Le DD par les mots

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Un mot, un mot courant, de la vie de tous les jours, et une approche du développement durable, inspirée par ce mot. Tel est le principe de ce blog pour mieux comprendre la richesse de cette expression, née il y a plus de 20 ans et toujours mal connue.  Il faut lui donner un sens plus pratique, plus proche de la réalité quotidienne, sans pour autant lui faire perdre sa force et son caractère universel. Chaque mot, pris dans l'actualité ou au fil d'une conversation, donne l'occasion d'une réflexion sur le développement durable. Au lieu de partir du développement durable, et de tenter de l'expliquer, nous allons partir de la vie et des mots ordinaires, pour aller vers le développement durable. Près de 400 mots ont ainsi été déclinés dans l'univers du développement durable, de janvier 2006 à juin 2009. Un livre a été publié en 2007 à partir des 80 premiers mots Coup de shampoing sur le développement durable, préfacé par Didier ADES.
L'été 2009 sera l'occasion d'une mutation. Vous trouverez dans quelques mois une présentation de tous les mots têtes de chapitre, plus de nombreux autres très présents dans les textes. Un accès facile pour circuler dans l'univers du développement durable à partir de l'une ou l'autre de ces multplies portes d'entrée.
Entre temps, il n'y aura plus de chronique régulière, juste parfois des billets d'humeur. Vous trouverez aussi la liste des mots par ordre alphabétique, et la présentation, à l'occasion, de billets que j'ai l'occasion de publier sur d'autres supports.
Pour être tenu informé de la suite de ce blog sans avoir à y penser, il suffit de vous isncrire à l'aide de la case juste au dessous, en suivant les instructions. C'est très simple. A bientôt

Dominique Bidou
 

Une approche offensive

Il nous faut inventer le monde de demain, en mobilisant le plus d'énergies possible. L’approche proposée dans ce blog est résolument offensive, et fondée sur deux lignes directrices 

-  Anticiper et se placer de manière à bénéficier des changements à venir. Inventer un monde nouveau est à la fois un projet enthousiasmant, une obligation éthique et une opportunité économique.
-   Adapter le concept de développement durable à chaque cas d’espèce, en s’inspirant de recettes simples et de méthodes éprouvées à décliner dans chaque contexte. 

Les bouquets du DD

 Un bouquet pour la finance bouquet-finances.pdf bouquet-finances.pdf

Un bouquet pour les dividendes bouquet-dividendes.pdf bouquet-dividendes.pdf

Un bouquet pour la bouffe La-bouffe.pdf La-bouffe.pdf

dans la série Les péchés capitaux au service dudéveloppement durable, un bouquet pour l 'orgueil Bouquet-orgueil.pdf Bouquet-orgueil.pdf , un bouquet pour l'envie Bouquet-envie.pdfBouquet-envie.pdf , un bouquet pour l'avarice Bouquet-Avarice.pdf Bouquet-Avarice.pdf

Présentation

Lundi 28 avril 2008

Encore un mot au double sens : tantôt il empêche de voir, il s’interpose, il protège du bruit, de projections ou de l’éblouissement ; tantôt il est au contraire un instrument pour montrer des images. C’est comme les relais, qui doivent transmettre des informations dans les deux sens, montant et descendant, mais qui parfois oublient de le faire, ou encore trient, sélectionnent, corrigent si nécessaire et finalement font écran.

L’écran le plus populaire aujourd’hui est l’écran de télévision. Il est en train de vivre une révolution, avec la disparition des écrans cathodiques, avec des tubes, et l’apparition des nouveaux écrans plats, à plasma ou à LCD. Une nouveauté intéressante, car elle est en principe économe en énergie, mais qui doit être bien accompagnée : Que vont devenir les millions de vieux postes, bourrés de métaux et de produits bizarres, qu’il ne serait pas bon de laisser filer dans le milieu, dans les nappes phréatiques et les rivières, et finalement dans les sédiments et dans la mer. C’est une gigantesque entreprise de récupération et de recyclage qui doit être lancée. L’Europe avec une directive sur les produits électroniques a pris les devants, et les industriels sont mobilisés, mais est-on bien sûr qu’il n’y a pas de faille dans le système ? Et que penser des pays qui ne disposent pas de la même infrastructure de collecte et de traitement, ou de ceux qui voudront franchir l’étape[1] à moindre coût ? Comme toujours, la transition est une période sensible, même si elle conduit à un progrès.

