Le DD par les mots

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Un mot, un mot courant, de la vie de tous les jours, et une approche du développement durable, inspirée par ce mot. Tel est le principe de ce blog pour mieux comprendre la richesse de cette expression, née il y a plus de 20 ans et toujours mal connue.  Il faut lui donner un sens plus pratique, plus proche de la réalité quotidienne, sans pour autant lui faire perdre sa force et son caractère universel. Chaque mot, pris dans l'actualité ou au fil d'une conversation, donne l'occasion d'une réflexion sur le développement durable. Au lieu de partir du développement durable, et de tenter de l'expliquer, nous allons partir de la vie et des mots ordinaires, pour aller vers le développement durable. Près de 400 mots ont ainsi été déclinés dans l'univers du développement durable, de janvier 2006 à juin 2009. Un livre a été publié en 2007 à partir des 80 premiers mots Coup de shampoing sur le développement durable, préfacé par Didier ADES.
L'été 2009 sera l'occasion d'une mutation. Vous trouverez dans quelques mois une présentation de tous les mots têtes de chapitre, plus de nombreux autres très présents dans les textes. Un accès facile pour circuler dans l'univers du développement durable à partir de l'une ou l'autre de ces multplies portes d'entrée.
Entre temps, il n'y aura plus de chronique régulière, juste parfois des billets d'humeur. Vous trouverez aussi la liste des mots par ordre alphabétique, et la présentation, à l'occasion, de billets que j'ai l'occasion de publier sur d'autres supports.
Pour être tenu informé de la suite de ce blog sans avoir à y penser, il suffit de vous isncrire à l'aide de la case juste au dessous, en suivant les instructions. C'est très simple. A bientôt

Dominique Bidou
 

Une approche offensive

Il nous faut inventer le monde de demain, en mobilisant le plus d'énergies possible. L’approche proposée dans ce blog est résolument offensive, et fondée sur deux lignes directrices 

-  Anticiper et se placer de manière à bénéficier des changements à venir. Inventer un monde nouveau est à la fois un projet enthousiasmant, une obligation éthique et une opportunité économique.
-   Adapter le concept de développement durable à chaque cas d’espèce, en s’inspirant de recettes simples et de méthodes éprouvées à décliner dans chaque contexte. 

Les bouquets du DD

 Un bouquet pour la finance bouquet-finances.pdf bouquet-finances.pdf

Un bouquet pour les dividendes bouquet-dividendes.pdf bouquet-dividendes.pdf

Un bouquet pour la bouffe La-bouffe.pdf La-bouffe.pdf

dans la série Les péchés capitaux au service dudéveloppement durable, un bouquet pour l 'orgueil Bouquet-orgueil.pdf Bouquet-orgueil.pdf , un bouquet pour l'envie Bouquet-envie.pdfBouquet-envie.pdf , un bouquet pour l'avarice Bouquet-Avarice.pdf Bouquet-Avarice.pdf

Présentation

Jeudi 28 juin 2007
Eviter d’en mettre trop. Ça peut casser ou couvrir le goût des choses, un plus qui peut finir par faire un moins…  Un peu comme la sauce blanche, ou d’autres condiments qui masquent le met de base au lieu de le mettre en valeur. Le développement durable est hédoniste, et l’excès n’est pas toujours la bonne manière de goûter aux plaisirs de ce monde.

Au-delà de la question de l’overdose, la mayonnaise est surtout un exploit technique. Il faut la « faire prendre ». Ce n’est pas qu’une simple juxtaposition d’ingrédients, tout comme une maison n’est pas la somme des matériaux qui servent à la construire. Il faut du talent pour faire prendre une bonne mayonnaise, comme il en faut pour faire monter un projet collectif, partagé entre de nombreux acteurs.

