besoins pour diffuser des comportements nouveaux. Jusqu’à présent, elles ont plutôt joué à l’encontre du développement durable, et pourquoi nous n’essaierions-nous pas de les exploiter à son profit ?

Il va falloir manger moins de viande, qui occupe trop de surface[4] pour nous nourrir, par rapport à des végétaux. Il va falloir manger des produits de saison, et les cuisiner sans consommer trop d’énergie. C’est donc une nouvelle culture alimentaire qu’il faut créer et promouvoir, et ce n’est pas rien au pays de Gargantua, des milliers de fromages, et du Charolais (ou autres limousins, salers, etc.). La mode peut être le vecteur de diffusion de cette nouvelle culture, avec des vedettes que chacun s’efforcera d’imiter, de copier. On le voit aujourd’hui sur nos murs, au profit de la sécurité routière. Le développement durable a besoin que les comportements vertueux soient valorisants, que chacun d’entre nous y trouve un profit à engranger pour son image et son statut social. L’heure de la mobilisation de la mode a sonné !


Prochaine chronique : Europe

[1] Soldes, chronique du 17/01/2008

[2] Normal, chronique du 29/08/2006 et n°47 dans Coup de shampoing sur le développement durable, Ibispress, 2007.

[3] Dérive, chronique du 22/05/2008

 

[4] Surface, chronique du 15/11/2007

 

par Bidou publié dans : developpement-durable communauté : Les blogs citoyens
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Lundi 30 juin 2008

Depuis que l’on utilise des céréales pour faire rouler les voitures, leur prix s’est envolé. Le bio carburant, ou l’agro carburant pour reprendre cette nouvelle appellation légitimement critique, serait coupable de détourner de l’alimentation de nombreuses terres agricoles, ce qui entraîne une pénurie de denrées alimentaires.

C’est vrai qu’il va falloir faire attention. Demander à la terre de fournir à la fois, et subitement, dans des délais record, de la nourriture, de l’énergie, des matières premières et de la diversité biologique, c’est être bien exigeant. Cela crée inévitablement des tensions, nées de la concurrence entre les destinations des sols. Ceux-ci, non seulement ne sont pas infinis, mais en plus se dégradent, et voient leur productivité affectée par de nombreux phénomènes d’érosion, d’acidification, de pollution et d’appauvrissement, tout comme la mer, mais là, c’est une autre histoire.

Rien d’étonnant dans ces conditions qu’une pression accentuée d’une de ces utilités ne se répercute durement sur les autres. Les déséquilibres sont en général encore renforcés par des phénomènes multiplicateurs, tels que la spéculation, le stockage, etc.

Il ne faut pas pour autant se contenter d’une analyse primaire, il est trop facile d’hurler avec les loups. Les agro carburants ont leur part de responsabilité, et la hausse rapide des prix pétroliers en est un déclencheur évident. Il y a d’autres phénomènes, et en particulier le développement de nouvelles habitudes alimentaires. La calorie animale est beaucoup plus exigeante que la calorie végétale. Le rendement de la transformation varie selon les espèces, du poulet au bovin. Pour ce dernier, c’est un facteur 8 qui s’interpose entre la production primaire, sans rien ajouter, et la calorie disponible dans votre cuisine[1]. Il faudrait 8 fois plus de surface à cultiver pour rendre le même service, l’alimentation, avec la filière bovine, pour un bon steak par exemple, que pour du pain. A l’époque où l’on se soucie de l’empreinte écologique, de la surface[2] nécessaire pour faire vivre dignement un être humain, ce facteur 8 a de quoi faire réfléchir.

Des sociétés traditionnelles s’en étaient bien rendu compte, et ont su parfois faire preuve de sagesse. Jared Diamond nous raconte[3] l’histoire des habitants de Tikopia, une toute petite île du Pacifique, qui a du vivre en autarcie pendant trois mille ans. Après avoir éliminé de leur régime alimentaire, par un excès de prélèvement, les oiseaux et certains poissons, ils avaient développé l’élevage du porc. Leur population a augmenté, et avec elle les besoins, et ils se sont aperçus qu’il fallait cinq kilos de légumes pour faire 500 grammes de porc, lesquels étaient finalement réservés aux chefs. Ceux-ci ont pris la décision historique, en 1600, de tuer tous les porcs, pour améliorer le rendement alimentaire de leur surface vitale, ce qui a permis aux Tikopiens de surmonter le défi alimentaire sur leur petit bout de terre loin de tout contact avec l’extérieur.

