Le DD par les mots

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Un mot, un mot courant, de la vie de tous les jours, et une approche du développement durable, inspirée par ce mot. Tel est le principe de ce blog pour mieux comprendre la richesse de cette expression, née il y a plus de 20 ans et toujours mal connue.  Il faut lui donner un sens plus pratique, plus proche de la réalité quotidienne, sans pour autant lui faire perdre sa force et son caractère universel. Chaque mot, pris dans l'actualité ou au fil d'une conversation, donne l'occasion d'une réflexion sur le développement durable. Au lieu de partir du développement durable, et de tenter de l'expliquer, nous allons partir de la vie et des mots ordinaires, pour aller vers le développement durable. Près de 400 mots ont ainsi été déclinés dans l'univers du développement durable, de janvier 2006 à juin 2009. Un livre a été publié en 2007 à partir des 80 premiers mots Coup de shampoing sur le développement durable, préfacé par Didier ADES.
L'été 2009 sera l'occasion d'une mutation. Vous trouverez dans quelques mois une présentation de tous les mots têtes de chapitre, plus de nombreux autres très présents dans les textes. Un accès facile pour circuler dans l'univers du développement durable à partir de l'une ou l'autre de ces multplies portes d'entrée.
Entre temps, il n'y aura plus de chronique régulière, juste parfois des billets d'humeur. Vous trouverez aussi la liste des mots par ordre alphabétique, et la présentation, à l'occasion, de billets que j'ai l'occasion de publier sur d'autres supports.
Pour être tenu informé de la suite de ce blog sans avoir à y penser, il suffit de vous isncrire à l'aide de la case juste au dessous, en suivant les instructions. C'est très simple. A bientôt

Dominique Bidou
 

Une approche offensive

Il nous faut inventer le monde de demain, en mobilisant le plus d'énergies possible. L’approche proposée dans ce blog est résolument offensive, et fondée sur deux lignes directrices 

-  Anticiper et se placer de manière à bénéficier des changements à venir. Inventer un monde nouveau est à la fois un projet enthousiasmant, une obligation éthique et une opportunité économique.
-   Adapter le concept de développement durable à chaque cas d’espèce, en s’inspirant de recettes simples et de méthodes éprouvées à décliner dans chaque contexte. 

Les bouquets du DD

 Un bouquet pour la finance bouquet-finances.pdf bouquet-finances.pdf

Un bouquet pour les dividendes bouquet-dividendes.pdf bouquet-dividendes.pdf

Un bouquet pour la bouffe La-bouffe.pdf La-bouffe.pdf

dans la série Les péchés capitaux au service dudéveloppement durable, un bouquet pour l 'orgueil Bouquet-orgueil.pdf Bouquet-orgueil.pdf , un bouquet pour l'envie Bouquet-envie.pdfBouquet-envie.pdf , un bouquet pour l'avarice Bouquet-Avarice.pdf Bouquet-Avarice.pdf

Présentation

Jeudi 31 janvier 2008
La société de consommation nous a bercés dans une illusion de l’abondance[1]. La consommation étant par ailleurs un des principaux moteurs de la croissance, on était peu regardant sur l’intérêt de cette consommation, son utilité, et entre deux manières de satisfaire un besoin, celle qui provoquait le plus de consommation était privilégiée. Souvenez-vous la grande époque du chauffage électrique, l’arrachage des rails de tramways dans nos villes, pour ne reprendre que deux classiques du genre. La consommation à tout prix, voilà la règle. Le résultat en est bien sûr le gaspillage, et un état d’esprit un peu frivole, ce qui est sympathique, mais qui pousse aussi à se laisser séduire un peu vite par les sirènes de tous ceux qui n’ont pour objectif que de vendre pour vendre. L’utile est ainsi devenu vulgaire.

Le prix[2] reflète la tension qui existe sur un produit. Il est bien connu que ce qui est rare est cher ! Le prix de l’énergie a longtemps été faible, ce qui a entraîné de mauvaises habitudes, qui se corrigent quand même assez vite quand le contexte l’exige, mais aussi de mauvais choix sur l’organisation des villes, des territoires, des modes de production, ce qui est beaucoup plus compliqué à corriger. Les budgets rondelets qui vont être alloués pour la modernisation des flottes de pêche illustrent bien la difficulté de l’exercice.