Le développement durable est une ligne de conduite très ambitieuse, et donc très exigeante. Les défis à relever, et en premier lieu celui de prendre du plaisir dans un monde nouveau à construire, demandent un tour de main bien affirmé. Il faut incorporer des idées nouvelles, des modes de vie différents, des comportements inédits. Et tout le monde est concerné. Le monde de demain doit se construire avec tous, ce n’est pas une affaire réservée. Chacun apporte son grain de sel, voire son piment, dans cette préparation originale que doit être notre avenir à tous, pour reprendre le titre du célèbre rapport de la commission Bruntland, qui a donné le véritable coup d’envoi du développement durable. Conduire cette transformation de la société n’est pas une mince affaire. Une recette simple est de bien préparer le premier amalgame. Pas trop d’ingrédients, mais une grande énergie pour donner du corps et de la cohérence, de la tenue, à un ensemble constitué de quelques éléments. Un ensemble capable d’évoluer, d’assimiler[1] progressivement d’autres composants. Quant au tour de main, appelons ça la bonne gouvernance, cette capacité à faire dialoguer les différents interlocuteurs, les amener à chercher ensemble des solutions qui tiennent compte des intérêts de chacun. Ça ne s’improvise pas, il faut du savoir faire, le sens de l’écoute et de la négociation[2]. Il faut aussi savoir choisir les ingrédients de la mayonnaise, et les mettre à la même température pour que l’amalgame prenne aisément. Pour le développement durable, il faut choisir ses interlocuteurs, ceux qui vont constituer le premier noyau à partir duquel la convergence des intérêts pourra prendre corps. Il faudra les mettre à niveau, non pas de température mais de connaissance des affaires et de volonté de progresser. Une analyse fine des situations propres de chaque « partie prenante », puisque c’est comme ça qu’on désigne les partenaires réunis pour un développement durable, sera nécessaire pour établir les passerelles et permettre aux échanges d’être fructueux. Gardons nous de nous lancer « la fleur au fusil » dans l’art de la gouvernance, c’est un art très délicat, qui exige beaucoup de savoir faire. C’est comme le débat public, on a vite fait de compromettre une dynamique favorable en provoquant, par maladresse ou ignorance, des réactions de rejet, des crispations sur d’anciens clivages, des rivalités liées à des blessures mal cicatrisées et qu’on réveille sans ménagement dans des débats improvisés. La bonne gouvernance demande de l’expérience et du talent.

La recette de la mayonnaise se poursuit, une fois le premier ménage rendu souple et homogène, par l’ajout progressif de l’huile, en relativement grande quantité. Là encore, la bonne température est une des clés du succès, et surtout l’intensité de ce complément, le débit de cette arrivée massive d’un ingrédient nouveau. Il faut savoir marquer des étapes[3], qui vont rythmer la progression de la préparation. Vous aurez transposé vous-même cette image de la mayonnaise au développement durable, les nouveaux participants à la dynamique, lancée en comité restreint, doivent y être incorporés sans précipitation, et être bien préparés préalablement, informés et formés si nécessaire aux règles d’une bonne négociation, où chaque partenaire a à cœur de faire avancer le débat.

Et puis il y a les variantes, selon la nature précise de l’huile choisie, l’origine de la moutarde, et les compléments ajoutés, comme l’échalote qui vous transforme une mayonnaise en mousquetaire, ou un assortiment d’herbes qui vous produisent une rémoulade. Ça vous donne une infinité de modes de gouvernance, chacune avec leur parfum, leur spécificité. Il n’y a pas qu’un développement durable, il en existe une infinité, même si ils doivent respecter quelques règles communes. Les marges de liberté des acteurs, le nombre de combinaisons de leurs valeurs et de leurs intérêts, ouvre large l’éventail du possible pour peu que chacun prenne conscience des limites du développement en termes d’expansion, pour se concentrer sur une croissance qualitative, où la richesse découle de l’intensité des émotions et non du volume de biens matériels.

Prochaine chronique : Roupies

 


[1] Assimiler, chronique du 12 février 2007

[2] Négociation, chronique du 18 septembre 2006

[3] Etape, chronique du 6 novembre 2006

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Lundi 25 juin 2007
Dans le cochon, tout est bon. Cette maxime illustre bien un des volets du développement durable, la recherche de la valorisation maximum d’une ressource, avec en perspective le zéro déchets. Mais le saucisson ne se fabrique pas qu’avec du porc, il y en a bien d’autres types. Nous ferions mieux de nous intéresser à la manière de le consommer, ce qui nous ramène, par une autre voie, au développement durable. On le coupe en rondelles. L’expression  « rondelles de saucisson » s’est ainsi échappée de l’univers de la charcuterie, elle a pris son indépendance. Arrêtons-nous sur la signification de cette fameuse rondelle de saucisson.