J’entends toutefois des échos défavorables. Les écrans plats seraient à l’origine d’une forte augmentation des consommations d’électricité. Curieuse affirmation, quand on sait que les nouvelles technologies permettent de réduire de 20% la consommation. Il y a là une contradiction qu’il faut décrypter.

La réponse demande de prendre un tout petit peu de champ, et d’aller au-delà de l’écran. Les nouvelles techniques modifient les consommations d’énergie, mais aussi un autre paramètre, la taille de l’écran. Les vieux tubes étaient non seulement gourmands, mais en plus ils étaient énormes dès que l’on voulait un grand écran. On avait de véritables monstres, qui pesaient très lourd, inesthétiques, incasables dans un appartement ordinaire. Alors que les écrans plats, sans profondeur par nature, sont légers, et peuvent trouver place aisément sur un mur. Ce sont des tableaux, et non plus des meubles. Le verrou de la taille ayant sauté, les écrans ne se sentent plus, ils deviennent grands, beaucoup plus grands que ceux qu’ils remplacent, et adieu l’économie d’énergie, c’est même l’inverse que l’on observe.

Ce phénomène est fréquent, du rattrapage instantané d’un avantage. Les moteurs des voitures sont de plus en plus performants, mais on leur en demande de plus en plus : le confort et la sécurité ont leurs exigences, ne serait-ce que leur poids qu’il faut bien transporter et qui consomme de ce simple fait. On le sait, des voitures moins rapides par construction demanderaient des dispositifs de freinage et de sécurité plus légers et consommeraient beaucoup moins d’essence pour une vitesse réelle équivalente. La voie de la sagesse est facile à identifier dans ce cas, même si elle est difficile de mise en application. Pour les écrans de télévision, il n’y a pas de limite de taille, qui correspondrait à la limitation de vitesse[2] des voitures. Et un grand écran offre assurément un plaisir dont il serait dommage de se priver. La voie de progrès est sans doute hybride. Une partie technique, d’amélioration du rendement des écrans, de leur efficacité énergétique. La consommation en marche, et bien sûr aussi en veille[3], doit se réduire toujours plus, en suivant une courbe d’apprentissage ambitieuse ; et en attendant, il doit être possible de ne pas s’emballer, de privilégier les écrans plats de taille raisonnable au lieu d’entrer dans une course au gigantisme. Un bon affichage des consommations et du prix réel de l’énergie consommée pourrait calmer certaines ardeurs des consommateurs, mais il faudrait aussi que la politique commerciale des fabricants, leur publicité, soit cohérente avec l’objectif du facteur 4…


Prochaine chronique : médecin 

 



[1] Etape, chronique du 06/11/2006 et n°25 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com  )

 

[2] Vitesse, chronique du16/11/2006 et n°80 dans Coup de shampoing

[3] Veille, chronique du 09/06/2006 et n°78 dans Coup de shampoing

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable - Communauté : Les blogs citoyens
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Jeudi 24 avril 2008

L’affaire des réductions SNCF pour les familles nombreuses a provoqué bien des émois. La question des allocations familiales en ajoute si besoin en était. La politique familiale est une fois encore au cœur des débats. Comme vous le savez, la question démographique est très présente dans tout discours sur le développement durable et l’avenir de la planète, et par suite la politique familiale. Si ce terme signifie action d’ordre social, mutualisation de charges, solidarité, ce sont bien des références explicites au développement durable que l’on retrouve. Cette aide est nécessaire. S’il s’agit de favoriser une croissance démographique, comme une solution à tous nos problèmes, alors il y a un sérieux malentendu. Beaucoup croient que le problème, c’est le vieillissement. Pour eux, il faut lutter contre ce phénomène, et c’est la natalité qui est la réponse, car on sait bien que ce n’est pas sur l’âge au décès, l’espérance de vie, qu’il faut jouer. L’allongement de la durée de vie, très net jusqu’à présent dans nos sociétés, ne peut être regretté, d’autant qu’il s’accompagne d’une amélioration générale de la santé et de la bonne forme à tous les âges. C’est une affaire de proportion, la part des jeunes, des « actifs », et des vieux, voilà ce qui compte. Pour maintenir une bonne proportion de jeunes et d’actifs, il faut des naissances, il faut des nouvelles entrées dans le système.

