Le DD par les mots

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Un mot, un mot courant, de la vie de tous les jours, et une approche du développement durable, inspirée par ce mot. Tel est le principe de ce blog pour mieux comprendre la richesse de cette expression, née il y a plus de 20 ans et toujours mal connue.  Il faut lui donner un sens plus pratique, plus proche de la réalité quotidienne, sans pour autant lui faire perdre sa force et son caractère universel. Chaque mot, pris dans l'actualité ou au fil d'une conversation, donne l'occasion d'une réflexion sur le développement durable. Au lieu de partir du développement durable, et de tenter de l'expliquer, nous allons partir de la vie et des mots ordinaires, pour aller vers le développement durable. Près de 400 mots ont ainsi été déclinés dans l'univers du développement durable, de janvier 2006 à juin 2009. Un livre a été publié en 2007 à partir des 80 premiers mots Coup de shampoing sur le développement durable, préfacé par Didier ADES.
L'été 2009 sera l'occasion d'une mutation. Vous trouverez dans quelques mois une présentation de tous les mots têtes de chapitre, plus de nombreux autres très présents dans les textes. Un accès facile pour circuler dans l'univers du développement durable à partir de l'une ou l'autre de ces multplies portes d'entrée.
Entre temps, il n'y aura plus de chronique régulière, juste parfois des billets d'humeur. Vous trouverez aussi la liste des mots par ordre alphabétique, et la présentation, à l'occasion, de billets que j'ai l'occasion de publier sur d'autres supports.
Pour être tenu informé de la suite de ce blog sans avoir à y penser, il suffit de vous isncrire à l'aide de la case juste au dessous, en suivant les instructions. C'est très simple. A bientôt

Dominique Bidou
 

Une approche offensive

Il nous faut inventer le monde de demain, en mobilisant le plus d'énergies possible. L’approche proposée dans ce blog est résolument offensive, et fondée sur deux lignes directrices 

-  Anticiper et se placer de manière à bénéficier des changements à venir. Inventer un monde nouveau est à la fois un projet enthousiasmant, une obligation éthique et une opportunité économique.
-   Adapter le concept de développement durable à chaque cas d’espèce, en s’inspirant de recettes simples et de méthodes éprouvées à décliner dans chaque contexte. 

Les bouquets du DD

 Un bouquet pour la finance bouquet-finances.pdf bouquet-finances.pdf

Un bouquet pour les dividendes bouquet-dividendes.pdf bouquet-dividendes.pdf

Un bouquet pour la bouffe La-bouffe.pdf La-bouffe.pdf

dans la série Les péchés capitaux au service dudéveloppement durable, un bouquet pour l 'orgueil Bouquet-orgueil.pdf Bouquet-orgueil.pdf , un bouquet pour l'envie Bouquet-envie.pdfBouquet-envie.pdf , un bouquet pour l'avarice Bouquet-Avarice.pdf Bouquet-Avarice.pdf

Présentation

Jeudi 25 juin 2009

Cultivons notre jardin. Candide et Voltaire réunis nous renvoient à la culture dans tous ses états, c'est-à-dire dans tous les sens du mot. Au sens propre du jardin[1], dont nous tirons de la nourriture, du plaisir, et de la sagesse. Cultiver son jardin, c’est aussi approfondir son identité[2], affirmer sa personnalité. Un petit relent de repli sur soi, au terme de nombreuses aventures, à moins que l’on ne choisisse le jardin planétaire, et que l’aventure ne fasse que commencer.

Abandonnons le jardin, quelle qu’en soit l’étendue, et prenons le mot culture au sens des sociologues, qui nous parlent de modèles culturels. Il s’agit de nos références intimes, de notre logiciel personnel comme on dirait aujourd’hui. Des modèles souvent inconscients, des choix de vie qui nous semblent incontournables alors qu’ils ne sont que l’expression de préférences et d’habitudes que l’on a du mal à remettre en cause. Chacun a son logiciel, transmis en partie par la famille et la communauté où l’on vit, avec de nombreux amendements apportés par la vie, les copains, la télé, la publicité et bien d’autres évènements qui nous marquent, parfois sans que nous ne nous en apercevions.