Sorti du domaine de la gastronomie, le découpage du saucisson en rondelles, appelé parfois saucissonnage, n’a pas bonne presse. Il constitue souvent une manière de contourner des contraintes, du type volume maximum autorisé, ou budget plafond au dessus duquel les contrôles sont exigés, etc. Ce n’est pas bien, mais c’est bien pire encore quand les rondelles masquent le saucisson et empêchent de se faire une idée claire d’un problème. C’est ainsi qu’un quotidien[1] titrait récemment sur les 207,9 euros « que les Français déboursent déjà par an pour leur santé », alors que l’article et le tableau qui l’accompagne annoncent 2 326,7 € de dépenses au total. Les 207,9 euros ne sont qu’une rondelle, bien petite, et il est bien hasardeux de la mettre en vedette, comme si ce n’était pas les Français qui cotisaient aux caisses qui assurent les dépenses de santé, sécurité sociale et assurances complémentaires.

Il arrive aussi que le saucissonnage apporte des complications dont on n’a pas besoin.  Restons dans le domaine social et les cotisations. Le débat est ouvert sur le financement des caisses et le type de prélèvement à effectuer pour cela. Et on distingue savamment la part « employeur » de la part « salarié », que l’on pourrait traiter séparément. Tout ça apparaît surréaliste, car on sait bien que ce qui compte, pour le salarié, c’est la dernière case en bas à droite, c'est-à-dire son salaire net, l’argent qu’il touche, et pour l’employeur, c’est ce que lui coûte l’emploi. Tout le reste, à prestation égale bien sûr, n’est que le vestige de tractations anciennes, des buttes témoin qui n’ont d’autre intérêt que de nourrir l’histoire tumultueuse des relations sociales. Il ne s’agit en définitive que d’un artifice de calcul qui complique la compréhension des phénomènes, et accentue les risques de mauvaise interprétation.

Posons clairement la question de l’équilibre des caisses sociales, à assurer conjointement à d’autres objectifs, tels que le maintien (ou l’amélioration) du pouvoir d’achat des salaires et l’allègement du coût du travail pour les entreprises. On voit bien aujourd’hui que de mauvaises spirales sont à l’œuvre : le chômage accentue la charge sur les actifs restants, alourdit ainsi le coût du travail, amenant les entreprises à des « efforts de productivité » et à une diminution de leurs effectifs. La machine infernale est lancée, et il faut l’enrayer en cassant, ou au moins en réduisant, le lien direct entre les cotisations et l’emploi.

Le découpage en rondelles de saucisson traduit une vision en simples juxtaposition de phénomènes, en niant de fait les interactions entre eux, alors que le développement durable se fonde justement par une bonne compréhension du système. Bien sûr, il faut traduire les approches trop globalisantes[2] et introduire des séparations, mais sans oublier les interfaces. Comment traiter des retraites, par exemple, sans parler du chômage ? La question est bien de redistribuer à des personnes inactives[3] un pouvoir d’achat pour qu’ils contribuent à l’économie et disposent d’un niveau de vie convenable. Il n’y a d’ailleurs aucune raison pour ne faire peser les prélèvements que sur un facteur de production, qui serait le travail, alors que tous les autres profitent de cet apport à l’économie.

Plus on découpe en tranches ou en rondelles, plus on perd de visibilité, et par suite de marge de manœuvre. On est loin du développement durable qui, à l’inverse, tend à élargir le champ du possible à partir d’une vision d’ensemble des systèmes. Le saucissonnage ferme le jeu, au lieu d’ouvrir de nouvelles perspectives, et d’offrir le maximum de chances de pouvoir s’adapter sans douleur au monde qui change, et même d’en tirer de réelles satisfactions.