Nous sortons donc, depuis deux ans, d’une période heureuse où l’énergie n’était pas chère. Chacun a ainsi pu privilégier d’autres valeurs, comme le prestige, le confort, la séduction, et c’est bien normal. Les épreuves commencent avec la montée du prix de l’énergie. Au début, on courbe l’échine, on retient son souffle, en espérant que ça ne durera pas, comme les fois précédentes. Et puis il faut s’y faire, le problème perdure, il faut bien le prendre à bras le corps. On s’aperçoit alors de l’ampleur de la dérive, surtout quand il s’agit d’un bien essentiel, comme l’énergie.

Il y l’énergie que l’on extrait de la terre ou que l’on capte d’une manière ou d’une autre dans la nature : vent, soleil, bois, etc. C’est l’énergie primaire. Cette énergie est transformée et conduite chez vous sous une forme facile d’emploi. Les spécialistes l’appellent l’énergie finale. Ce n’est pas tout à fait le terme juste, car celle-ci a un rendement, avec quelques lois physiques qui s’appliquent, comme le principe de Carnot. On a donc une dernière forme de l’énergie, celle qui rend effectivement service, et on l’appelle énergie utile.

Nous sommes en présence d’une pyramide, avec un large socle constitué d’énergie primaire, extraite de la nature, un premier étage pour l’énergie finale, qui vous est livrée chez vous, et un sommet représentant l’énergie vraiment utile. En temps de pénurie, vous pensez bien que l’on fait attention. Il faut éviter toute perte en ligne, et adopter les techniques et les organisations offrant le meilleur rendement. A l’inverse, si l’énergie primaire n’est pas chère, pourquoi s’embarrasser ? L’énergie devient une variable d’ajustement, bien d’autres préoccupations la font oublier. D’autant que les méfaits des émissions des gaz à effet de serre n’étaient pas connus. On avait bien le souci le la pollution de proximité, celle des oxydes de souffre et d’azote, des poussières, mais leurs conséquences sont diffuses, parfois lointaines, et sans incidence économique directe.

Retournement de situation, depuis que le prix du pétrole s’est envolé, et qu’il résiste à des hauteurs significatives, de l’ordre de 100 $ aujourd’hui. Mais le rendement global ne notre système énergétique s’est dégradé ! Les chiffres de 2006 sont éloquents. Ils nous sont présentés par Didier Lenoir dans son livre fort bien documenté Energie, changeons de cap ![3]. Entre l’énergie primaire et l’énergie finale, on enregistre une première perte de 41%. Le rendement de vos matériels, chez vous, avec les fameuses veilleuses qui se multiplient, est d’à peine plus de 50% : 54% seulement. Au total, de l’extraction à l’utilité réelle, ce sont les deux tiers de l’énergie qui se dissipent, essentiellement en chaleur. Pas de quoi se vanter.

Le concept d’utile est parfois réducteur. En agriculture, on parle de surface agricole utile, ce qui laisse penser que le reste est inutile. C’est ignorer la force et l’intérêt des phénomènes naturels, et on a vu que les apports gratuits[4] tenait un rôle clé dans la production totale que nous exploitons. Mais à l’heure où il faut rechercher la performance, du type facteur 4, c'est-à-dire diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre, il est nécessaire de revenir aux fondamentaux : Le développement durable, c’est évidement joindre l’utile et l’agréable.

Prochaine chronique : Distance



[1] Voir la chronique Abondance, du 19/03/2007

[2] Chronique Prix, du 26/02/2007

 

[3] Didier Lenoir, Energie, changeons de cap, scénario pour une France durable, Terre vivante, 2007

