Le DD par les mots

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Un mot, un mot courant, de la vie de tous les jours, et une approche du développement durable, inspirée par ce mot. Tel est le principe de ce blog pour mieux comprendre la richesse de cette expression, née il y a plus de 20 ans et toujours mal connue.  Il faut lui donner un sens plus pratique, plus proche de la réalité quotidienne, sans pour autant lui faire perdre sa force et son caractère universel. Chaque mot, pris dans l'actualité ou au fil d'une conversation, donne l'occasion d'une réflexion sur le développement durable. Au lieu de partir du développement durable, et de tenter de l'expliquer, nous allons partir de la vie et des mots ordinaires, pour aller vers le développement durable. Près de 400 mots ont ainsi été déclinés dans l'univers du développement durable, de janvier 2006 à juin 2009. Un livre a été publié en 2007 à partir des 80 premiers mots Coup de shampoing sur le développement durable, préfacé par Didier ADES.
L'été 2009 sera l'occasion d'une mutation. Vous trouverez dans quelques mois une présentation de tous les mots têtes de chapitre, plus de nombreux autres très présents dans les textes. Un accès facile pour circuler dans l'univers du développement durable à partir de l'une ou l'autre de ces multplies portes d'entrée.
Entre temps, il n'y aura plus de chronique régulière, juste parfois des billets d'humeur. Vous trouverez aussi la liste des mots par ordre alphabétique, et la présentation, à l'occasion, de billets que j'ai l'occasion de publier sur d'autres supports.
Pour être tenu informé de la suite de ce blog sans avoir à y penser, il suffit de vous isncrire à l'aide de la case juste au dessous, en suivant les instructions. C'est très simple. A bientôt

Dominique Bidou
 

Une approche offensive

Il nous faut inventer le monde de demain, en mobilisant le plus d'énergies possible. L’approche proposée dans ce blog est résolument offensive, et fondée sur deux lignes directrices 

-  Anticiper et se placer de manière à bénéficier des changements à venir. Inventer un monde nouveau est à la fois un projet enthousiasmant, une obligation éthique et une opportunité économique.
-   Adapter le concept de développement durable à chaque cas d’espèce, en s’inspirant de recettes simples et de méthodes éprouvées à décliner dans chaque contexte. 

Les bouquets du DD

 Un bouquet pour la finance bouquet-finances.pdf bouquet-finances.pdf

Un bouquet pour les dividendes bouquet-dividendes.pdf bouquet-dividendes.pdf

Un bouquet pour la bouffe La-bouffe.pdf La-bouffe.pdf

dans la série Les péchés capitaux au service dudéveloppement durable, un bouquet pour l 'orgueil Bouquet-orgueil.pdf Bouquet-orgueil.pdf , un bouquet pour l'envie Bouquet-envie.pdfBouquet-envie.pdf , un bouquet pour l'avarice Bouquet-Avarice.pdf Bouquet-Avarice.pdf

Présentation

Lundi 29 janvier 2007

Un mot courant s’il en est, synonyme de grande solidité. C’est du béton ! Réputation bien méritée, on trouve encore des vestiges romains en béton, au Colisée ou au Pont du Gard par exemple. C’était un mélange de chaux, de sables et de pierres d’origine volcanique, coulé dans des coffrages en bois. Toujours debout 200 ans après.

 

La durabilité du béton se retourne parfois contre lui. C’est l’image du mur de l’Atlantique, de bâtiments dont la présence apparaît comme irréversible, du fait de la solidité des matériaux. Des ouvrages vite construits, parfois trop vite, sans précaution, à l’origine de l’expression bétonnage.

 

On attribue ainsi au matériau les fautes commises par les aménageurs, les élus et les administrations, et cela d’autant plus qu’il est solide et durable.

 

La durabilité ne se juge pas sur le matériau, mais sur un ensemble dont le matériau n’est qu’une composante. Quelle utilité sociale, répond-il convenablement au besoin, qui peut se l’offrir, est-ce le bon emplacement, comment vieillit-il, est-il adaptable, peut-on le démonter en fin de vie, et récupérer ses composants, autant de questions qui permettent d’apprécier le caractère durable d’un ouvrage. Le béton, ça sert à faire un tas de choses, des maisons, des tuyaux, des routes et des ponts, et chaque projet doit être évalué dans son contexte.