C’est un peu l’inverse que l’on observe aujourd’hui. Les grandes concentrations urbaines que l’on voit croître sous nos yeux dans de nombreux pays s’accompagnent de la diffusion de nouvelles habitudes nutritionnelles. L’exode rural massif vers les villes modifie profondément la demande en produits alimentaires, et accentue la pression sur les sols dont une partie, pas la plus productive mais quand même productive, est abandonnée. Chacun semble s’accorder sur le caractère irréversible de cette croissance des villes au détriment des campagnes. En voilà une conséquence directe pas très « durable ». Il est bien sûr possible de lutter contre cette évolution des régimes alimentaires, mais il faudrait pour cela le vouloir et y mettre les moyens. Entre temps, on observe chez nous, en France, que le mouvement vers les grandes villes n’est plus ce qu’il était, que les campagnes se repeuplent. Même si les nouveaux ruraux sont bien différents des anciens, leurs aspirations et leurs modes de vie ne sont pas les mêmes que ceux de urbains. Le jardin potager n’est pas loin.

Les crises alimentaires dans les pays du Sud montrent les méfaits de l’abandon des campagnes et de leur production de subsistance. Il y aura peut-être des surprises dans les mouvements démographiques des prochaines années.

Il faut donc amener nos concitoyens à adopter des régimes alimentaires plus vertueux. Coup de chance, les régimes vertueux pour la planète le sont en général aussi pour notre corps et sa bonne forme. Ils vont souvent à l’encontre d’envies que l’on a du mal à réprimer, mais chacun sait qu’il faut faire à cet égard preuve de volonté. Il faudrait pour obtenir des résultats significatifs que l’on aille au-delà des déclarations défensives, du type ne pas grignoter, qui accompagnent les tentations vers le sucré et le gras. Il faut rendre valorisants les régimes respectueux de la planète, il faut que la bonne bouffe, celle qui vous pose dans les salons, qui vous rend moderne et dans le vent, soit celle qui satisfait notre faim, vous donne du plaisir, et respecte votre organisme, tout ça au moindre coût environnemental, en prélevant le moins possible de ressources, et en provoquant le moins de rejets. Comme ce n’est pas chacun d’entre nous qui va calculer le poids écologique de notre bouffe, il serait bon que ce soit les professionnels qui le fassent, et nous proposent de bonnes réponses à nos questions. Moins de viande, c’est plus de produits végétaux, à combiner habilement, à diversifier, à assaisonner, à cuisiner sans consommer trop d’énergie. Chouette, il va y avoir du nouveau en cuisine, et des saveurs originales à découvrir !


Prochaine chronnique : Mode 

 


[1] Cuisine, chronique du 12/10/2006  et n°17 dans Coup de shampoing sur le développement durable, www.ibispress.com

[2] Surface, chronique du 15/11/2007

[3] Dans Effondrement, Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Gallimard, 2006 pour l’édition française

par Bidou publié dans : developpement-durable communauté : Les blogs citoyens
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Jeudi 26 juin 2008

Le développement durable est la construction collective d’un monde nouveau. La dynamique ancienne manière était fondée sur l’expansion, sur la colonisation d’une terre considérée comme infinie, mais depuis quelques dizaines d’années, maintenant, il semble bien que nous consommions chaque année plus que ce que la planète peut produire. Adieu, donc, l’exploitation insouciante de réserves infinies, bonjour l’ingéniosité qui permet de tirer le maximum de services de la moindre ressource offerte par la Terre.