[4] Gratuit, chronique du 30/04/2007

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable - Communauté : Développement Durable
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Lundi 28 janvier 2008
Jules Vernes serait bien étonné : le tour du monde en moins de 60 jours ! Et on s’interroge sur l’objectif de moins de 50 jours. C’est formidable. Ajoutez à cela la modestie du recordman, Francis Joyon, qui attribue au bateau l’essentiel de son succès. Sans minimiser les mérites du navigateur, la technique est sûrement pour une bonne part de l’exploit, on l’admet bien volontiers. La géométrie du trimaran, les matériaux qui le composent, avec leur souplesse et leur solidité, leur texture, leur poids, sans parler du mât et des voiles et bien sûr de l’électronique : que de technique incorporée dans un bateau moderne, produit d’une bonne dose de recherche. Les records de vitesse[1] témoignent de ces travaux et des progrès[2] techniques qui en résultent. Les records sont la partie visible d’un iceberg, ou la figure de proue d’un navire, selon l’image que vous préférez. Et pourtant, il est difficile de prendre toute la mesure de ce que représentent ces progrès, de comprendre la portée de ces avancées techniques. On  ne nous en parle à peine. Seule la performance sportive semble jolie, elle force l’admiration. Elle finit par masquer la performance technique, et par ressembler, comme l’alpiniste, à la conquête de l’inutile. Il est vrai que ces records créent de l’émotion, et c’est déjà beaucoup. Une dose de pédagogie et de sensibilisation au réchauffement climatique, ça ne fait pas de mal en passant, mais tous les voyageurs réguliers dans les mers australes peuvent en dire autant, sans avoir à battre des records. Ceux-ci devraient aussi être le moyen de populariser d’autres enjeux, ceux qui se cachent derrière les techniques mises en œuvre pour l’exploit. Quelles retombées peut-on en attendre ? Les records s’établissent souvent sur la vitesse. Pourquoi la vitesse ? Pourquoi en solitaire ? N’y a-t-il pas d’autres exploits à accomplir que d’aller plus vite ? La vitesse n’est-elle là que pour fixer un challenge, pour mettre à l’épreuve des qualités, dans des conditions extrêmes ? Il existe d’autres défis, d’autres performances plus en rapport avec les problèmes de notre temps. La voile, exploitation pure et évidente de la force du vent, est à ce titre une excellente occasion d’en parler. Mais faut-il en parler avec la vitesse comme référence, au moment où les pêcheurs crèvent de leur dépendance au pétrole ? Il y a sans doute d’autres challenges à transformer en records, sur la mer et avec des voiles. Peut-on imaginer des chalutiers à voile ? Pas exclusivement à  voile, avec un moteur, mais moins puissant et moins gourmand grâce à une nouvelle conception du bateau, comme l’ont été les dundées au début du siècle dernier. Une voile pourrait permettre, quand le temps est favorable, de couper le moteur et de faire de sensibles économies de carburant, comme un chauffe-eau solaire qui ne fournit pas toute l’eau chaude toute l’année, mais permet quand même d’économiser la moitié de la facture en moyenne sur l’année. Il y a aussi les marchandises. Le volume des produits transporté sur la mer est énorme, et ne cesse de s’accroître, avec les échanges internationaux. A la tonne, il est vrai que ce moyen de transport est peu gourmand en énergie, mais comme il y a beaucoup de tonnes, ça finit par compter. Alain Colas, recordman en 1974 avec son bateau Manureva, s’était intéressé aux gros bateaux, qui pourraient devenir utilitaires, comme son quatre-mâts Club Méditerranée. L’exploit aujourd’hui, c’est peut-être de transporter des milliers de tonnes sur les milliers de miles marins avec quelques litres de fuel, juste pour manœuvrer dans les situations délicates. En prime, cette technique éviterait de surcroit les dégazages, qui continuent à faire très mal au monde marin et aux côtes. On nous vante souvent des produits issus de la recherche spatiale, et il y a en surement autant au crédit de la course en mer, qui draine des moyens grâce au sponsoring, et  permet ainsi des recherches inédites. Les records de vitesse ont sans doute des effets secondaires qui débordent largement la plaisance et le monde de la mer. Tant mieux. Merci à Francis Joyon et aux navigateurs de l’émotion qu’ils nous procurent. Je ne connais pas le bilan carbone de leurs exploits, mais gageons qu’il n’est pas lourd, et que ce plaisir illustre bien le monde de demain, du bonheur sans effet de serre. 

Prochaine chronique : Utile


[1] Vitesse, chronique du 16/11/2006 et n°80 dans Coup de shampoing sur le développement durable, Ibis Press, 2007.

[2] Progrès, 02/10/2006

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable - Communauté : Les blogs citoyens
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Jeudi 24 janvier 2008
Breaking news !
Je vous avais annoncé le mot Utile, mais l'actualité change la donne. Permettez-moi d'intercaler deux mots, Bourse, tout d'abord, compt-renu des évènements actuels, et Record, pour réagir au record de Francis Joyon dans le tour du monde à la voile.

Bourse, donc, pour commencer.