 

Les Romains l’avaient bien compris, le béton de sont des cailloux et du sable, que l’on extrait non loin de l’emplacement de l’ouvrage, et qui sont collés entre eux, liés, par un ciment qui leur donne la dureté et la résistance voulue.

 

Ancien, le béton, mais toujours vif : il n’arrête pas de bouger, et d’offrir aux architectes de nouvelles possibilités.

 

Le béton est un des matériaux qui a permis de libérer l’architecture, et de grands noms de l’architecture l’ont mis en valeur de manière spectaculaire, pour des maisons ou des ouvrages d’art. Citons juste Auguste Perret qui a reconstruit le Havre en 1945, ensemble classé 60 ans après au patrimoine mondial de l’Unesco. « Le Havre est un exemple d’après-guerre exceptionnel de l’urbanisme et de l’architecture, basé sur l’unité de la méthodologie et sur le système de la préfabrication, l’utilisation systématique d’une trame à module et l’exploitation novatrice des potentiels du béton », peut-on lire dans le dossier de classement. Il faut ajouter que cette technique a permis de reconstruire la ville en un temps record, ce qui était primordial pour faire face à l’urgence de reloger la population.

 

Certains architectes ont voulu le béton brut, ce qui n’a pas toujours été compris, mais depuis le béton a progressé. La texture et la couleur du béton peuvent être choisis en fonction du projet, et surtout on fait maintenant du béton qui reste propre. Fini les salissures, la composition chimique de certains ciments provoque une « photo catalyse » qui décompose lesdites salissures. Les recherches dans ce domaine ont même permis d’aller plus loin, toujours avec la photo catalyse. On a trouvé un ciment qui piège les oxydes d’azote et les composés organiques volatils, vilaines choses que l’on trouve un peu trop dans l’atmosphère de nos villes. Un béton bon qui améliore la qualité de l’air, voilà une forme inédite de double dividende. Et ça continue, on fait maintenant du ciment qui ne fait pas de poussière. On n’arrête pas le progrès.

 

Reste que pour fabriquer le ciment, on émet du C0², des gaz à effet de serre. On a beau brûler des déchets de toutes natures dans les cimenteries, ce qui rend bien service, ça fait quand même du carbone, et la réaction chimique qui crée le ciment à partir de calcaire et d’argile en produit de manière inéluctable.

 

Ajoutons le transport, et cela d’autant plus que les lieux de production de ciment seront éloignés des lieux de consommation. C’est un réel souci, dans des régions fortement peuplées dont les habitants ne voudraient plus voir de carrières exploitées près de chez eux. La protection de l’environnement a alors pour conséquence que l’on reporte le problème toujours plus loin, y compris à l’étranger, ce qui d’une part n’atténue en rien l’impact propre des carrières, heureusement de mieux en mieux maîtrisé, et qui ajoute celui des transports entre les lieux de production et les lieux d’utilisation. De même que l’on préconise que les déchets produits dans un secteur soient traités dans le même secteur, pourrait-on souhaiter que les matériaux utilisés dans une ville soient produits ou extraits à proximité de cette ville.

 

Parmi les solutions « durables » pour lutter contre le réchauffement climatique, il y a la recherche technologique pour réduire la quantité de matériau, ce qui signifie que ceux-ci doivent être de plus en plus performants. Peut-on construire des murs en béton moins épais, et à performances égales en termes de résistance, d’isolation phonique ou thermique ? Peut-on associer le béton, produit avec des ressources non renouvelables, à d’autres matériaux, renouvelables, en les conjuguant pour profiter au mieux des qualités de chaque matière ? C’est notamment le cas au collège de Mirecourt, présenté dans la chronique Bois[1], où le béton apporte inertie et rigidité.

 

C’est donc à chaque matériau, béton, bois, plastiques[2], etc. qu’il revient de battre des records d’efficacité, et de proposer une gamme de solutions techniques qui permettront à l’architecte de trouver le meilleur assemblage possible de ces produits. Quel que soit le matériau et ses qualités, il n'est qu'un composant au service d’un projet, et la première obligation est bien celle d'une conception efficace, orientation, organisation des pièces et volumes d'une maison. Le challenge qui a été retenu de diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 exige des exploits dans tous les domaines, et chaque industrie doit apporter sa contribution. Tous les matériaux sont bons, quand ils sont bien employés, et qu'ils sont intégrés dans des objets ou des ouvrages bien conçus, pour répondre à de vrais besoins. Aucun matériau n'est exempt de défaut, si on considère leur cycle de vie, et il me semble qu'il vaut mieux les mettre au défi de s'améliorer sans cesse, et stimuler à la fois l’émulation et la recherche de complémentarité entre eux. Le ciment et le béton sont entrés dans cette logique. Faisons le pari que cette orientation est irréversible, et qu’ils n’ont pas fini de nous surprendre.