Le problème est que tous les logiciels ne sont pas compatibles. Quand on ne s’en rend pas compte, bonjour les malentendus, les dialogues de sourds. La tour de Babel n’est pas loin. On croit faire plaisir et on heurte une sensibilité, on pense avoir parlé clairement, et l’autre n’a rien compris, même s’il utilise les mêmes mots : les références ne sont pas les mêmes. Les logiciels peuvent devenir compatibles, pour peu que l’on y fasse attention. Ce serait dommage qu’ils deviennent identiques.

La diversité des modèles culturels est une richesse de l’humanité. Des regards différents sur la vie, une autre approche des choses, voilà bien de quoi nous surprendre, nous débarrasser de nos certitudes, nous déstabiliser, ce qui est nécessaire pour ne pas reproduire à l’infini les pratiques de nos parents, ne pas prolonger éternellement les tendances du passé. La confrontation est un facteur essentiel de progrès, et nous en avons grand besoin pour surmonter les crises qui nous touchent, crise financière, économique, mais aussi écologique, sanitaire, alimentaire. Il faut adopter des idées différentes de celles qui nous ont conduits à ces crises, et ce n’est pas facile. La rencontre avec d’autres modes de pensée est une aide extraordinaire pour cet exercice d’innovation sociale, que nous sommes condamnés à réussir.

 Cultivons donc la différence, tout en cherchant à se comprendre mutuellement, voilà le paradoxe qu’il nous faut accepter. Plus de solution unique, universelle, qui s’imposerait à tous : Chaque jour, chaque occasion, chaque circonstance demande une application particulière des mêmes principes nous dit Sun Tzu[3].

La diversité culturelle est parue tellement importante que certains préconisent d’en faire un quatrième pilier du développement durable, aux côtés des trois classiques, économie, social et environnement. Est-ce la bonne manière de souligner le rôle de la culture, qui déborde largement, disons-le au passage, du domaine confié au ministère du même nom, les beaux arts, les spectacles et la littérature. La culture au sens des comportements, des logiciels des individus et des communautés humaines, irrigue tous les gestes de la vie, la moindre décision et bien sûr les nombreux réflexes, instinctifs, que nous manifestons face à un évènement imprévu. Elle affecte le sens que nous donnons à l’efficacité économique, aussi bien que les formes que revêt la solidarité, ou encore notre relation avec la nature et les éléments. Elle est très présente dans la gouvernance, dont elle est une dimension structurante.

Gardons nous de négliger la culture et les modèles de comportement. En faire une dimension spécifique du développement durable ? Un quatrième pilier en compliquerait singulièrement la représentation. Déjà un univers en 3D est complexe, je n’ai pas les meilleurs souvenirs de la géométrie dans l’espace. Mais en 4D, il faut passer en virtuel, c’est une autre approche, totalement conceptuelle, et qui ne rendra pas le développement durable populaire comme il doit l’être. Enrichissons les piliers reconnus, la culture a une valeur économique, elle fonde de nombreuses pratiques sociales, et conditionne notre vision de la nature et de l’environnement. Elle est le fondement de la gouvernance.

La culture et la diversité culturelle offrent de nombreuses pistes pour relever les défis du développement durable. Elles conduisent également à diversifier les approches, à élargir la palette des réponses. Cultivons donc notre jardin, la planète, sous tous ses aspects, milieux physique et humain en symbiose. C’est comme ça que nous ferons grimper le BNB, bonheur national brut, tout en enrichissant le patrimoine que nous léguerons aux générations futures.


prochaine chronique : Ainés

[1] Jardin, chronique du 19/03/2009

[2] Identité (12/04/2007)

[3] Sun Tzu, L’art de la guerre, article VIII

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable - Communauté : Les blogs citoyens
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Lundi 22 juin 2009

Nous parlerons évidemment de marchands de tapis. Un style qui semble dominer le monde aujourd’hui, alors que les enjeux devraient nous conduire, bien au contraire, à dépasser l’intérêt de chaque acteur. Chacun y gagnera[1] bien plus, et largement, à jouer collectif plutôt que perso.