Quelle curieuse coïncidence ! C’est au moment précis où la bourse s’effondre un peu partout dans le monde et tout particulièrement en Europe que Jacques Attali remet son rapport pour stimuler la croissance, et que la commission européenne propose une politique volontariste pour lutter contre l’effet de serre. Trois évènements intéressants à rapprocher. La dépression boursière fait craindre, à moins que ce n’en soit la conséquence, d’une récession, d’une baisse de l’activité. Attali apporte le programme clé en main, à prendre ou à laisser, pour trouver le point de croissance supplémentaire qui manque à la France pour se situer dans une bonne moyenne des pays développés, et le plan climat européen offre un champ d’initiatives et de créativité dont le coût, quelques euros par européen, est bien moindre que ne serait le coût du fil de l’eau, de la passivité.

Une première interrogation concerne la valeur des entreprises. Est-elle si volatile qu’elle puisse s’évaporer en quelques heures ? Les pertes enregistrées rappellent que le capital[1] d’une société est immatériel pour une bonne part, un tiers environ. C’est la confiance qu’elle inspire. La bourse n’est pas une entreprise comme les autres, il ne s’y produit rien d’autre que de la facilité d’échange entre les investisseurs et les entrepreneurs. Les manœuvres financières des premiers, et leurs imprudences, se répercutent manifestement sur les seconds. C’est le prix à payer de la domination qu’exerce la finance sur l’économie, l’image sur la réalité concrète. L’image, la monnaie, sont des instruments fantastiques pour rendre plus faciles ces échanges, peut-être trop faciles. L’extrême fluidité des capitaux finit par coûter cher aux entreprises. Il faut trouver des solutions. Au secours Keynes ! La tentation est forte de reprendre les mêmes formules, qui ont permis de sortir de la crise une première fois. Ce n’est sans doute pas ce que Keynes lui-même aurait fait, lui qui se moquait du retard des hommes politiques, qui « appliquent sans le savoir les recommandations d'économistes souvent morts depuis longtemps et dont ils ignorent le nom ». Curieusement il rejoint Karl Marx sur ce point, qui disait que « Les morts pèsent d’un poids très lourd sur le cerveau des vivants ».

Tout ça nous renvoie aux commentaires provoqués par le rapport Attali. De nombreux experts disent que ces mesures sont le fruit d’un recyclage intelligent de préconisations bien connues, qui figurent déjà dans nombre de rapports. Les mêmes experts affirment que ces mesures s’imposent pour la plupart, que tout le monde le sait, et qu’elles constituent la solution pour progresser et continuer à faire partie de l’élite de ce monde. J’en vois peu qui s’interrogent sur les raisons des échecs répétés à la mise en musique du bon sens. Il est plus facile d’incriminer un conservatisme forcené de la société française, qui refuse de suivre les experts. Un crime de lèse experts. Pas de commentaire, non plus sur la signification du PIB, de la croissance, mesurée sans compter les dépenses non monétaires, les destructions des valeurs qui n’intéressent pas la Bourse, humaines ou naturelles. Quand cette difficulté est évoquée, c’est pour dire que l’on y pense, mais plutôt pour se dédouaner car aucune inflexion n’est visible de ce fait. L’impérialisme de la croissance reste entier, ce qui ne serait pas grave si on la mesurait convenablement, mais qui devient inquiétant quand on connaît les biais introduits dans les calculs, les oublis massifs dans des comptes où il n’y a pas de débit. La suppression du principe de précaution[2], ainsi préconisée, traduit cette volonté de lever les obstacles à une croissance plus optique que réelle, alors qu’il s’agit, nous l’avons déjà affirmé sur ce blog, d’un instrument de pilotage de la nécessaire prise de risque[3].

La libération de la croissance fait donc l’objet d’une résistance farouche. Peut-être, au lieu de répéter les mêmes propositions, eut-il été préférable de s’intéresser aux mécanismes fins, au jeu des acteurs, aux leviers qui pourraient ébranler des équilibres désuets. Les régulations obsolètes sont légion, mais faut-il les supprimer ou les faire évoluer ? La brutalité manifestée dans cette opération traduit sans doute l’incapacité des experts à entrer dans un dialogue équilibré, à explorer ce qu’est une bonne gouvernance. Dommage, car il y a quand même de bonne choses dans ces propositions, et il ne faudrait pas qu’elles soient évacuées, une fois de plus, avec l’eau du bain[4].