 

 

 Prochaine chronique : Symptôme



[1] Publiée le 26 octobre 2006, http://developpement-durable.over-blog.org/article-4316267.html

 

[2] Chronique du 11 décembre 2006, http://developpement-durable.over-blog.org/article-4868226.html

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Jeudi 25 janvier 2007

L’ingéniosité de l’Homme lui a permis de créer des outils, des prolongements de lui-même qui le rende plus efficace[1]. Du simple bâton à la machine-outil, au robot et à l’ordinateur, sans oublier les dictionnaires et les logiciels, les catéchismes et autres petits livres rouges, les outils témoignent de cette capacité humaine à renforcer sa puissance d’intervention sur la matière et son environnement.

 

Vis-à-vis du développement durable, les outils sont comme la langue d’Esope, la langue, dans ces deux sens d’organe et de langage, la meilleure et la pire des choses. On a en effet tendance à charger les outils de bien des qualités ou des défauts qui ne sont pas les leurs, mais ceux de leurs pilotes, de ceux qui en tiennent les commandes. Le meilleur outil du monde peut devenir une véritable plaie s’il est utilisé en contre-emploi. Les antibiotiques, déjà évoqués sur ce blog à travers le mot résistance[2], présentent d’incontestables vertus thérapeutiques,  mais leur usage immodéré et sans précaution en réduit l’efficacité et les transforme en produit polluant, mettant en péril des équilibres naturels.

 

Les exemples sont nombreux qui témoignent de cette confusion entre outil et action. Prenons l’exemple célèbre de la dynamite. Au départ, Alfred Nobel avait conçu un explosif aussi performant et plus sûr que la nitroglycérine, pour réduire le nombres des accidents dans un usage pacifique : routes, tunnels, mines, etc. On connaît la suite, et l’usage militaire qui en fut fait, au point que Nobel a pu souhaiter la création d’un substance si destructrice que la guerre en deviendrait impossible. Il a été servi, avec la bombe atomique, mais celle-ci n’a pas empêché de nombreux conflits locaux, aux bilans humains et patrimoniaux très lourds. L’usage à la fois civil et militaire d’une technique, d’un outil, marque bien la difficulté que l’on a à le caractériser vis-à-vis du développement durable. Le basculement du bon usage au mauvais peut intervenir très rapidement, et on a vu dans l’histoire des enchaînements qui ont conduit brutalement à des bouleversements des équilibres.

 

Même en restant dans les usages civils, la finalité de l’action reste dominante sur l’outil. En matière de régénération de la qualité biologique des sols, de la gestion paysagère de sites, ou de lutte contre l’érosion et les inondations, le recours à un instrument puissant d’action foncière est fort utile, pour ne pas dire indispensable. Au-delà des limites des propriétés, il convient de reconstituer des lignes de défense contre les écoulements trop rapide des eaux, de planter des rangées d’arbres, de créer des zones humides, et de donner à ces ensembles des organismes de gestion, pour leur assurer le suivi et les quelques travaux d’entretien nécessaire. L’échelle d’action est celle d’un territoire cohérent de point de vue des enjeux pris en charge, notamment un bassin constitué autour d’une rivière, ou un massif, une zone paysagère. L’élaboration d’un plan d’ensemble et sa mise en œuvre demande une volonté de la collectivité et un travail commun, pour mobiliser les énergies et trouver un consensus préservant équitablement les intérêts de chacun. Un instrument de ce type existe en France, il s’appelle le remembrement rural. Outil très puissant, il s’est développé essentiellement pour favoriser une forme de révolution agricole, marquée par un productivisme forcené et le soutien des cours de certaines productions, notamment du maïs. Le remembrement est donc marqué par cette époque, car sa puissance a été mise au service d’une vision « industrielle » de l’agriculture aujourd’hui bien dépassée, malgré quelques poches de résistance. L’outil est ainsi victime de la politique dont il a été le fidèle serviteur, et ne peut être remis en marche au profit d’autres objectifs.