Prochaine chronique : Mayonnaise



[1] 20 minutes, du mardi 20 mai 2007

[2] Voir la chronique Global, du 26 avril 2007

[3] Inactif, chronique du 7 juin 2007

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Vendredi 22 juin 2007
Un mot aux nombreux sens. Maître ressortit à l’excellence, à la maîtrise des éléments ; c’est aussi la reconnaissance d’un statut social et professionnel, celui du chef, du patron ; à mi chemin entre l’excellence et l’autorité, maître nous renvoie aussi au professeur qui nous instruit et auquel il convient d’obéir. Maître-charpentier, maître-chien, maître d’école. Oublions pour l’instant le maître-chanteur.

Tout d’abord, le gout de l’excellence, l’aboutissement d’une progression, ou plutôt un haut niveau atteint, au lieu d’un aboutissement car la progression ne finit jamais. L’objectif est la qualité, le chef d’œuvre. On y parvient par le compagnonnage, la modestie et l’apprentissage permanent. Il s’agit de maîtriser de nombreux phénomènes à la fois. Il faut bien connaître sa technique propre, celle de son domaine de prédilection, mais aussi savoir en déborder. Sans les maîtriser totalement, il est bon de connaître les techniques à l’œuvre dans les champs connexes, ceux qui présentent des interférences avec le sien. Il faut pouvoir sentir la présence toute proche d’effets secondaires, que nous dirions aujourd’hui collatéraux, pour les éviter ou les exploiter selon les cas. Il faut bien sûr aussi s’insérer dans un système, comme un cycle de vie, et l’intégrer dans sa pratique. L’ébéniste n’est pas sylviculteur, mais il connaît l’origine des bois qu’il utilise, les techniques de coupe et de vieillissement de la matière qu’il travaillera le moment venu. Maîtrise du contexte, choix du moment favorable, connaissance des enchaînements des phases de production, art d’utiliser le temps qui passe, de la pluie et du soleil. Des valeurs durables.

Le titre de maître, c’est la reconnaissance sociale. C’est qu’on est bon, et même très bon, dans un domaine particulier. Nous aspirons tous à cette forme de reconnaissance, pas forcément à la reconnaissance publique, pour passer à la télévision, mais une reconnaissance dans sa communauté, parmi ses proches, ceux avec qui on vit tous les jours. Le motif de la reconnaissance sera varié, peu importe. Il peut être professionnel, pour celui qui a gravi tous les échelons de la hiérarchie, mais aussi d’ordre privé, le bricoleur de génie, le jardinier aux mains vertes, voire le spécialiste du tiercé. Il y a plusieurs manières d’être une vedette pour sa famille et ses amis. L’exploit ou la qualité qui fait de vous un maître peut être personnel ou collectif, comme l’appartenance à une association qui fait parler d’elle. La maîtrise revêt des formes multiples, et c’est tant mieux pour que chacun puisse trouver, dans ce large panorama, le type d’excellence qu’il peut revendiquer pour affirmer son statut dans son groupe. Au-delà du travail, citons pêle-mêle le sport, le jardin, la chanson, la cuisine, l’érudition, la mécanique, le dévouement, le calcul mental, le scrabble. La liste est sans fin. Soyons donc tous maîtres dans un de ces domaines.

Maître de son destin. Le courant nous emporte, les évènements s’enchaînent, les solutions d’aujourd’hui deviennent des problèmes le lendemain, les outils asservissent ceux au profit desquels ils étaient destinés, ou leur posent des problèmes insurmontables, comme ceux que le docteur Frankenstein a du affronter. Reprendre la maîtrise du cours des choses, anticiper pour ne pas se laisser entraîner dans une spirale infernale, prévoir des points d’arrêt, de manière à pouvoir, en cas de besoin, revenir en arrière ou réorienter sa progression. Le développement durable est bien là.