Pour relancer la croissance, la lutte contre l’effet de serre. Un plan européen qui s’appuie sur un calcul plus équilibré, puisque le coût du programme est comparé à ce que coûterait son absence. C’est un effort collectif qui est l’enjeu. Certains voient une atteinte à la productivité des entreprises, un affaiblissement de leur situation dans le contexte bien sévère de la concurrence internationale. D’autres y voient au contraire un challenge dont les entreprises ont besoin pour progresser, pour prendre de l’avance dans un domaine qui s’imposera bientôt à tous avec force. Un levier pour la croissance, fondé sur une réalité physique qui restera au-delà de toutes les crises boursières. Le rôle des pouvoirs publics, européens et nationaux, est alors d’aider les plus faibles à franchir l’obstacle. La répartition de l’effort entre les Etats et entre les activités reste un exercice particulièrement délicat. Là encore, une bonne gouvernance sera bien nécessaire. Il y a un avenir à imaginer, mais, comme le disait Keynes, encore lui, la difficulté n'est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d'échapper aux idées anciennes.

Prochaine chronique : Record

 

 

 

 

 



[1] Capital, chronique du 22/02/2007

 

[2] Précaution, chronique du 28/02/2006 et n°57 dans Coup de shampoing sur le développement durable, Ibis Press, 2007

[3] Risque, chronique du 26/06/2006 et n°64 dans Coup de shampoing

[4] L'eau du bain, chronique du 28/02/2006 et n°23 dans Coup de shampoing

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable - Communauté : Les blogs citoyens
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Lundi 21 janvier 2008
Nous ne nous intéresserons pas ici au sens premier de l’étalement, qui nous conduirait au théorème de la tartine beurrée ou à une malencontreuse chute de vélo. Parlons de l’étalement au sens plus social du terme, plus conceptuel que physique. L’étalement prend une connotation différente, selon qu’il s’agisse des horaires ou des vacances, ou des extensions urbaines. Etale dans le temps est bien vu, dans l’espace beaucoup moins bien. Il faut quand même reconnaître que nous demandons de plus en plus d’espace. La composition des familles, nos exigences de confort et d’espace poussent à la consommation de mètres carrés. On parle de desserrement. Et la nature est perçue par beaucoup comme le meilleur argument de vente de la maison individuelle, celle qui permet d’avoir un jardin, et d’entendre les oiseaux le matin. Alors on s’étale. Les villes ne peuvent accueillir de populations nouvelles, et leurs enfants, quand ils arrivent à l’âge où ils veulent s’installer, vont à la campagne, surtout quand ils commencent à avoir des enfants.

Cet étalement inquiète le monde de l’environnement. Il y a bien sûr de l’espace qui est consommé, prélevé sur d’anciennes terres agricoles, ou des bois. Il y a les nombreuses routes à construire ou à agrandir pour desservir tout ce petit monde, avec les tonnes de pétrole qu’il faudra consommer dans les voitures pour aller faire ses courses, conduire les enfants au sport, et bien sûr pour aller au travail. Les pavillons consomment en outre plus d’énergie pour se chauffer qu’un appartement équivalent. Tout faux la maison individuelle, pourrait-on croire, et c’est bien embêtant, car elle reste le rêve d’une large majorité de nos concitoyens. Comment faire pour sortir de cette contradiction ? On ne va pas forcer les gens à vivre dans des barres et des tours !

Il n’y a pas de corrélation automatique entre le type d’habitat et les dégradations que l’on peut craindre pour l’environnement. Les jardins des particuliers peuvent être plus riches en termes biologiques que des champs cultivés. La maison « à énergie positive » est plutôt une maison individuelle, et chacun sent que les énergies diffuses sont plus faciles à mobiliser et à utiliser à la campagne qu’en haut de buildings de quinze étages.  Pareil pour l’eau de pluie, que je peux récupérer et réutiliser plus facilement à la campagne. Reste les transports et le recours presqu’automatique à la voiture quand on quitte la ville.  Oui, mais on reste plus souvent dans son jardin, et si on fait le calcul pour l'ensemble des mouvements, au-delà des déplacements domicile-travail, la maison individuelle n’est pas si productrice de transports qu’une première analyse pourrait le faire penser.

La maison individuelle peut être dramatique pour l’environnement, mais ce n’est pas une fatalité. Au lieu de condamner cette manière de vivre que beaucoup ont choisi, il vaut mieux s’intéresser à la manière de concevoir ces extensions de nos villes et de nos villages. Peut-on en faire des modèles pour l’écologie et le développement durable ?