 

C’est que la puissance des outils fait peur. A juste titre. On le voit avec le remembrement. C’est l’état d’esprit dominant dans les milieux agricoles qui est en cause, mais la puissance de l’outil a permis à des erreurs lourdes de se réaliser, avec des conséquences durables. Tel explosif ou tel engin, fort utile ici, peut s’avérer désastreux ailleurs. Les outils matériels sont le plus souvent cités, car visibles et même spectaculaires, mais que dire d’autres outils, comme des organes de communication, qui peuvent véhiculer le meilleur et le pire pour reprendre la référence du philosophe grec.

 

L’outil a le malheur d’être comme le messager d’une mauvaise nouvelle. Il en est jugé responsable. Dans toute la chaîne des questions qui caractérisent un projet, quoi, pour qui, pourquoi, comment, avec quoi, où, quand, etc., l’outil ne représente qu’un maillon. Le programme, la finalité de l’action et le contexte où elle se situe, sont bien plus déterminants que les outils, mais ils se voient moins ou bien sont déconnectés dans des discours généraux et généreux d’intention, qui taisent les réalités de la mise en œuvre.

 

On peut malgré tout s’interroger sur les outils eux-mêmes. Leur puissance, le caractère irréversible de leurs effets, la maîtrise de leurs effets secondaires, leur confère une responsabilité propre. Le DDT et le nucléaire civil sont des exemples d’outils dont les effets ne sont pas près de s’estomper.

 

Le principe de précaution, ou plutôt de responsabilité qui le sous-tend, éclaire la conduite à tenir devant ces outils, qui ne doivent pas échapper au contrôle de leurs créateurs, tels l’œuvre du docteur Frankenstein. Plus l’outil est puissant, plus ses effets sont irréversibles, plus grandes doivent être les précautions à prendre avant d’en décider la mise en œuvre. Précautions techniques et sociales, voire politiques au sens plein du terme. Les procédures tendant à assurer ces préalables se multiplient aujourd'hui, études d’impact ou d’incidences, enquêtes et débats publics, conférences de consensus ou de citoyens, etc. Elles se situent à l’échelle du projet comme une ligne de TGV, ou de manière plus générale à l’échelle d’une politique ou d’une technique, comme les OGM. Ces outils d’un genre encore assez récent dans nos sociétés modernes sont de nouvelles formes de régulation sociale. Leur appropriation est longue et difficile. Elles conditionnent la durabilité de notre développement.

 

 

Prochaine chronique : Béton



[1] On pourra aussi se reporter au mot prothèse, traité dans ce blog le 17 octobre 2006, http://developpement-durable.over-blog.org/article-4208413.html

 

[2] Le 24 mai 2006, http://developpement-durable.over-blog.org/article-2808514.html

 

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Lundi 22 janvier 2007

La vie mode d’emploi, chacun s’en souvient, on pourrait dire aussi 2007, mode d’emploi, pour être en phase avec l’actualité, en ce mois de janvier. 2007, année d’élections en France, mais aussi d’évènements de toutes natures : ils se passent dans le monde, conflits, famines ou grandes découvertes, mais pour chacun, ils sont aussi important à une toute autre échelle, son petit quartier, son univers où l’un doit quitter le cocon familial, où mon enfant va naître, ou tel jeune doit passer un examen important ; c’est aussi l’année du départ à la retraite, ou bien d’une opération chirurgicale, d’un voyage attendu pendant des années, etc. L’année revêt des formes multiples, avec des enjeux superposés, sur lesquels les possibilités d’intervention sont variées, de l’incantation au choix volontaire, préparé et pleinement assumé. Le mode d’emploi durable, tout droit décliné du rapport Bruntland, c’est la manière de répondre aux exigences de 2007 sans réduire nos possibilités de faire face à celles des années suivantes, et même en renforçant les chances d’y parvenir convenablement.

 

On a vu que les recettes[1] peuvent rendre des services, mais il n’existe pas vraiment de mode d’emploi de la durabilité.

 

On connaît le mode d’emploi de sa voiture, donné par le code de la route pour les règles générales, et par le livret fourni avec la voiture, sans parler des conseils des garagistes. C’est un objet technique, qui suppose un savoir faire, comment se servir des clignotants, des phares antibrouillard, comment faire pour changer une roue, et puis maintenant avec le GPS, comment trouver son chemin, le meilleur si possible, et puis l’entretien, on n’a plus besoin de soulever le capot, tout est électronique, etc. Il faudrait y ajouter un code de la rue, qui apparaît aujourd’hui nécessaire pour proposer un savoir vivre ensemble, notamment en ville où nous sommes nombreux à se partager une voirie très encombrée.