 

Le réchauffement climatique offre une bonne illustration de cette constatation. Tant que la lutte contre l’effet de serre apparaîtra comme un effort, voire un sacrifice, une bonne action, on aura du mal à progresser. Chacun mesurera sa contribution à l’aune de celle des autres, les marchands de tapis seront au zénith, et notre avenir au fond du trou. Les avancées se feront toujours au forceps, et a minima.

 

Nicholas Stern et bien d’autres économistes nous l’on pourtant bien dit : la lutte contre le réchauffement climatique est une bonne affaire. Non seulement le fil de l’eau, le BAU (business as usual), l’inaction coute très cher, mais l’action, constituée essentiellement de R&D, est rentable en elle-même. L’intérêt des acteurs et celui de la planète ne sont pas antagonistes. Mais attention : l’action doit faire l’objet d’une décision, alors que l’inaction, même si elle coûte très cher, n’en a pas besoin.

Il faut tout faire pour déclencher la décision.

Tout est bon pour ne rien faire : les doutes scientifiques, comme le sentiment d’impuissance face à l’immensité des besoins. A l’époque Bush, à quoi bon faire des efforts alors que les Américains refusent de mettre en question l’American way of life ? Et maintenant, à quoi bon puisque l’Amérique d’Obama a décidé de prendre le leadership de la lutte contre l’effet de serre ?
C’est un des drames du développement durable : il est le plus souvent présenté comme une obligation morale
[2], du Nord vis-à-vis du Sud, et de la génération[3] actuelle vis-à-vis des générations futures. Bien sûr, cette obligation morale existe, mais elle ne suffit pas à déclencher le passage à l’acte. La morale et le business ne cohabitent pas toujours très bien. Tant que la perception « moralisante » du développement durable sera dominante, les gens « sérieux », les décideurs, les financiers, ne le prendront que comme une contrainte, au lieu d’en faire une opportunité.

La lecture de la presse sur la conférence de Bonn, préparatoire à la conférence de Copenhague qui fixera les objectifs pour l’après Kyoto, présente une approche de type marchandage. Les efforts des uns ne peuvent qu’être la contrepartie des efforts des autres, forcément jugés insuffisants.

Une autre vision serait que ces efforts sont des investissements rentables. Ils traduisent une étape dans la modernisation des économies, dans une recherche d’une meilleure efficacité dans l’utilisation des ressources de la planète. La lutte contre l’effet de serre est donc un moteur du changement, une pression qui nous oblige à nous dépasser
[4], dans l’intérêt de tous. L’essentiel est donc d’organiser le mouvement, pour que chacun profite équitablement de ce progrès. Le pari, qui semble bien raisonnable, est que l’investissement à consentir sera bien plus rentable si on y va tous ensemble, bien coordonnés, plutôt qu’en ordre dispersé, chacun pour soi.

Une coordination planétaire, sur la base de situations très différentes, de ressentiments et de dissensions anciennes, de responsabilités des uns et des autres vis-à-vis de la dégradation de l’atmosphère, n’est évidemment pas une affaire simple. Le contexte semble néanmoins assez favorable. La période de rodage des instruments anti effet de serre n’est pas terminée, mais nous les maîtrisons bien mieux qu’à Kyoto. Les négociations
[5] portent sur les rejets, mais elle n’est pas indifférente à la question de la ressource, marquée par des tensions fortes et des hausses de prix spectaculaires, et avec un effet de yoyo qui n’arrange rien.

La perception par les acteurs du caractère rentable de l’investissement, et rentable à terme assez proche, progresse régulièrement. Il faudra dépasser l’aspect inévitable « marchand de tapis » pour aller résolument vers « l’investisseur avisé ». On ne mettra pas tout le monde d’accord, mais si les acteurs les plus réactifs s’y mettent, une nouvelle dynamique
[6] sera lancée.