On voit actuellement se multiplier des lotissements alternatifs et aitres ZAC écologiques. Ce ne sont pas des maisons isolées, loin de tout avec les problèmes sociaux et écologiques que l’on peut craindre. Ce sont quand même pour l’essentiel des maisons individuelles, avec jardin mais construites sur un parcellaire économe en espace, préservant des zones humides et un peu de vie sauvage. Avec un peu de génie écologique, on vous épure votre eau. L’orientation des maisons est étudiée pour qu’elles puissent accueillir des capteurs solaires dans les meilleures conditions. On retrouve en définitive l’esprit des villages anciens, économes, repliés sur eux-mêmes pour se protéger des vents, mais où chacun disposait de son jardin. Adoptez bien sûr des modes de construction écologique, de type HQE[1], et vous aurez tout ce qu’il faut pour vivre durablement pourrait-on dire. Mais la maison ne fait pas tout ! si vous utilisez votre jardin pour cultiver vos tomates sans engrais ni pesticide, en utilisant habilement les produits d’un compost que vous alimentez avec les épluchures de votre repas dominical, vous aurez une bien meilleure note que si vous tondez chaque semaine un gazon que vous arrosez en permanence, surtout quand il fait chaud et sec, en y mettant en outre une bonne dose d’engrais pour l’avoir bien vert. Ce n’est pas la maison qui est durable, mais le genre de vie que l’on y mène. La maison doit juste vous faciliter les choses, ce qui est déjà pas mal.

Le raisonnement symétrique est aussi à mener. Si je reste en ville, comment garder un lien avec la nature, comment y préserver le la richesse biologique, un paysage attractif, des relations avec des maraîchers des environs ? Pour  maîtriser l’étalement urbain, nous avons vu que l’on pouvait concevoir des quartiers de campagne plus écologique que la nature ordinaire, et où il fait bon vivre. Ce sont des petits bouts de ville à la campagne, pour reprendre la phrase célèbre d’Alphonse Allais. Il faudrait aussi apprendre à faire de la campagne à la ville. Ca rendrait les villes plus attractives, et en particulier les quartiers récents, et les quartiers tout court, ceux de la politique de la ville, qui auraient bien besoin de nature. Pour maîtriser l’étalement urbain dans les campagnes, vive l’étalement rural dans les villes !

Prochaine chronique : Utile

 



[1] HQE, chronique du 08/11/2007

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable - Communauté : Les blogs citoyens
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Jeudi 17 janvier 2008
Une curiosité grammaticale. Un mot qui change de sens selon qu’il est pluriel ou singulier, masculin ou féminin.

Au pluriel, le mot Soldes n’a pas le même sens qu’au singulier. Au singulier, il veut dire rémunération, appointement, salaire d’une peine. C’est notamment la solde des militaires qui a donné le mot soldat, avec ces célèbres demi-soldes,  dont la réputation n’est pas fameuse. Une solde singulière renvoie donc à un revenu, alors qu’au pluriel il veut dire dépenses, même si ces dépenses font faire des économies… du moins en théorie. Dans mon petit Larousse, qui date des années 1950, il n’y a que le singulier, signe que les temps ont changé depuis, une époque où les stocks ne justifiaient pas de susciter une fièvre acheteuse comme aujourd’hui. Les soldes sont bien sûr anciennes, mais n’avaient pas pris la même importance. On parlait plutôt de braderie, où étaient mélangés l’écoulement de stock en surplus et la vente de matériel d’occasion. Il y avait des foires et celles-ci contribuaient pour un bonne part au recyclage et au réemploi de produits qui n’ont pas encore fait leur temps. Les  salles des ventes organisaient début décembre des ventes où chacun revendait des jouets, vêtements et vélos des premiers âges pour racheter ceux de l’âge au-dessus. E bay a remplacé cette vieille pratique, et Internet donne une nouvelle jeunesse au troc et à l’occasion. Il y a aussi les petites annonces, les vide-greniers, et les ventes de charité pour ceux qui ne sont pas familiers avec le monde de l’informatique. Tout ça est bien utile pour le développement durable, quand il s’agit de donner plus d’usage à un produit donné, et donc d’en améliorer le rendement en termes de services rendus par la matière et le travail incorporé dans ce produit. Attention toutefois à l’acharnement, qui ne serait pas ici thérapeutique mais consumériste, et qui consisterait à faire durer un instrument plus qu’il n’est raisonnable, en dehors de ses limites d’efficacité et de sécurité. Le réemploi de produits est bon s’ils ne vieillissent pas, ou si leur technologie n’évolue pas. Si leurs successeurs sur les marchés sont plus performants, il vaut mieux renouveler, et recycler.