 

On a aussi le mode d’emploi pour la chaîne hi fi, l’ordinateur, le téléphone portable, toutes ces prothèses[2] sans lesquelles nous ne saurions plus vivre.

 

Les choses plus simples échappent à cette règle. On n’a pas besoin d’un mode d’emploi pour son logement, pour faire ses courses, pour sa santé au quotidien, etc. l’improvisation semble la règle, sans besoin d’apprentissage, ni de guide ni de contrôle régulier pour vérifier que tout va bien. Pas de mode d’emploi pour le savoir vivre en société, si ce n’est pour échapper aux PV, aux sanctions que les dérèglements nous valent.

 

La vie durable, mode d’emploi, un livre qui n’est pas écrit, mais essentiellement des pratiques courantes. C’est en définitive une culture au sens d’habitudes de comportement qui domine, la question étant de savoir si cette culture conduit à la durabilité, ou nous en éloigne.

 

Ce sont les habitudes alimentaires, et l’hygiène de vie. Les exemples classiques sont la consommation d’haricots verts ou de fraises en plein hiver, ou le réglage du thermostat à 25° en hiver, alors que l’été on met la climatisation pour obtenir une température de 20° seulement. Ce sont des règles simples, comme éteindre la lumière en quittant une pièce, ou acheter des cahiers en papier recyclé pour ses écrits courants et le brouillon des enfants.

 

Ces règles sont évoquées dans des livres, des almanachs, des magazines, elles sont parfois enseignées à l’école, mais leur transmission n’est pas automatique. La culture de la vie quotidienne ne fait pas, au fond, l’objet d’un mode d’emploi qu’il faut lire, comprendre et intérioriser, mais d’un apprentissage spontané, par imitation de parents ou des « grands », compagnonnage, tentative d’intégration à un groupe dont les comportements sont adoptés sans même y penser.

 

On a bien essayé de proposer aux nouveaux arrivants dans une maison une sorte de guide, de mode d’emploi de leur logement, et ça peut être fort utile si des innovations techniques ont été incorporées dans la construction, comme du chauffage solaire. Mais il n’y a pas de permis d’habiter comme de permis de conduire, il n’y a pas de points à perdre, et ces expériences ne se sont pas révélées concluantes. Les dépenses évitées ne se voient pas, il faut les calculer[3], et c’est souvent difficile. Le carnet de santé des personnes n’a pas eu non plus le succès escompté, tout juste fonctionne-t-il pour les nourrissons, et peut-être le chat de la famille, dans les meilleurs des cas.

 

C’est donc une « culture populaire » qu’il faut activer, celle qui se transmet par les familles, la presse, les milieux sociaux ou professionnels. La diversité des cultures dans un pays comme le France ne rend pas la chose aisée, et il est vrai que les médias s’intéressent plus aux problèmes qu’aux solutions, à l’exception notoire de la presse féminine, la presse du jardinage, du bricolage, bref de la vie pratique. Mais la force des enjeux est bien là, et la prise de conscience progresse rapidement.

 

Il convient à présent de transformer l’essai, et de permettre à chacun, du simple citoyen au dirigeant politique ou d’entreprise, d’adopter de fait son propre mode d’emploi du développement durable, et de le mettre en pratique dès 2007. Une bonne résolution en ce début d’année.

 

 

 Prochaine chronique : Outil

 



[1] Recette, chronique du 18 décembre 2006, http://developpement-durable.over-blog.org/article-4950611.html

 

[2] Prothèse, chronique du 17 octobre 2006, http://developpement-durable.over-blog.org/article-4208413.html

 

[3] Voir Calcul, chronique du 21 mai 2006, http://developpement-durable.over-blog.org/article-2787339.html

 

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Jeudi 18 janvier 2007

Ce sport qui se répand comme une traînée de poudre, est en définitive rassurant. Il montre que la plupart d’entre nous savent composer dans un monde à trois dimensions.