 

Cette chronique reprend largement une contribution au débat sur la préparation de Copenhague que vous trouverez sur le blog http://energie.lexpansion.com

prochaine chronique : Culture



[1] Voir la chronique Gagnant, du 06/06/2006

[2] Morale (19/02/2009)

[3] Générations (23/10/2008

[4] Voir la chronique Dépasser (18/06/2006, et n°19 dans Coup de shampoing sur le développement durable, www.ibispress.com )

[5] Négociation (18/09/2006 et n°45 dans Coup de shampoing)

[6] Dynamique (21/07/2006 n°22 dans Coup de shampoing)

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable - Communauté : Les blogs citoyens
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Jeudi 18 juin 2009

Il ne s’agira pas ici du sens de la mesure, une vertu[1] dont l’utilité n’est plus à démontrer, mais de la manière dont on évalue un phénomène, en l’occurrence le développement durable, cet être étrange et multiforme dont ce blog parle régulièrement depuis plus de trois ans. La question est de savoir si l’on progresse ou si l’on régresse, de savoir comment on se situe par rapport aux autres, d’identifier les leviers qui apportent une efficacité maximum à l’action que l’on peut mener pour bien faire.

Inutile d’ajouter qu’en période de crise, où l’incertitude et l’inquiétude règnent, on est bien content de trouver des repères, surtout si on veut naviguer à contre-courant, et qu’il faut convaincre un tas de gens. Les indicateurs traditionnels de l’économie, PIB en tête, sont contestés quand il fait beau, mais deviennent la référence incontournable au moindre coup de vent. Les emplois, les emplois, les emplois ! Le PIB qui traduit un niveau d’activité, répond à la demande immédiate, mais ne donne aucune indication sur  le rendement du système : Les ressources disponibles produisent-elles le maximum de bien être ? Et en cas de crise profonde, c’est bien sur l’essentiel qu’il faut réfléchir, l’efficacité de notre organisation sociale.

Il n’empêche, et il faut s’en réjouir, les travaux avancent sur d’autres manières d’évaluer de développement d’une société. On a vu le BNB, bonheur[2] national brut se mettre en place au Bouthan, petit pays, certes, mais il faut bien commencer.  On a vu les économistes publier de nouveaux indicateurs, comme le Happy Planet Index, ou de décliner les différents types de capital[3] dont l’humanité tire ses revenus.

Le débat est ouvert en France à la suite du Grenelle de l’Environnement qui annonce la mise en place d’indicateurs du développement durable en 2010. Une commission a démarré ses travaux en 2008, sous la présidence d’un prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, pour compléter l’approche comptable du volet des prélèvements. Il s’agit d’une épargne nette ajustée, une expression dont les économistes ont le secret, où les ressources consommées dans un cycle de production sont décomptées des bénéfices. La moindre des choses serait-on tenté de dire. Comment établir un bilan sans y intégrer le passif ? Cette approche, qui reste comptable, devrait être complétée d’indicateurs d’autres natures, comme l’indice de développement humain ou l’empreinte écologique[4].  Le Conseil économique, social et environnemental vient de son côté de publier un rapport[5] sur les indicateurs du développement durable. Sa préoccupation première est de fournir des indicateurs facilement compréhensibles. Il s’agit d’un instrument de communication, et les écarts entre la perception vécue et les analyses des experts est tellement fréquente qu’il faut à tout prix éviter ça. C’est sans doute la raison pour laquelle les membres du CESE ne sont pas fana des indices synthétiques, composites et donc d’interprétation difficile. Ils préfèrent des indicateurs plus clairs, comme le bilan carbone qui ne porte que sur un seul phénomène. Bref le débat est ouvert, sur la manière de rendre compte le plus fidèlement possible, et le plus simplement possible à a fois, des nombreuses dimensions de notre vie, santé, travail, loisirs, formation, intégration dans la société, etc. Il ne peut être franco-français, et de nombreux organismes internationaux comme l’OCDE se penchent sur la question de la mesure des progrès en développement durable. L’objectif est de passer d’une civilisation « du beaucoup avoir » à une civilisation « du mieux être », pour reprendre les termes du rapport du CESE. La comptabilité purement quantitative doit laisser la place à une approche plus qualitative. La mesure devra devenir intelligente !