Ce raisonnement n’a de sens que dans un monde infini, alors que nous savons, depuis Paul Valéry, que nous sommes entrés dans le temps du monde fini. Nous serons bientôt, d’ici une génération, 9 milliards d’êtres humains sur Terre, avec des exigences légitimes d’accès à des richesses, ne serait-que pour vivre dans la dignité. La pression sur les ressources sera encore plus forte que celle que l’on observe aujourd’hui, et chacun s’accorde sur le fait que la population mondiale ne peut s’accroître à l’infini. Le simple fait de stabiliser le nombre d’être humains est synonyme de vieillissement. C’est un phénomène inéluctable, bien engagé dans les pays de la « vieille Europe », mais qui va se manifester aussi très vite en Asie, notamment au Japon et bientôt en Chine, avec les politiques très vigoureuses de maîtrise de la natalité qui y ont été menées. Il faut donc se préparer à vivre et à se développer dans des sociétés bien différentes de celles où nous sommes nés, avec des équilibres démographiques très éloignés de ceux sur lesquels sont fondés notre organisation sociale et nos modes de production. Retarder l’échéance, et espérer que notre communauté fera exception dans le monde, que l’on peut continuer une croissance démographique en France dans un monde dont la population se stabilise, serait pure illusion, et empêcherait de chercher activement une issue constructive au défi qui nous est lancé.

C’est pourtant ce qui se passe sous nos yeux. Certains croient encore que les questions telles que la retraite peuvent se résoudre en conservant la même géométrie d’ensemble, et en poussant simplement quelques curseurs, comme l’âge légal de départ à la retraite, ou les taux de cotisation des uns et des autres. C’est le royaume de la rustine, alors qu’il faut non seulement changer de roue, mais sans doute de véhicule.

Ces réponses s’avèrent en général inefficaces, il faut les renforcer à l’infini, et elles créent une atmosphère de régression, de retour à des conditions de vie anciennes, que l’on croyait abolies avec le progrès[1].

Le développement ne sera durable que si l’on sait faire preuve de lucidité, en acceptant de regarder l’avenir en face. Le vieillissement est l’avenir de l’humanité, et de nos sociétés occidentales en premier. Plutôt que de retarder l’échéance et finalement de se laisser surprendre, il vaut mieux s’organiser. Qu’est-ce que cela veut dire, au quotidien, dans notre organisation sociale et économique, dans nos villes et nos villages ? Comment se préparer intelligemment à cette évolution, pour que le progrès soit tendu vers une atténuation des mauvais côtés de la chose et une amplification des atouts qu’elle comporte ? La division de la vie en périodes d’apprentissage, de travail, et de repos bien mérité doit sans doute être revue, avec une meilleure perméabilité entre elles, la recherche de productivité du travail, la lutte contre sa pénibilité, la manière de redistribuer les revenus, la place des jeunes et celle des anciens dans une société moderne, sans exclusion et avec le souci d’une intégration maximale de toutes les énergies. Le débat est, on le voit, beaucoup plus riche qu’une simple négociation entre partenaires sociaux sur la répartition des charges. Il donne sur la question de l’immigration un éclairage différent, du moins pendant la période intermédiaire, plusieurs dizaines d’années, où il y aura encore des pays aux populations très jeunes et d’autres, au contraire, où la population sera nettement plus âgée. Quels échanges, quel type de relations entretenir pour que les deux types de pays soient gagnants ?

Voilà un beau plan de charge, pour préparer le futur. Et plus enthousiasmant que le grappillage de quelques sous ici et là, que le marchandage de quelques avantages. Cet avenir à construire ne peut l’être sans la participation active de tous les acteurs de la société. Il y aura toujours les intérêts immédiats à gérer, avec les modes habituels de négociation, mais il faut aller au-delà, et mettre en place la construction commune de l’avenir. Nos pays de la vieille Europe, parfois objet de risée, ont un rôle privilégié à tenir dans cette étape de l’aventure de l’humanité. Premiers confrontés au vieillissement, à la pénurie de matières premières, au manque d’espace et de nature vierge, et marqués profondément par des cultures à la fois riches et archaïques, ces pays doivent ouvrir ce débat crucial et explorer de nouvelles voies de développement. Ce sera plus intéressant que le holdup sur quelques avantages sociaux, dans une atmosphère de cacophonie qui ne peut qu’affaiblir la ressource essentielle dont nous avons besoin pour se lancer dans l’aventure : la confiance.