 

Colonne, ligne et carré. Il faut trouver le chiffre qui trouve sa place à l’intersection de ces trois dimensions. La règle du jeu du Sudoku est ultra simple et se présente en deux lignes : « Remplissez la grille de manière que chaque  ligne, chaque colonne, et chaque carré de 3X3 contienne une seule fois tous les chiffres de 1 à 9 », pour reprendre le mode d’emploi indiqué dans le Parisien. Il faut donc composer dans trois univers à la fois. Pas facile, et il y a tout un apprentissage, et des niveaux indiqués dans chaque exercice, allant jusqu’à expert ou diabolique ! Chaque chiffre placé selon une ligne interfère aussi sur son carré et sa colonne, avec des interactions qui peuvent parfois énerver ou décourager, alors qu’elles sont là pour guider le choix. Il ne s’agit que de 9 chiffres, et c’est leur nombre fini qui permet souvent de trouver le bon chiffre pour la bonne case. C’est par addition d’exclusions que l’on chemine, et que l’on trouve le bon chiffre, par déduction. Excellent exercice, qui nous entraîne à décrypter les mystères d’une combinaison de trois dimensions.

 

Le Sudoku offre des satisfactions purement spéculatives, immatérielles, et il ne demande pas, comme les mots croisés, une accumulation de connaissances, un capital de vocabulaire en l’occurrence, mais une forme d’esprit, cette approche « système » qui évalue en permanence le résultat d’un choix sur les trois dimensions. C’est un jeu mais il demande une structure particulière de pensée, qu’il cultive et renforce. Tout comme le jeu d’échecs qui conduit à maîtriser des enchaînements, en intégrant la part d’inconnue que représente le jeu de l’adversaire.

 

Le développement durable aussi est à l’intersection de trois dimensions, l’économie, l’environnement et le social[1]. Mais le nombre d’éléments à organiser est bien supérieur à 9 ! Les solutions ne sont pas un chiffre parmi 9 que l’on connaît à l’avance, mais une création à imaginer à chaque fois, pour entrer dans les trois dimensions.

 

Pour y parvenir, il faut à la fois la volonté de répondre à trois questions simultanément, et une méthode pour faire émerger la solution originale qui satisfait simultanément trois équations différentes. Cette méthode, qui permet d’interroger la complexité des intérêts en jeu, de tirer profit de la richesse des acteurs et de leurs savoir faire, de leurs cultures, est la « bonne gouvernance ». C’est elle,  dans la théorie du développement durable, dont la mise en oeuvre fait remonter des propositions de la part des acteurs, les mobilise pour en débattre, les confronter, les faire évoluer vers une construction commune, et de ce fait acceptée de tous. Ce n’est pas toujours facile, il faut sortir en général des solutions convenues, et des recettes[2] peuvent aider.  Il faut aussi une forme d’esprit habile à conjuguer des points de vue différents, voire des contradictions qu’il faudra surmonter. Cet art n’est pas spontané, il faut un apprentissage, et un entraînement régulier. On parle de médiation, ou de modération, mais la médiation et la modération ne s’improvisent pas. Il faut s’y préparer,  et s’entraîner régulièrement.

 

Le Sudoku permet de sans doute de se familiariser avec un fonctionnement mental à trois dimensions, mais il a un autre avantage : il montre que des ingrédients en nombre bien faible, 9 au total, les 9 chiffres, offrent une variété de combinaisons quasi infinie, et qu’on peut les trouver avec un peu de méthode et de volonté. Bonne nouvelle !

 

Tout en entraînant à la réflexion en trois dimensions, le Sudoku permet à quiconque de s’éclater en ne consommant que quelques millimètres de la mine d’un crayon, sans risque d’être exposé à des rayonnements ou autres influences néfastes, avec en plus, la perspective de devenir un expert ! A consommer sans modération…

 

 

 Prochaine chronique : Mode d'emploi

 



[1] Voir notamment sur ce sujet la chronique Lumière , du 14 décembre 2006, http://developpement-durable.over-blog.org/article-4903973.html

 

[2] Voir la chronique Recette , du 18 décembre 2006, http://developpement-durable.over-blog.org/article-4950611.html

 

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Lundi 15 janvier 2007

Il semble que l’existence d’un ennemi bien identifié soit nécessaire pour se structurer, se mobiliser, donner un sens à sa communauté. L’effondrement du bloc soviétique a laissé une place vide, et il a bien fallu la combler. Après quelques années d’hésitation, c’est le mal, ou le terrorisme qui a été désigné comme ennemi public du monde libre, ou du monde occidental, caractérisé par ses valeurs et son mode de vie, par nature non négociables. L’affrontement est ainsi considéré comme le moteur de l’unité nationale, le ferment de la civilisation commune. Et ça permet au passage, pour la nation qui désigne l’ennemi et entraîne les autres, d’affirmer un leadership sur ses compagnons de route.