Ce changement de principes de développement, certains diront de paradigme, n’est pas anodin. Il marque un virage dans l’histoire de l’humanité, avec son côté marche vers l’inconnu, exploration de futurs possibles. Personne ne peut prétendre décrire cet avenir, autrement que comme des hypothèses, des scénarii, des projections bien utiles pour comprendre où l’on va. Il s’agit de lancer un vaste mouvement de transformation de nos sociétés, en lui donnant des moteurs, des instruments de pilotage, volant, repères, clignotants, et en aidant chacun d’entre nous à trouver son rôle dans cette transition historique qui s’est déjà engagée.

Ce mouvement est forcément une remise en cause de nombreuses certitudes, et aussi de situations sociales, de références culturelles. Les intérêts des uns et des autres sont évidemment au cœur des débats, car chacun mesure la fragilité des héritages, dans un tel contexte. Il n’y a pas d’acquis qui ne puisse être remis en question. Les principes du développement durable assurent à chacun une place dans le monde de demain, avec la satisfaction de ses besoins, mais il va falloir accepter d’abandonner des avantages, certains diront des privilèges, ou supposés tels, qui nous différencient les uns des autres et nous permettent d’affirmer notre identité. Les cartes vont être redistribuées, comme au lendemain de grands cataclysmes, de conflits majeurs, de révolutions. Cette perspective en effraie plus d’un, et comme nous ne sommes pas en crise dure, beaucoup espèrent s’en tirer en faisant le dos rond, en attendant que ça se passe, en changeant le moins possible ses habitudes. Les résistances au changement sont multiples, et pour certaines parfaitement légitimes. Comment créer le mouvement dans ces conditions ? Comment éviter que ce soit une crise majeure, violente, qui nous oblige à opérer à chaud, dans les pires conditions, ces transformations que la simple observation de la planète devrait nous convaincre de lancer toutes affaires cessantes.

C’est que chaque remise en cause d’avantages apparait comme une régression. Les sondages nous le disent : Après une longue période d’amélioration continue, une majorité de nos contemporains craignent que leurs enfants ne vivent plus mal qu’eux. Un retournement de situation qui serait d’ailleurs effectif si notre modèle de développement ne changeait pas. En attendant, chacun défend son métier, ses investissements, murement étudiés sur la base du monde d’hier, celui où l’énergie n’était pas chère. Les perspectives d’avenir, lointain comme immédiat, semblent bien sombres. Le résultat est une radicalisation, qui peut rendre violent le plus doux des hommes. Le terrorisme n’est pas loin, et on l’a même vu en mode écologique, avec la menace de déverser des produits dangereux dans les rivières. Le désarroi et le désespoir conduisent à des extrémités qu’il serait coupable de ne pas envisager, et qu’il faut à tout prix désamorcer. C’est la condition du mouvement.

Il faut offrir de nouvelles perspectives, proposer quelques repères solides pour baliser[1] un futur trop incertain.

Le débat politique traditionnel peine à fournir ces repères, la droite, supposée conservatrice, prônant un mouvement souvent considéré comme un retour en arrière, et la gauche, en opposition, apparaissant au contraire conservatrice, arc-boutée sur des avantages acquis non défendables à terme.

Il est vrai que proposer le retour en arrière, le retrait, comme perspective de mouvement, n’est pas très emballant, et que l’immobilisme nous conduirait dans le mur[2]. C’est un changement de cap qu’il faut proposer, avec des horizons qui à la fois font rêver et apparaissent suffisamment réalisables pour que le jeu en valle la chandelle. Un mouvement qui, une fois amorcé, se poursuive et s’amplifie de lui-même.

Ce changement de cap est d’autant plus difficile que l’essentiel des dirigeants, politique et professionnels, que les relais d’opinion, ont jusqu’à une date encore récente flatté les comportements qu’il aurait convenu d’abandonner au plus vite,  et privilégié des orientations qui se révèlent des impasses. La question de la pêche apporte une parfaite illustration de cette politique à courte vue, poussant des professionnels à investir dans des matériels lourds et gourmands, pour aller achever de tarir la source de leur revenus, pour être sûr de bien tuer la poule aux œufs d’or.

La prise en charge des populations engagées dans des impasses est incontournable, non pour les assister jusqu’à leur disparition totale, mais pour les accompagner dans le recherche d’un autre avenir que celui qu’ils ont toujours eu en tête. La société n’a pas su anticiper, et le prix à payer ne peut qu’être supporté par tous, à condition qu’il contribue au mouvement, à la recherche du monde de demain, et non au prolongement désespéré de celui d’hier.