Prochaine chronique : Ecran

[1] Progrès (02/10/2006

 

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Lundi 21 avril 2008

Vous avez remarqué, comme ils sont bien équipés, les présentateurs télé, ou encore les hommes du président et autres body guards ? Ils sont munis d’oreillettes, pas celles du cœur, nous en avons tous une paire, mais celles que l’on glisse dans l’oreille[1], et qui permet une communication secrète. Discrètes, mais efficaces, ces oreillettes. Il y a aussi celles des téléphones portables, bluetooth s’il vous plait, qui vous laissent les mains libres et avec lesquelles vous pouvez vivre en permanence, en attendant vos appels.

Il y a d’autres personnes équipées d’oreillettes, ce sont ceux qui n’entendent pas bien, les mal entendant. Dans leur cas, il ne s’agit plus de recevoir une information privilégiée, mais tout simplement de mieux entendre ce que tout le monde entend, grâce à un amplificateur. Il faut dire que l’acuité auditive est menacée dans nos sociétés. Les oreillettes des MP3 et autres baladeurs, et le niveau sonore atteint dans de nombreuses boîtes de nuit, et en milieu de travail, se chargent de préparer le terrain pour les oreillettes des futurs « durs de la feuille ». Et puis il y a le vieillissement, qui s’accompagne d’une dégradation progressive des capacités d’écoute. Une société où les jeunes se crèvent les tympans et où il y a de plus en plus de vieux, est donc une société ou l’oreillette deviendra une prothèse naturelle, aussi courante que les lunettes. D’ailleurs, on s’aperçoit qu’il vaut mieux en porter dès que le besoin s’en fait sentir. Les coquetteries en la matière, qui ont bien existé pour les lunettes, font bien du mal. Les mots qui vous échappent, les phrases que vous ne saisissez plus, c’est agaçant. Tout d’abord, vous essayer de comprendre quand même, vous vous accrochez, vous devinez de quoi il s’agit, au risque de vous tromper de temps en temps et de ne pas capter toutes les subtilités des paroles échangées. Et puis, petit à petit, la fatigue et la lassitude aidant, vous abandonnez une fois sur deux, puis deux sur trois, et c’est l’enfermement progressif qui démarre. Un découragement synonyme à terme d’exclusion. Des recherches sont en cours sur les liens éventuels entre la maladie d’Alzheimer et la surdité, et il semble bien que la maladie se développe plus vite chez les personnes coupées du monde. Pas d’hésitation par conséquent, quand vous avez un début de perte d’audition, il faut s’équiper.

De nouvelles formes d’oreillettes ont fait leur apparition. A la fois plus discrètes, plus colorées, plus sexy pourrait-on dire. Elles se modernisent et voient leur fidélité acoustique s’améliorer à chaque génération de matériel. Comme pour le téléphone, leurs fonctions deviennent de plus en plus nombreuses. Elles ne prennent pas de photos, mais elles peuvent être reliées justement au téléphone, ou à la radio, à des appareils à musique, etc.

Les oreillettes modernes ne sont plus la marque d’une infirmité, elles tendent à devenir des prothèses[2] ordinaires, comme les lunettes, et qui rendent bien des services. Certes la presbyacousie guette les vieux, qui seront de plus en plus nombreux, mais l’oreillette peut être utile bien avant. Elle devient un instrument de prévention de troubles plus graves, qui concernent au départ la vie sociale mais qui s’étendent rapidement à la santé de l’organisme. Là encore, il faut anticiper, un mot clé du développement durable, pour éviter de tomber dans une spirale du repli et de la perte de vitalité.

Pourtant, on peut voir une publicité[3] pour ces prothèses mettant en vedette un vieil homme. Une vedette, c’est la loi du genre, mais une vedette âgée et populaire. Bonne opération pour accroître immédiatement sa part de marché, mais très mauvaise image pour l’avenir. Une publicité qui renforce l’idée que les oreillettes sont l’apanage des vieux est bonne pour capter la clientèle des vieux, mais elle éloigne les plus jeunes qui en auraient souvent besoin. Je ne suis pas si vieux, moi, que je doive porter un tel équipement ! Une publicité qui va à l’encontre d’un besoin de prévention, et de la part de sociétés dont la vocation est la santé[4], difficile de leur faire des compliments !