 

Le problème est que ces luttes consomment un maximum de ressources, exacerbent des incompréhensions dont nous savons, depuis la publication de La dimension cachée[1] d’Edward T. Hall, qu’elles relèvent pour une bonne part de structures mentales et de références culturelles historiquement différentes, et nous éloignent ainsi de la voie du développement durable. Souhaités voire organisés ou exagérés par une puissance qui veut affirmer sa suprématie sur le monde, les conflits qui expriment l’existence de l’ennemi, relèvent d’une autre époque, celle ou les hommes pouvaient se battre pour accéder à des ressources  existantes, comme l’eau ou la terre agricole. Aujourd’hui, il s’agit de créer de nouvelles richesses, avec des procédés à inventer. L’unité et la cohésion de nos sociétés doivent se faire non plus dans l’affrontement avec autrui, mais par relèvement d’un défi collectif. On passe de la course avec un vainqueur, un podium, ou d’un match de boxe avec un vainqueur et un vaincu, à un tout autre sport, l’alpinisme ou la spéléologie, ou on est tous unis pour atteindre un sommet, ou toucher le fond d’un gouffre, explorer une rivière souterraine. La cordée plutôt que le ring.

 

Rester sur l’ancien schéma est commode. Il permet en premier lieu de ne rien changer, ce qui convient toujours à beaucoup de monde, allié ou adversaire. L’ennemi désigné n’y trouve que des avantages, il prend du galon, et se trouve en situation de fédérer prioritairement toutes les forces de résistance à la puissance dominante. Il devient plus fort, et justifie ainsi la politique vigoureuse engagée contre lui. La boucle est bouclée, et l’emballement de la machine dans une course sans fin est enclenché.

 

Pendant ce temps là, les autres enjeux comme le développement et l’accès aux bien essentiels par de larges fractions de l’humanité, la lutte contre le réchauffement climatique, ou la sauvegarde des océans et de leur productivité, sont relégués en seconde zone, les moyens qui y sont affectés sont insuffisants, et les progrès infimes. Les tensions internationales ne facilitent pas la recherche de solutions fondées sur la collaboration de tous, le partage des tâches, la solidarité et la confiance entre nations.

 

Des ressources sont détruites ou stérilisées, au lieu d’être mobilisées pour l’objectif majeur du 21ème siècle, faire vivre convenablement 9 milliards d’être humains en 2050.

 

Il faut donc tout faire pour casser le vieux modèle d’une cohésion qui ne peut se constituer que face à un adversaire, au profit de la cohésion à forger ensemble pour relever un défi majeur. Si les USA restant sur le vieux schéma, l’Europe, qui s’est construite et a prospéré sur une réconciliation de peuples ennemis héréditaires, a manifestement un rôle central à jouer. Ce rôle ne peut être effectif sans formulation d’objectifs forts sur le développement durable à l’échelle de la planète, seule manière de l’obtenir pour nos propres ressortissants. La diversité des situations de chaque communauté, les différences de cultures et de modèles de référence, les séquelles de l’histoire,         autant de facteurs qui rendent la chose compliquée, mais autant de raisons pour l’entreprendre sans tarder, et avec une volonté farouche de progresser. Il ne s’agit pas de promouvoir un modèle mondial de développement, qui serait vite taxé de néo impérialisme, mais de créer les conditions pour qu’une gouvernance mondiale puisse voir le jour. Imparfaitement d’abord, bien sûr, le perfectionnisme en la matière serait suicidaire, mais avec la souci de créer un dialogue et par suite la confiance indispensable pour progresser.

 

Avec 1% de la population mondiale, et bientôt moins, avec l’émergence de nouvelles super puissances, que peut espérer la France, si elle veut conserver une place privilégiée dans « le concert des nations », avec un siège au conseil de sécurité des Nations Unies ? Il lui reste peut-être une chance, avec son capital humain, et sa place dans l’Europe sans laquelle rien n’est possible, de susciter des initiatives fortes, de portée universelle. Un beau défi à relever. Nous vivons une époque formidable, comme disait le regretté Reiser !