 Prochaine chronique : Tapis


[1] Vertu, chronique du 15/03/2007

[2] Bonheur, chronique du 28/07/2006 et n°5 dans Coup de shampoing sur le développement durable, www.ibispress.com

[3] Capital (22/02/2007)

[4] On se reportera sur ce point à la rubrique Hectare (28/06/2006 et n°30 dans Coup de shampoing)

[5] Les indicateurs du développement durable et l’empreinte écologique, avis présenté par Philippe Le Clézio le 27 mai 2009, disponible sur www.conseil-economique-et-social.fr

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable - Communauté : Les blogs citoyens
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Lundi 15 juin 2009

Un mot qui fait peur, mais un mot qui fait rêver. Le sauvage est prêt à vous manger tout cru, et même si le bon sauvage le fera avec respect, en espérant incorporer vos nombreuses qualités, cette perspective ne vous réjouit guère. Mais sa liberté et sa manière de vivre, en étroite communion avec les éléments, témoigne d’un art de vivre, d’un savoir, d’un sens de l’observation qui nous impressionne à juste titre.

La nature sauvage produit les mêmes sensations, d’angoisse et de séduction. Riche et généreuse, mais aussi dévastatrice, mystérieuse et secrète, mais aussi pleine de pièges et de dangers. On ne s’aventure pas dans la nature sauvage sans précaution. La tentation est alors grande de vouloir tout contrôler, de domestiquer la nature. C’est le passage des la cueillette à l’agriculture, c’est la construction de moulins sur les rivières. L’histoire de l’humanité se confond avec cette tentative permanente de maîtrise de la vie sauvage. Haro sur le sauvage, vive la civilisation.

Le goût du sauvage nous revient, maintenant que l’on a le sentiment d’avoir été jusqu’au bout de la conquête de la planète. Nous avons pris possession de la création, une nostalgie de la nature nous revient, comme au temps des romantiques. Pour beaucoup, cet amour était sympathique, mais pas très sérieux. La poésie ne nourrit pas les milliards d’êtres humains qui peuplent aujourd’hui notre Terre, laquelle a ses limites, même si on espère encore pousser les murs. Nous savons que ce ne sera pas toujours possible. C’est ce qui a justifié pendant des années des efforts d’artificialisation, comme la révolution verte en agriculture, où les grands barrages, comme celui des trois gorges en Chine par exemple. Les conséquences en sont alarmantes.

L’introduction de méthodes modernes, totalement étrangères aux pratiques traditionnelles, à tous points de vue, n’a pas nourri la planète. Elle a provoqué une évolution de l’agriculture vers plus de dépendance par rapport à ses fournisseurs, et par suite un besoin incontournable de changer de production, des cultures vivrières vers des cultures d’exportation.     

La recherche de ressources nouvelles est rendue nécessaire par la dégradation du patrimoine vivant utilisé pour l’agriculture. La sélection des espèces les plus productives a entraîné l’abandon de nombreuses variétés exploitées depuis la nuit des temps, adaptées à des conditions climatiques et agronomiques données. Aujourd’hui, il faut rechercher des espèces originelles, pour régénérer le patrimoine génétique de nos cultures.