Alors, tous appareillés ? Certainement pas, il vaut bien mieux encore cultiver son acuité auditive, et en premier lieu ne pas la compromettre par des pratiques à courte vue oserait-on dire. Mais oui, il faut banaliser l’usage de ces prothèses dès qu’elles deviennent utiles, et leur donner une forme et des fonctions conformes aux besoins qui s’expriment aujourd’hui. Retirer les freins, souvent culturels, au développement de la prévention, dans le domaine de l’ouïe comme dans tous ceux liés à la dégradation progressive de nos facultés, est une œuvre nécessaire. Où le développement durable ne va-t-il pas se nicher !


Prochaine chronique : Réduction

[1] Oreille, chronique du 05/09/2006 et n°48 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[2] Prothèse, chronique du 17/10/2006 et n°59 dans Coup de shampoing

 

[3] Publicité, chronique du 17/12/2007

[4] Santé,  chronique du 11/03/2006 et n°66 dans Coup de shampoing

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable - Communauté : Développement Durable
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Jeudi 17 avril 2008

Voilà un sujet déjà abordé dans ce blog avec les poissons, précisément le grenadier[1] et ses comparses des grandes profondeurs. Nous avons aussi traité des souterrains[2], et nous reprenons le sujet sous un autre angle, pour montrer la diversité des approches du développement durable. Le sous-marin est un bateau qui va sous l’eau, mais le mot évoque aussi le Commandant Cousteau et le scaphandre autonome, et pourquoi pas la maison sous-marine, proposée par l’architecte Jacques Rougerie[3], qui reprend en les modernisant de fameuses idées de Jules Vernes. L’approche du mot souterrain nous avait conviés à vire en 3D, mais pourquoi se limiter à la terre ferme ? Il y a des espaces extraordinaires à découvrir, avec un mode de vie nouveau à imaginer. C’est peut-être plus durablement correct que de vouloir s’échapper vers des planètes copies de la Terre après avoir dévasté l’originale, car pour vivre sous la mer, il faut respecter cette dernière. La moitié de l’humanité vit près des côtes, et la mer est bien attractive. Des extensions des villes sur les mers se font ici et là, et même des aéroports, mais ces travaux posent de nombreux problèmes, car ils entraînent souvent des dégâts autour des remblais, dans les fonds littoraux. L’humanité a créé des polders, avec des digues à surveiller de près, mais on voit aujourd’hui, avec la remontée du niveau des océans, qu’il faut pomper en permanence, avec la demande d’énergie qui en découle, et sans assurer pour autant la sécurité des lieux. Les Pays-Bas, les bien nommés, envisagent d’abandonner certains de ces territoires conquis sur la mer, tellement leur défense est problématique. Le développement durable nous conduit à innover, à élargir le champ du possible. L’extension de la terre fut le premier réflexe, mais il a atteint ses limites. Aller carrément dans la mer, sous l’eau, en plongée, est une tout autre attitude, car elle ne modifie pas le trait de côte, la séparation terre-mer. Il n’est plus question de faire reculer la mer, de conquérir des espaces nouveaux, mais de s’y faire un nid, modestement, sans déranger. Ici comme ailleurs, il faut faire attention, et voir où nous mettons les pieds avant de se précipiter. Il ne s’agira jamais que d’une réponse très partielle à la question de l’habitat, et ses exigences la condamnent probablement à rester hyper marginale. Mais les solutions même exceptionnelles ont leur propre dynamique[4], elles ont valeur de symbole, et se révèlent souvent des portes d’entrée vers de nouveaux mondes, de nouvelles découvertes.