Revenons aux soldes, vente de produits neufs qui n’ont pas trouvé preneur à leur prix initial pendant la période normale de vente. C’est à l’évidence une méthode d’ajustement, pour assainir une situation avant de démarrer une nouvelle saison. Les produits en excédent trouvent ainsi des acquéreurs à des prix inférieurs aux prix courant, ce qui élargit la clientèle susceptible d’être intéressée. Cette purge périodique correspond à une nécessité fonctionnelle, et il faut se réjouir des aubaines qu’elle provoque.

La question est toute autre quand il s’agit d’utiliser les soldes pour créer des marchés parallèles toute l’année, ce que l’on appelle des soldes permanentes. Voici un extrait du billet publié sur ce sujet le 9 janvier dernier sur le blog TOUT ALLANT VERT[1] sous le titre “Commerce : Des soldes permanents ou récurrents ? Une bonne fausse idée” : Enfin sur l’objectif… qui est de faire augmenter la consommation et en conséquence le taux de croissance. On hallucine quelque part quand un gouvernement pousse ses citoyens à la consommation en générale (surtout de nature matérielle). De notre côté, nous pouvons tout à fait comprendre qu’il faut que la monnaie circule dans l’économie cependant si c’est dans l’objectif de faire toujours consommer plus chaque année sous objectif de faire monter le chiffre du PIB, cet exercice a des limites. N’en parlons pas même pas pour notre planète… croire en une croissance (telle que nos économistes l’ont défini) illimitée est utopique et catastrophique pour notre planète.

En tant qu’être humain, il arrive à un point où nous sommes satisfaits sur le plan matériel et souhaitons autre chose que des satisfactions d’ordre matériel alors en effet la consommation de biens matériels “illimitée”, nous n’y croyons pas du tout. Ce n’est pas simplement en faisant consommer plus nos chers concitoyens français que nous nous porterons mieux.

Les soldes périodiques pour ajuster les stocks, bonne idée, mais des soldes permanentes pour booster la consommation, le débat est ouvert ! Est-ce compatible avec l’innovation et le recherche de la qualité, est-ce même économiquement intéressant pour les plus démunis qui n’auraient ainsi accès qu’à une société de consommation de deuxième choix, avec des produits pas chers mais obsolètes, fragiles, et onéreux à l’usage ? Le dicton populaire nous rappelle que ça coûte cher d’être pauvre, il faut se méfier des fausses bonnes affaires.

Le mot solde présente d’autres particularités quand il change de sexe.

Au masculin, le  mot n’a pas le même sens qu’au féminin. Ce n’est plus un salaire, une rémunération, mais un écart, une différence, que l’on supprime en soldant un compte. Le bilan comptable de la planète ne se soldera pas par des écritures, mais en s’attaquant à la réalité matérielle : nous consommons chaque année plus que ce que la Terre ne peut produire aujourd’hui, et nous soldons le compte en prélevant sur le capital. Comme l’accroissement de la population mondiale et des besoins des nations émergentes vont accentuer la pression sur les besoins, la seule réponse semble bien de renforcer la capacité productive de la planète, alors que l’on s’ingénie à l’appauvrir en pompant ses ressources et en dégradant les milieux naturels. Un thème souvent abordé dans ce blog, avec les mots Hectare[2], Capital[3], ou Faillite[4].

Pour la réponse faisons fi des soldes : il faut aller encore beaucoup plus loin, sur la piste esquissée autour du mot Gratuit[5].

 
Prochaine chronique : Etalement

 



[1] http://blog.toutallantvert.com/

 [2] Hectare , chronique du 28/06/2006 et n°30 dans Coup de shampoing sur le développement durable (Editions Ibis Press)

[3] Capital (22/02/2007)

[4] Faillite (24/09/2007)

[5] Gratuit (30/04/2007)

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable - Communauté : Les blogs citoyens
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, Dominique Bidou Développement durable, est le support juridique (SARL) de mes interventions en tant que consultant. DBDD s’adresse aux collectivités, aux administrations, aux entreprises publiques et privées. Toutes les activités sont concernées, chacune avec ses spécificités qu’il convient d’intégrer dans les interventionsDBDD propose un accompagnement dans l’élaboration des politiques de développement durable, diagnostic, choix de lignes directrices, mobilisation des acteurs, personnels et partenaires, contrôles et évaluation.  contact@db-dd.org Pour une présentation plus complète, cliquer sur l'icône 
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quelques articles et ouvrages