Le dossier des retraites illustre également bien la nécessité du mouvement. On peut toujours changer quelques paramètres, taux de cotisation, âge légal, etc. Toutes les décisions annoncées aujourd’hui apparaissent comme des pertes de droits, des régressions sociales. Ce ne sont que de petites mesures comptables, qui ignorent la réalité humaine. Le monde nouveau à construire sera un monde à la fois hyper productif, et de vieux. La place du travail ne pourra pas être la même que dans le monde hérité d’un passé laborieux, courbé sur la terre ou l’établi. De même que les vieux ne pourront demeurer une catégorie à part, à la fois marginale et terriblement présente. Le nouvel ordre social est à créer, non comme un recul mais comme une nouvelle chance pour l’humanité. Ce n’est qu’en lançant avec détermination[3] la recherche de ce nouvel ordre social que l’on sortira des marchandages et que des perspectives d’avenir se découvriront.


Prochaine chronique : Céréales

[1] Balise, chronique du 13/08/2007

2 Mur, chronique du 08/04/2006 et n°43 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com )

3 Détermination, chronique du 13/03/2008

 

 

par Bidou publié dans : developpement-durable communauté : Développement Durable
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Lundi 23 juin 2008

Sac

J’entends à la radio s’exprimer l’inquiétude d’un journaliste. Nous sommes en Chine, dans une ville toute neuve, parée de toutes les vertus de l’écologie, une ville qui tente en particulier de vivre sans sac en plastique[1]. Belle ambition ! Et le journaliste de s’inquiéter pour les milliers d’emplois[2] que l’abandon desdits sacs par les magasins allait affecter. L’écologie ne fait manifestement pas bon ménage avec l’emploi !

Ce genre de réflexion, hélas encore fréquent, illustre la dérive[3] extraordinaire de l’approche courante de l’économie. L’utilité sociale a disparu des raisonnements. L’important serait l’emploi, et non la création de richesses, de services pour répondre à des besoins. Le sapeur Camembert a encore frappé. Il faut à tout prix s’occuper, travailler, peu importe à quoi ça sert. D’ailleurs le PIB, le fameux indicateur de notre efficacité économique, ne comptabilise que le volume d’activité, et non son utilité sociale. Le Bonheur National Brut, c’est bon pour le Bhoutan[4].

Le développement durable, ce serait tout simplement de remettre les choses à leur place, de ne pas baisser les bras devant les dérives que chacun finit par admettre, selon un principe de réalité qui semble anéantir tout esprit de résistance, bien qu’il nous conduise droit dans le mur. Ces dérives sont bien connues, elles correspondent à une inversion dans les valeurs, du type la demande au service de l’offre, l’économie au service de la finance, l’homme au service de la machine, etc. Nous savons tous que la réalité est complexe, et que ces valeurs doivent trouver leur équilibre, mais l’emballement des logiques de production possède une force qu’il est souvent difficile de maîtriser. C’est alors la dérive du productivisme, avec en figue de proue le fameux sapeur Camembert. L’emploi pour l’emploi, le travail[5] pour le travail, y compris le travail qui ne sert à rien, ou qui, pire encore, détruit des valeurs, c’est en fin de compte mépriser le travail humain, c’est le contraire de l’humanisme.

Revenons au sac plastique. Il rend souvent service. Un service qui doit être évalué à l’aune des ressources consommées pour le rendre et pour en éliminer ensuite les séquelles, pour l’éliminer après usage. Un coût physique, en matières et en énergie, à comparer avec celui d’autres manières de rendre le même service. S’il est justifié, il faut en payer le prix[6]. Si au contraire il est facile de s’en passer, si le coût en ressources semble prohibitif par rapport au service rendu, abandonnons le sac plastique à son sort, le pétrole trouvera meilleure utilité dans d’autres transformations.