La mer est aussi, et le sujet est en train de prendre de l’ampleur, source d’énergie. Les courants, les tempêtes, les marées, la marine à voile, les illustrations de cette réserve d’énergie sont multiples. Cette énergie a été progressivement abandonnée, au profit des énergies fossiles, le charbon, le fuel, et maintenant les piles atomiques. Ce sont là des énergies fiables, que l’on maitrise, que l’on peut solliciter quand on le veut. Rien à voir avec le vent, capricieux, enfant terrible qui n’est jamais là quand on en a besoin, ou qui chahute les malheureuses embarcations soumises à ses fantaisies. Laissons le vent aux plaisanciers, ils ont du temps à perdre, ils sont là pour faire de l’exercice, du sport. La hausse prévisible du prix des carburants rend ces raisonnements quelque peu dérisoires. Bien sûr, il faut entrer dans l’ère de la machine, mais en cherchant l’économie, et pourquoi pas, les apports gratuits[5] que la nature nous offre souvent avec générosité. La dure crise que la pêche connaît aujourd’hui est le résultat logique de choix techniques qui auraient pu être évités… La performance n’est pas dans la plus grosse machine, mais dans la machine la plus efficace, celle dont le rendement est le meilleur en termes de ressources consommées pour un kilo de poisson pêché.

Cette énergie, dont la mer est la détentrice, et que nous avons jusqu’à présent capté que la surface, nous allons bientôt la chercher en profondeur, sous la mer. Il y a les hydroliennes, sortes de moulins sous-marins, qui exploitent les courants des profondeurs ; il y a les pompes à chaleur qui profitent des différences de température entre la surface et le fond de la mer ; et il y a les vagues, la houle dont on récupère l’énergie pour fabriquer de l’électricité. Cette dernière technique est souvent considérée comme la plus prometteuse, et plusieurs de laboratoires dans le monde travaillent pour mettre au point des techniques qui pourraient d’ici quelques années donner une production comparable en quantité à celle fournie par l’hydraulique de nos rivières. En France, une hydrolienne expérimentale baptisée "Sabella" doit être immergée ce mois-ci dans l'estuaire de l'Odet à une profondeur de 19 mètres pour de premiers essais. Une petite bête de 3 mètres de diamètre, soit un tiers de ce que seront les modèles définitifs qui doivent être construits au terme de l’expérimentation.

La mer qu’on voit danser a donc bien des tendresses pour nous. Nous la polluons allégrement, nous lui prélevons sans vergogne le maximum de poissons sans leur laisser le temps de se reproduire, nous détruisons ses équilibres en mettant en péril requins[6], coraux et mangroves, et malgré toutes ces turpitudes, elle va nous donner de l’énergie. Quelle générosité ! Ça doit être ça, le développement durable…


Prochaine chronique : Oreillette 



[1] Grenadier, chronique du 09/11/2006 et n°29 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[2] Souterrain, chronique du 25/10/2006 et n°71 dans Coup de shampoing

[4] Dynamique, chronique du 21/07/2006 et n°22 dans Coup de shampoing

 

[5] Gratuit, chronique du 30/04/2007

[6] Requin, chronique du 07/04/2008

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable - Communauté : Développement Durable
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Lundi 14 avril 2008

Restons fidèle à une approche offensive du développement durable résolument positive. Comment faire pour traiter du mot Négatif ? En le doublant, et en l’associant à un autre concept lui-même négatif, comme le coût. Un coût négatif n’est-il pas un gain ?

On peut tout d’abord réduire des charges, ce qui est bon pour le porte-monnaie, mais aussi pour l’environnement, si cette économie porte sur des ressources et sur des rejets. La première chronique de ce blog, sur le mot Shampoing[1], explorait la piste de la bonne dose. Souvent, par sécurité, pour être sûr du résultat, nous cédons à la tentation de forcer sur la quantité de produit. Trop de lessive dans la machine, trop de shampoing dans la paume de la main. Le conditionnement est parfois coupable, ce qui appelle une correction de la part du fabricant, mais c’est souvent une simple affaire de comportement. Les entreprises qui se soucient du bon usage de leur produit font parfois des campagnes auprès de leurs clients, et les dispositifs comme les certificats d’économie d’énergie conduisent également à s’intéresser non plus à la quantité de produit, mais à son efficacité. En consommer moins pour le même service. Le gain est parfois engrangé par le fabricant. Procter & Gamble affirme que l’éco-conception de l’emballage des lingettes Swiffer Wet a permis de gagner un bon tiers de matériaux et près de moitié des transports en camion. Tant mieux pour eux, espérons que leurs clients en bénéficient aussi. La même société a étudié le cycle du lavage de linge. Le gros de la consommation d’énergie n’est pas dans leur usine, mais dans la cuisine ou la buanderie de leurs clients, et de beaucoup. C’est l’énergie nécessaire au chauffage de l’eau dans la machine qui est le paramètre clé, celui sur lequel il faut agir en priorité. Une poudre à laver à froid est la solution, mise sur le marché récemment, en 2006. Voilà une mesure à coût négatif, mais encore faut-il faire ce qu’il faut, à savoir baisser la température de sa lessive, ce qui heurte souvent des idées reçues. Comme la facture d’électricité ne permet pas d’y distinguer la consommation de la machine à laver, une des difficultés est que le prix de la poudre se voit, alors que celui de l’énergie est masqué. Il faut donc un effort de communication pour faire passer le message et changer les habitudes.