 

 

Prochaine chronique : Sudoku



[1] Le Seuil, 1971, pour l’édition française

 

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quelques articles et ouvrages

Vous trouverez ci-dessous une liste de mes principaux articles, rapports et ouvrages sur le développement durable
- Rendre les villes intenses, Revue Urbanisme, septembre octobre 2008 Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf
- 11 recettes pour le développement durable, chroniques publiées dans le magazine CyberArchi www.cyberarchi.com de janvier 2007 à juin 2008,11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf 11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf
- Le risque, composante du développement durable, La part du risque, septembre 2008, http://www.lapartderisque.fr/Le-risque-composante-du.html  
 - Le développement durable : une logique de dépassement, Revue politique et parlementaire, numéro hors série Le Grenelle de l'environnement, avril 2008 le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf
- De bonnes recettes pour le développement durable, communication à l’académie d’architecture, 6 mars 2008Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf
- Pour le développement durable : une défense solide, une attaque créative, Préventique, n° 97, janvier-février 2008Article-dans-Pr-ventique.pdf Article-dans-Pr-ventique.pdf
- La haute qualité, une bonne recette pour le développement durable, Qualitique, n° 193, décembre 2007
article-dans-qualitique.pdf article-dans-qualitique.pdf

- Coup de shampoing sur le développement durable - Ibis press, 2007  www.ibispress.com  Voir rubrique ci-dessous

- La qualité environnementale des opérations d’aménagement, Etudes foncières, n° 127, Mai-juin 2007 artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf

- Développement durable, XXIème siècle : un défi pour les économistes, Sociétal n°53,

juillet 2006 Soci-tal--version-publi-e.pdf Soci-tal--version-publi-e.pdf

- Éthique et construction, revue « profession achat » n°20, déc 2005 – Janvier 2006

- La science des systèmes : un levier pour le développement durable, communication au congrès européen de systémique, Paris, 19 septembre 2005

 

- La HQE, une dynamique en marche, in Nouveaux paris, la ville et ses possibles, sous la

 

direction de Nicolas Michelin, Picard 2005

- Les inégalités écologiques en milieu urbain (avec col.) Inspection générale de l'Environnement et Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- Le développement durable, un nouvelle frontière pour les services déconcentrés de l’Etat, (avec Dominique Schneider et col.) Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- L'air, in revue Passages, Panorama 2004 du développement durable, édition spéciale n°1,

décembre 2004

- Tous gagnants, la dynamique du développement durable – Ibis press, 2004 www.ibispress.com Voir rubrique ci-dessous

- Une démarche de progrès pour le bâtiment, Constructif, novembre 2003

- Une gestion « sociétale » des entreprises, Entreprise éthique, avril 2002

- Un moteur de modernisation, revue politique et parlementaire, mars-avril 2000

- Environnement et développement économique, in Poursuivre la décentralisation, Editions Pouvoirs locaux, 1994

- Le livre vert de l’écologie urbaine dans la construction et l’habitat, ministère de l’Equipement, 1993 Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc

- Écologistes : le malentendu, revue politique et parlementaires, n° 914, Janv-Fév 1985

 

 

 

 

Deux livres sur le DD

Ma pratique professionnelle et associative du développement durable, et la rédaction régulière de ce blog m'ont conduit à écrire deux livres sur le développement durable, édités aux éditions Ibis Press (www.ibipress.com )  Le premier dont l'objectif esst tout simplement de donner l'envie d'y aller a été publié en 2003 sous le titre Tous gagnants, la dynamique du développement durable. Il est préfacé de Michel-Edouard Leclerc, et post facé de Jean-Claude Antonini. On trouvera ci-attaché, en cliquant sur l'icone correspondante, une présentation de l'ouvrage  pr-sentation-Tous-gagnants.pdf pr-sentation-Tous-gagnants.pdf  et le dépliant (avec bon de commande) flyertousgagnants.pdf flyertousgagnants.pdf .

Coup de shamping sur le développement durable (2007) est le rassemblement des 80 premiers billets de ce blog, mis en perspective par une introduction ( intro-Coup-de-shampoing.pdf intro-Coup-de-shampoing.pdf ) et une conclusion synthétiques. Didier ADES en a rédigé la préface. On trouvera ci après la présentation de l'ouvrage texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf , et le dépliant Depliantcoupdeshampoing.pdf Depliantcoupdeshampoing.pdf
 

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