Et les emplois ainsi condamnés ? Et bien justement, la crainte souvent manifestée est celle du manque de bras. La pyramide des âges inquiète nos dirigeants, et les gestionnaires des caisses ce retraite. Il n’y aurait pas assez d’actifs pour assurer notre prospérité. Voilà une réserve que l’on pourrait mobiliser, au fur et à mesure que le besoin se fera sentir. Il faut pour cela revoir le sens du mot actif, et ne l’attribuer qu’à ceux qui créent de la richesse nette. Cela devrait ouvrir des marges de manœuvre. Il y a aussi tous les services qui ne sont pas rendus, notamment pour améliorer le sort des plus démunis, de populations non solvables, de laissés pour compte de la croissance. L’abandon des sacs plastiques, c’est aussi de l’argent économisé, puisqu’ on ne les fabrique plus, qu’on n’importe plus le pétrole nécessaire à leur fabrication, qu’on les distribue plus, et qu’on n’a pas ensuite à les récupérer pour les incinérer, ou les recycler, pour qu’ils ne dégradent pas les paysages en s’accrochant aux branches. Voilà, potentiellement, une ressource financière qui pourrait trouver une nouvelle affectation, pour occuper les bras qui seraient rendus ballants par l’abandon du sac plastique.

Ce raisonnement, vous l’aurez remarqué, est idyllique. L’argent ne change pas d’affectation aussi simplement. Il faut que chaque acteur économique y trouve son intérêt, ce qui ne semble pas impossible si on s’organise bien, et si la transition est bien gérée. Il faut pour cela une politique volontaire, allant de l’avant et non pas à reculons, en n’acceptant la disparition du sac plastique, celui qui ne rendrait pas un service correspondant à son coût environnemental, que contraint et forcé. Une politique volontaire et adoptée par tous les acteurs concernés qui doivent tous y gagner. Tous autour de la table pour se mettre d’accord, pour le plus grand profit de l’environnement et des acteurs économiques. Ne serait-ce pas la philosophie du Grenelle de l’environnement ?


Prochaine chronique : Mouvement


[1] Plastique, chronique du 11/12/2006

[2] Emploi, chronique du 04/06/2007

[3] Dérive, chronique du 22/05/2008

[4] Voir la chronique Pavé (05/05/2008)

[5] Travail, chronique du 1er mai 2006 et n°77 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[6] Prix, chronique du 26/02/2007

 

par Bidou publié dans : developpement-durable communauté : Les blogs citoyens
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Jeudi 19 juin 2008

Abandonnons la compétence définie comme le droit d’un tribunal à juger d’une affaire ou le domaine réservé d’un ministre, pour se concentrer sur celle que l’on définirait comme la capacité à faire face à une exigence professionnelle, ou à une situation nouvelle. C’est l’aptitude face à une tâche qu’il faut accomplir, et la question est particulièrement d’importance dans les époques de transition, de ruptures comme on dit aujourd’hui, ou d’accélération de l’histoire comme on disait avant. Tantôt ce sont des personnes très compétentes qui se trouvent brutalement rejetées parce qu’elles ne répondent plus aux besoins de l’instant, tantôt ce sont des évolutions technologiques très prometteuses qui ne peuvent progresser faute de personnel compétent. On parle d’adaptabilité, on nous dit que chacun d’entre nous devra changer plusieurs fois de métier dans sa vie, et le terme d’employabilité devient une référence majeure pour nous caractériser dans notre vie au travail.

Un concept est né de cette situation, celui du bilan de compétences. Il n’est pas tout jeune, en réalité, ou bien il a des parents, puisqu’on en trouve les prémisses en 1945, en Amérique, quand l’US Army a du reconvertir une grande quantité de militaires. On le trouve en France dans les années 1960, pour la reconversion des sidérurgistes, et le terme lui-même apparaît dans des circulaires en 1986 puis dans des accords interprofessionnels de 1991[1].