Changer les habitudes, c’est ce qui bloque parfois la diffusion des mesures à coût négatif. Dans un rapport du Ministère de l’Equipement[2], l’auteur constate que ces meilleures technologies n’ont pas envahi les marchés. Les explications de ces faits sont complexes. Il poursuit : la routine du « remplacement à l’identique » est probablement le facteur principal : chaudières, simple vitrage. Il ajoute que les consommateurs sont peu informés, et le plus souvent par les installateurs, qui jouent trop souvent de l’argument commercial du prix plus faible à l’investissement des matériels médiocres. Voici donc des opportunités gâchées. L’utilisation des « meilleures technologies » est toujours rentable pour les usagers. Il s’agit donc d’« actions à coût négatif », auxquelles les politiques publiques doivent accorder la priorité. Pour les vitrages, la technologie des « vitrages à isolation renforcée », disponible depuis les années 1980, ne couvre encore que 50 % du marché français, alors que le surcoût par rapport à un double vitrage « ordinaire » est remboursé en un an. Les 50 % de doubles vitrages ordinaires posés en 2004 vont entraîner une surconsommation de 100 000 tep/an pendant toute leur durée de vie, 80 ans environ… C’était en 2005. Espérons que le Grenelle de l’Environnement remettra en cause cette constatation bien déprimante.

Il n’y a pas que l’énergie qui permette de faire rapidement des économies, grâce à des actions à coût négatif. C’est très souvent le cas pour les consommations de  ressources naturelles, aussi bien à la maison que dans les usines. L’eau est un bon exemple, avec les réducteurs de pression et une robinetterie moderne qui procure des économies sans réduction du confort.

Un des intérêts de ces techniques à coût négatif, est bien qu’elles sont disponibles tout de suite, en en attendant de nouvelles, bien sûr. Il n’est pas besoin d’attendre pour les mettre en pratique, si ce n’est les développements industriels, car les capacités de production seraient vite dépassées si elles se généralisaient du jour au lendemain. Par exemple, le cinquième de l’énergie produite à la surface de la planète est utilisé pour l’éclairage, et il est techniquement possible, sans innovation, de diviser par deux cette consommation. Cela fait 100 milliards d’économies par an… Les bénéfices sont à engranger par les particuliers et par les collectivités, tout le monde y gagne. Il faut juste aider les pauvres à s’équiper, à adopter des techniques plus chères à l’achat mais tellement économiques à l’usage. Encore une question de produits financiers. Les ingénieurs sont, pour beaucoup d’entre eux, entrés dans le temps du développement durable. Il est grand temps que les banquiers les suivent.


Prochaine chronique : Sous-marin 



[1] Shampoing et développement durable , chronique du 30/01/2006 reprise sous le n°69 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com )

[2] Jean Orselli, Recherche et développement sur les économies d’énergie et les substitutions entre énergies dans les bâtiments, rapport du CGPC, Juin 2005

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable - Communauté : Les blogs citoyens
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DBDD

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, Dominique Bidou Développement durable, est le support juridique (SARL) de mes interventions en tant que consultant. DBDD s’adresse aux collectivités, aux administrations, aux entreprises publiques et privées. Toutes les activités sont concernées, chacune avec ses spécificités qu’il convient d’intégrer dans les interventionsDBDD propose un accompagnement dans l’élaboration des politiques de développement durable, diagnostic, choix de lignes directrices, mobilisation des acteurs, personnels et partenaires, contrôles et évaluation.  contact@db-dd.org Pour une présentation plus complète, cliquer sur l'icône 
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quelques articles et ouvrages