De même, on s’aperçoit que le sauvage a du bon dans les aménagements. Fini les coupes réglées, les alignements au cordeau, les endiguements et canalisations forcées. Les fleuves sauvages ne sont pas si gênant que ça, ils apportent des nutriments aux vallées qu’elles baignent comme à leurs estuaires. A vouloir tout contrôler, tout domestiquer, on obtient le résultat attendu, celui de devoir tout faire soi-même, au lieu d’engranger les fruits du travail des autres, de la nature en l’occurrence. Les services qu’elle nous rend, moyennant un peu de respect, commencent à être perçus. Le récent rapport de Bernard Chevassus-au-Louis pour le Centre d’analyse stratégique, intitulé Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes reprend à cet égard la classification proposée par le Millennium Ecosystem Assessment (MEA). Elle distingue quatre ensembles : les « services d’auto-entretien », non directement utilisés par l’homme mais qui conditionnent le bon fonctionnement des écosystèmes (recyclage des nutriments, production primaire), les « services d’approvisionnement » (ou de prélèvement), qui conduisent à des biens appropriables (aliments, matériaux et fibres, eau douce, bioénergies), les « services de régulation » c’est-à-dire la capacité à moduler dans un sens favorable à l’homme des phénomènes comme le climat, l’occurrence et l’ampleur des maladies ou différents aspects du cycle de l’eau (crues, étiages, qualité physico-chimique) et, enfin, des « services culturels », à savoir l’utilisation des écosystèmes à des fins récréatives, esthétiques et spirituelles. Le sauvage a encore de beaux jours devant lui, pour peu que les Hommes prennent conscience de ce qu’il nous apporte.

 

Prochaine chronique : mesure

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable - Communauté : Développement Durable
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Jeudi 11 juin 2009

La tendance au rejet de ce qui ne vous plait pas est bien naturelle. La mondialisation ne vous plait pas, elle crée et renforce des inégalités : haro sur elle, et vous voilà antimondialiste. Ce phénomène se développe souvent dans le champ du développement durable. La croissance nous mène à l’impasse ? Vive la décroissance. La décroissance comme objectif, ça fait tout drôle, mais ça interpelle. D’autres tiendront en horreur la réglementation, toujours rigide et imbécile, empêchant de prendre les bonnes décisions et surtout d’innover. La déréglementation apparait alors comme la délivrance. Les exemples sont nombreux de cette réaction des anti ou des dé-quellequechose.

Il n’y a pas mieux pour brouiller les esprits. Les antimondialisation ne se disent-ils pas citoyens du monde ? Ou bien sont-ils des protectionnistes à tout crin, repliés sur les frontières comme barricades contre les aléas de l’étranger. Des super Dupont, soucieux de la défense d’une France idéalisée, voire pétainiste, ou bien des tiers-mondistes convaincus, qui trouvent que la libéralisation des échanges détruit des sociétés entières, appauvrit encore plus les plus pauvres, casse la moindre dynamique locale de développement autonome ? Les antimondialistes, ceux qui manifestent au moindre G7, ou G20, ont bien compris le danger, et ils ont changé de nom : ce sont les altermondialistes, ceux qui veulent un autre monde, où la terre serait ronde, pour reprendre la chanson. Il y a sans doute parmi eux des partisans de l’autarcie, mais il s’agit surtout de modifier les modes de développement du Nord pour laisser sa chance au Sud.

La dérégulation est une mode bien portée en France. La récente présentation par 10 architectes de perspectives pour le Grand Paris a permis à certains d’entre eux de dire tout le mal qu’ils pensent des règlements. Vive la liberté ! Faites nous confiance, on vous trouvera les bonnes solutions. C’est le même langage qui est tenu par certains patrons, bridés par les lois sociales, qui affirment qu’ils pourraient faire beaucoup plus de bien autour d’eux s’ils avaient les mains libres. Intellectuels, artistes, grand capital et petits patrons se retrouvent alliés pour lutter contre toutes les entraves[1] à leur créativité. Bel ensemble, un peu surprenant, mais ils doivent bien avoir raison quelque part. Que de règles obsolètes, datant d’une autre époque ! Sans parler des corporatismes, des avantages acquis, des rentes de situations, de la peur du changement. Il faut casser des vieilles règles, qui nous enchainent. C’est la dérégulation. On s’aperçoit vite que tout le monde n’est pas d’accord. Même imparfaites, les règles permettent de vivre ensemble, elles organisent la société, définissent des modes apaisés de relations, protègent les plus faibles. Il est vrai que la manière de décrire ces exigences n’est pas sans poser des problèmes. Soit on reste général, soit on entre dans les détails. Mais chacun sent bien l’intérêt de règles communes, malgré leurs défauts et leurs excès. Il faut juste savoir les faire évoluer. Le paradoxe est que les plus ardents défenseurs des règlements ont trop peur d’ouvrir la boite de Pandore, et tentent de bloquer toute velléité de modification, de peur de se trouver affaiblis. Le résultat est que des règles trop anciennes perdent toute légitimité, et deviennent des cibles faciles pour les dérégulateurs fous. Sacraliser la loi revient à la fragiliser. Là encore, le préfixe dé- nous joue des tours. Substituons-lui Alter, et nous y verrons plus clair. Ce n’est pas le principe de la réglementation qui est en cause, mais sa mise en œuvre. Le développement durable est freiné, voire rendu impossible, par des lois et des codes issus de la reconstruction d’après guerre. Il faut revisiter tous ces textes, et leur donner de nouvelles orientations. Vive l’alter régulation !