Ce bref historique nous conduit au cœur du développement durable. Le bilan de compétence est la traduction opérationnelle d’une hypothèse : chacun a un potentiel, il faut l’identifier et le décrire, pour le valoriser. Ce potentiel est bien sûr connu pour une part, et même affiché, mais une bonne partie reste cachée, et n’est mobilisée que discrètement pour conforter celle que dont on se flatte. Et nous avons tous, en plus, des compétences que nous ignorons nous-mêmes, et qui restent en friche  si elles ne sont pas sollicitées. Le bilan de compétence doit faire ressortir l’ensemble de ces compétences, même les cachées ou les inconnues, celles qui n’entrent pas dans les grilles habituelles d’analyse. Nous sommes à l’opposé d’une conception bien répandue, celle du tamis, de la sélection. Dans ce système, les besoins normatifs de l’économie permettent d’élaborer une grille, un crible, et tous ceux qui ne passent pas entre les mailles sont exclus. Tant pis pour eux, mais aussi tant pis pour la collectivité, qui se voit ainsi privée de compétences multiples, sans doute pas celles que l’on a cartographiées pour élaborer les grilles de sélection, mais des compétences multiples dont la créativité est négligée faute de l’avoir imaginée au départ. Quel gâchis ! Et un gâchis qui s’accentue au fur et à mesure que les exigences s’affinent, que les mailles se resserrent. C’est une part croissante du capital [2] humain qui est ainsi abandonnée.

Avec le bilan de compétence, le regard est inversé. Le potentiel humain, dans toutes ses dimensions, est le point de départ, au lieu de besoins prédéfinis et par suite enfermés dans un cadre rigide. Le développement durable est se construit chaque jour, nous le découvrons progressivement. Il ne ressemble pas au monde du passé, et on ne pourra le faire qu’en ouvrant au maximum le champ des possibles. Au lieu de partir d’une description a priori des besoins, qui sera forcément fausse, partons du souci de ne fermer aucune porte, de n’abandonner aucun savoir faire. Comme les ressources sont limitées, il va falloir les exploiter le mieux possible, et demander à chacun de réaliser son potentiel, ce qui leur permettra aussi de se réaliser eux-mêmes. L’accueil dans des conditions de dignité de 9 milliards d’êtres humains d’ici 2050 exige une valorisation optimale de toutes nos ressources, et notamment les ressources humaines.

Le parallèle peut être fait aisément avec l’agriculture[3] et le sort réservé aux terres agricoles. Les techniques modernes d’exploitation ont permis des progrès de productivité spectaculaires, et ont permis d’abandonner des terres les plus ingrates. Une formidable concentration s’en est suivi, aussi bien des pays producteurs qu’au sein de chacun de ces pays, des régions les plus adaptées aux techniques. D’immenses territoires ont été abandonnés, se sont dégradés, ont perdu leur population d’agriculteurs avec leurs compétences bien particulières. La crise alimentaire dont on parle aujourd’hui est la conséquence de cette concentration dictée plus par le souci de diffuser des matériels et des produits que par celui de valoriser au mieux chaque type de sol, à partir d’un bilan de ses compétences. Mis au point pour les hommes, le bilan de compétence pourrait être avantageusement transposé aux territoires.

Reprenons dans l’ouvrage de Michel Joras les ingrédients qui font la compétence :

-         les savoirs ou connaissances spécifiques et transverses ;

-         les savoirs mis en pratique, savoir-faire, les aptitudes ;

-         l’intelligence personnelle et professionnelle, les capacités ;

-         les attitudes comportementales : les savoir-être avec autrui, les savoir-être éthiques, jadis dénommés vertus ;

-         l’envie, la volonté de mettre en œuvre ses compétences et de les développer lorsque l’employeur en donne les moyens ;

-         au moment où la globalisation de l’économie s’impose, il semble indispensable face au métissage des cultures d’ajouter des critères supplémentaires : la compréhension de l’autre, des savoir-être culturels…

 

Des composants décrits pour des personnes, à décliner pour nos villes, nos banlieues, nos villages. On retrouve le génie des lieux.


Prochaine chronique : Sac 

 



[1] Je tire ma science sur le bilan de compétence du Que sais-je du même titre, 4eme édition (PUF, 2007), de Michel Joras, que je remercie vivement de ses conseils et de ses critiques parfois embarrassantes mais toujours opportunes

[2] Capital, chronique du 22/02/2007

 

[3] Agriculture, chronique du 08/05/2008

 

par Bidou publié dans : developpement-durable communauté : Développement Durable
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