Vous trouverez ci-dessous une liste de mes principaux articles, rapports et ouvrages sur le développement durable
- Rendre les villes intenses, Revue Urbanisme, septembre octobre 2008 Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf
- 11 recettes pour le développement durable, chroniques publiées dans le magazine CyberArchi www.cyberarchi.com de janvier 2007 à juin 2008,11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf 11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf
- Le risque, composante du développement durable, La part du risque, septembre 2008, http://www.lapartderisque.fr/Le-risque-composante-du.html  
 - Le développement durable : une logique de dépassement, Revue politique et parlementaire, numéro hors série Le Grenelle de l'environnement, avril 2008 le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf
- De bonnes recettes pour le développement durable, communication à l’académie d’architecture, 6 mars 2008Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf
- Pour le développement durable : une défense solide, une attaque créative, Préventique, n° 97, janvier-février 2008Article-dans-Pr-ventique.pdf Article-dans-Pr-ventique.pdf
- La haute qualité, une bonne recette pour le développement durable, Qualitique, n° 193, décembre 2007
article-dans-qualitique.pdf article-dans-qualitique.pdf

- Coup de shampoing sur le développement durable - Ibis press, 2007  www.ibispress.com  Voir rubrique ci-dessous

- La qualité environnementale des opérations d’aménagement, Etudes foncières, n° 127, Mai-juin 2007 artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf

- Développement durable, XXIème siècle : un défi pour les économistes, Sociétal n°53,

juillet 2006 Soci-tal--version-publi-e.pdf Soci-tal--version-publi-e.pdf

- Éthique et construction, revue « profession achat » n°20, déc 2005 – Janvier 2006

- La science des systèmes : un levier pour le développement durable, communication au congrès européen de systémique, Paris, 19 septembre 2005

 

- La HQE, une dynamique en marche, in Nouveaux paris, la ville et ses possibles, sous la

 

direction de Nicolas Michelin, Picard 2005

- Les inégalités écologiques en milieu urbain (avec col.) Inspection générale de l'Environnement et Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- Le développement durable, un nouvelle frontière pour les services déconcentrés de l’Etat, (avec Dominique Schneider et col.) Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- L'air, in revue Passages, Panorama 2004 du développement durable, édition spéciale n°1,

décembre 2004

- Tous gagnants, la dynamique du développement durable – Ibis press, 2004 www.ibispress.com Voir rubrique ci-dessous

- Une démarche de progrès pour le bâtiment, Constructif, novembre 2003

- Une gestion « sociétale » des entreprises, Entreprise éthique, avril 2002

- Un moteur de modernisation, revue politique et parlementaire, mars-avril 2000

- Environnement et développement économique, in Poursuivre la décentralisation, Editions Pouvoirs locaux, 1994

- Le livre vert de l’écologie urbaine dans la construction et l’habitat, ministère de l’Equipement, 1993 Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc

- Écologistes : le malentendu, revue politique et parlementaires, n° 914, Janv-Fév 1985

 

 

 

 

Deux livres sur le DD

Ma pratique professionnelle et associative du développement durable, et la rédaction régulière de ce blog m'ont conduit à écrire deux livres sur le développement durable, édités aux éditions Ibis Press (www.ibipress.com )  Le premier dont l'objectif esst tout simplement de donner l'envie d'y aller a été publié en 2003 sous le titre Tous gagnants, la dynamique du développement durable. Il est préfacé de Michel-Edouard Leclerc, et post facé de Jean-Claude Antonini. On trouvera ci-attaché, en cliquant sur l'icone correspondante, une présentation de l'ouvrage  pr-sentation-Tous-gagnants.pdf pr-sentation-Tous-gagnants.pdf  et le dépliant (avec bon de commande) flyertousgagnants.pdf flyertousgagnants.pdf .

Coup de shamping sur le développement durable (2007) est le rassemblement des 80 premiers billets de ce blog, mis en perspective par une introduction ( intro-Coup-de-shampoing.pdf intro-Coup-de-shampoing.pdf ) et une conclusion synthétiques. Didier ADES en a rédigé la préface. On trouvera ci après la présentation de l'ouvrage texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf , et le dépliant Depliantcoupdeshampoing.pdf Depliantcoupdeshampoing.pdf
 

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