La décroissance est parfois avancée comme solution à la crise écologique. Expression difficile à accepter pour la partie de la population, dans les pays riches comme dans les pays pauvres, qui vit au-dessous des seuils de pauvreté, même si la décroissance serait réservée aux riches. La décroissance dans les prélèvements de ressources, dans les rejets des activités humaines dans l’environnement, tout le monde est d’accord. Entraine-t-elle obligatoirement une décroissance en termes de bien être ? Le terme de décroissance érige en postulat que l’on ne pourra jamais augmenter le bonheur[2] sans accentuer la pression sur la planète. Triste proposition, bien défaitiste. Le double dividende serait-il une utopie ? L’enjeu du développement durable est bien de procurer aux 9 milliards d’humains que nous serons bientôt une réelle qualité de vie tout en réduisant nos prélèvements et nos rejets. C’est un exploit[3] qu’il faut accomplir, et il n’est pas gagné d’avance, mais faut-il abandonner toute tentative d’y parvenir ? C’est une autre forme de croissance, plus immatérielle, fondée sur des richesses culturelles, du savoir faire, des valeurs à base de travail humain et de talent[4], de l’intelligence, qu’il nous faut trouver. Une alter croissance, au lieu de la décroissance.

Sortir des contradictions par le haut, c’est ce à quoi nous incite le développement durable, au lieu de choisir une issue et de rejeter l’autre. C’est un autre regard, une autre manière d’aborder les questions, une autre échelle pour les examiner, qui permet souvent de trouver une solution originale. C’est cette ouverture d’esprit et cette curiosité[5], cette liberté à conquérir par rapport aux canons traditionnels et au bon sens[6], qui est la marque du développement durable, Alter, avec sa dynamique propre. C’est mieux que le langage du refus, anti ou dé-, qui conduit à réduire la voilure, et à se replier, bien loin de la recherche d’un moteur pour conduire le changement.


Prochaine chronique : Sauvage. Je vous avais annoncé Riche pour aujourd'hui, pardon, ce sera un peu plus tard, le sujet est tellement riche !

[1] Entrave, chronique du 23/10/2007

[2] Bonheur, chronique du 28/07/2006 et n°5 dans Coup de shampoing sur le développement durable, www.ibispress.com

[3] Exploit (07/08/2008)

[4] Talent (15/12/2008)

[5] Curiosité (27/04/2009)

[6] Bon sens (27/03/2008)

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable - Communauté : Développement Durable
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DBDD

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, Dominique Bidou Développement durable, est le support juridique (SARL) de mes interventions en tant que consultant. DBDD s’adresse aux collectivités, aux administrations, aux entreprises publiques et privées. Toutes les activités sont concernées, chacune avec ses spécificités qu’il convient d’intégrer dans les interventionsDBDD propose un accompagnement dans l’élaboration des politiques de développement durable, diagnostic, choix de lignes directrices, mobilisation des acteurs, personnels et partenaires, contrôles et évaluation.  contact@db-dd.org Pour une présentation plus complète, cliquer sur l'icône 
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quelques articles et ouvrages