Vous trouverez ci-dessous une liste de mes principaux articles, rapports et ouvrages sur le développement durable
- Rendre les villes intenses, Revue Urbanisme, septembre octobre 2008 Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf
- 11 recettes pour le développement durable, chroniques publiées dans le magazine CyberArchi www.cyberarchi.com de janvier 2007 à juin 2008,11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf 11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf
- Le risque, composante du développement durable, La part du risque, septembre 2008, http://www.lapartderisque.fr/Le-risque-composante-du.html  
 - Le développement durable : une logique de dépassement, Revue politique et parlementaire, numéro hors série Le Grenelle de l'environnement, avril 2008 le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf
- De bonnes recettes pour le développement durable, communication à l’académie d’architecture, 6 mars 2008Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf
- Pour le développement durable : une défense solide, une attaque créative, Préventique, n° 97, janvier-février 2008Article-dans-Pr-ventique.pdf Article-dans-Pr-ventique.pdf
- La haute qualité, une bonne recette pour le développement durable, Qualitique, n° 193, décembre 2007
article-dans-qualitique.pdf article-dans-qualitique.pdf

- Coup de shampoing sur le développement durable - Ibis press, 2007  www.ibispress.com  Voir rubrique ci-dessous

- La qualité environnementale des opérations d’aménagement, Etudes foncières, n° 127, Mai-juin 2007 artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf

- Développement durable, XXIème siècle : un défi pour les économistes, Sociétal n°53,

juillet 2006 Soci-tal--version-publi-e.pdf Soci-tal--version-publi-e.pdf

- Éthique et construction, revue « profession achat » n°20, déc 2005 – Janvier 2006

- La science des systèmes : un levier pour le développement durable, communication au congrès européen de systémique, Paris, 19 septembre 2005

 

- La HQE, une dynamique en marche, in Nouveaux paris, la ville et ses possibles, sous la

 

direction de Nicolas Michelin, Picard 2005

- Les inégalités écologiques en milieu urbain (avec col.) Inspection générale de l'Environnement et Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- Le développement durable, un nouvelle frontière pour les services déconcentrés de l’Etat, (avec Dominique Schneider et col.) Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- L'air, in revue Passages, Panorama 2004 du développement durable, édition spéciale n°1,

décembre 2004

- Tous gagnants, la dynamique du développement durable – Ibis press, 2004 www.ibispress.com Voir rubrique ci-dessous

- Une démarche de progrès pour le bâtiment, Constructif, novembre 2003

- Une gestion « sociétale » des entreprises, Entreprise éthique, avril 2002

- Un moteur de modernisation, revue politique et parlementaire, mars-avril 2000

- Environnement et développement économique, in Poursuivre la décentralisation, Editions Pouvoirs locaux, 1994

- Le livre vert de l’écologie urbaine dans la construction et l’habitat, ministère de l’Equipement, 1993 Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc

- Écologistes : le malentendu, revue politique et parlementaires, n° 914, Janv-Fév 1985

 

 

 

 

Deux livres sur le DD

Ma pratique professionnelle et associative du développement durable, et la rédaction régulière de ce blog m'ont conduit à écrire deux livres sur le développement durable, édités aux éditions Ibis Press (www.ibipress.com )  Le premier dont l'objectif esst tout simplement de donner l'envie d'y aller a été publié en 2003 sous le titre Tous gagnants, la dynamique du développement durable. Il est préfacé de Michel-Edouard Leclerc, et post facé de Jean-Claude Antonini. On trouvera ci-attaché, en cliquant sur l'icone correspondante, une présentation de l'ouvrage  pr-sentation-Tous-gagnants.pdf pr-sentation-Tous-gagnants.pdf  et le dépliant (avec bon de commande) flyertousgagnants.pdf flyertousgagnants.pdf .

Coup de shamping sur le développement durable (2007) est le rassemblement des 80 premiers billets de ce blog, mis en perspective par une introduction ( intro-Coup-de-shampoing.pdf intro-Coup-de-shampoing.pdf ) et une conclusion synthétiques. Didier ADES en a rédigé la préface. On trouvera ci après la présentation de l'ouvrage texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf , et le dépliant Depliantcoupdeshampoing.pdf Depliantcoupdeshampoing.pdf
 

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