Vous trouverez ci-dessous une liste de mes principaux articles, rapports et ouvrages sur le développement durable
- Rendre les villes intenses, Revue Urbanisme, septembre octobre 2008 Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf
- 11 recettes pour le développement durable, chroniques publiées dans le magazine CyberArchi www.cyberarchi.com de janvier 2007 à juin 2008,11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf 11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf
- Le risque, composante du développement durable, La part du risque, septembre 2008, http://www.lapartderisque.fr/Le-risque-composante-du.html  
 - Le développement durable : une logique de dépassement, Revue politique et parlementaire, numéro hors série Le Grenelle de l'environnement, avril 2008 le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf
- De bonnes recettes pour le développement durable, communication à l’académie d’architecture, 6 mars 2008Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf
- Pour le développement durable : une défense solide, une attaque créative, Préventique, n° 97, janvier-février 2008Article-dans-Pr-ventique.pdf Article-dans-Pr-ventique.pdf
- La haute qualité, une bonne recette pour le développement durable, Qualitique, n° 193, décembre 2007
article-dans-qualitique.pdf article-dans-qualitique.pdf

- Coup de shampoing sur le développement durable - Ibis press, 2007  www.ibispress.com  Voir rubrique ci-dessous

- La qualité environnementale des opérations d’aménagement, Etudes foncières, n° 127, Mai-juin 2007 artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf

- Développement durable, XXIème siècle : un défi pour les économistes, Sociétal n°53,

juillet 2006 Soci-tal--version-publi-e.pdf Soci-tal--version-publi-e.pdf

- Éthique et construction, revue « profession achat » n°20, déc 2005 – Janvier 2006

- La science des systèmes : un levier pour le développement durable, communication au congrès européen de systémique, Paris, 19 septembre 2005

 

- La HQE, une dynamique en marche, in Nouveaux paris, la ville et ses possibles, sous la

 

direction de Nicolas Michelin, Picard 2005

- Les inégalités écologiques en milieu urbain (avec col.) Inspection générale de l'Environnement et Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- Le développement durable, un nouvelle frontière pour les services déconcentrés de l’Etat, (avec Dominique Schneider et col.) Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- L'air, in revue Passages, Panorama 2004 du développement durable, édition spéciale n°1,

décembre 2004

- Tous gagnants, la dynamique du développement durable – Ibis press, 2004 www.ibispress.com Voir rubrique ci-dessous

- Une démarche de progrès pour le bâtiment, Constructif, novembre 2003

- Une gestion « sociétale » des entreprises, Entreprise éthique, avril 2002

- Un moteur de modernisation, revue politique et parlementaire, mars-avril 2000

- Environnement et développement économique, in Poursuivre la décentralisation, Editions Pouvoirs locaux, 1994

- Le livre vert de l’écologie urbaine dans la construction et l’habitat, ministère de l’Equipement, 1993 Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc

- Écologistes : le malentendu, revue politique et parlementaires, n° 914, Janv-Fév 1985

 

 

 

 

Deux livres sur le DD

Ma pratique professionnelle et associative du développement durable, et la rédaction régulière de ce blog m'ont conduit à écrire deux livres sur le développement durable, édités aux éditions Ibis Press (www.ibipress.com )  Le premier dont l'objectif esst tout simplement de donner l'envie d'y aller a été publié en 2003 sous le titre Tous gagnants, la dynamique du développement durable. Il est préfacé de Michel-Edouard Leclerc, et post facé de Jean-Claude Antonini. On trouvera ci-attaché, en cliquant sur l'icone correspondante, une présentation de l'ouvrage  pr-sentation-Tous-gagnants.pdf pr-sentation-Tous-gagnants.pdf  et le dépliant (avec bon de commande) flyertousgagnants.pdf flyertousgagnants.pdf .

Coup de shamping sur le développement durable (2007) est le rassemblement des 80 premiers billets de ce blog, mis en perspective par une introduction ( intro-Coup-de-shampoing.pdf intro-Coup-de-shampoing.pdf ) et une conclusion synthétiques. Didier ADES en a rédigé la préface. On trouvera ci après la présentation de l'ouvrage texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf , et le dépliant Depliantcoupdeshampoing.pdf Depliantcoupdeshampoing.pdf
 

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