Le développement durable ne se parachute pas. Le discours général est bien gentil, mais il ne suffit pas pour faire avancer concrètement le développement durable. Il faut l’accompagner au plus près des acteurs. Le développement durable a besoin de prosélytes, de relais, de gens qui expliquent, écoutent, observent, donnent des conseils pratiques,  et nourrissent la dynamique. Les grandes campagnes de communication, le prestige de vedettes du petit écran, l’information sur les étiquettes des produits que l’on achète, tout cela est indispensable. Mais tous ces efforts resteront lettre morte sans une présence auprès de chacun de nous. Une campagne de publicité, même pour une grande cause,  est comme une couverture aérienne ou un tir d’artillerie. Ca prépare le terrain, mais il faut ensuite l’occuper. Pour cela, il faut des fantassins qui avancent et consolident les acquis. En publicité commerciale, toute campagne est précédée d’une action auprès de la force de vente, formée pour prolonger le discours répandu par les grands medias, et de pressions sur les relais pour que le produit tant vanté soit exposé en tête de gondole. Il faut l’équivalent pour faire progresser les causes d’intérêt général, surtout si l’objectif est de transformer en profondeur les systèmes de valeur et les comportements. Le développement durable a besoin de ses fantassins, tout comme la République de Jules Ferry a eu besoin des instituteurs et de l’instruction publique pour s’enraciner dans l’opinion. Les voilà, nos maîtres d’école, les hussards de la République. Qui seront, aujourd’hui, les hussards du développement durable ?

 
Prochaine chronique : Saucisson

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Lundi 18 juin 2007
Nous sommes tous des apprentis du développement durable.

Le développement durable fait facilement consensus sur le principe. Malgré la confiance dans les sciences et les techniques pour résoudre tous nos problèmes de demain, chacun prend conscience les limites de la planète, et l'idée d'une croissance d'un autre type fait son chemin. La difficulté vient du passage à l'acte. Le développement durable nous conduit à traiter une multiplicité d'enjeux, et d'échelles de temps et d'espaces. Il faut répondre aux besoins immédiats et à ceux des générations futures,  il faut équilibrer des comptes financiers et des « bilans matière », il faut viser la qualité et la performance sans exclure une partie de la population. L'approche développement durable mobilise par ailleurs de nombreux acteurs, élus, professionnels, citoyens, consommateurs, chacun avec sa culture, ses origines, ses échéances, ses objectifs, ses fantasmes, ses connaissances techniques. Le développement durable n'est donc pas une méthode toute faite, il se construit chaque jour et nous sommes tous en apprentissage de ces nouvelles pratiques, de ces nouveaux modes de penser et de travailler.

Cela signifie qu’il ne faut pas se considérer comme des spécialistes. Le péché d’orgueil guette les uns pour peu qu’ils aient un peu avancé, et pour d’autres, ce n’est jamais assez, car le réchauffement climatique nous pourchasse, il faut faire vite. Oui, il faut faire vite, et oui, il est bons de valoriser ses efforts, mais en gardons la raison. Griller les étapes[1] ne fait souvent que retarder les choses, come les raccourcis qui finissent toujours par rallonger, c’est bien connu. Le développement durable résulte de la mobilisation de tous, et l’apprentissage de tous prend du temps. Il faut accepter de suivre ce qu’on appelle une courbe d’apprentissage, qui souvent a du mal à décoller, et qui traduit une progression, fruit de l’expérience acquise, des corrections apportées au fur et à mesure que l’on avance, de la baisse des coûts liée à la généralisation et à l’effet de masse.

On a vu que de nouveaux instruments se mettent en place pour le développement durable, de nouveaux modes de gouvernance, de nouvelles procédures financières, de nouveaux produits, de nouvelles méthodes de travail. Ne nous faisons pas d’illusions : il y aura des ratés, des échecs, des revirements. On le voit, par exemple, avec le marché du CO2 instauré en Europe. Une erreur de réglage au départ, sur la quantité de quotas à mettre dans le circuit, a entraîné une forte baisse du prix de la tonne de CO2, alors que tout le monde sait bien qu’il faut donner un sacré coup de collier pour « décarboniser » l’économie. Un échec ? Pas du tout, si l’on constate que les opérateurs, les grandes entreprises, sont bien entrées dans le système, et que sur plus de 10 000 installations concernées, 380 seulement, et parmi les plus petites, n’ont pas respecté leur obligation de restitution des quotas d’émission. Cette défaillance ne représente au total que 1% seulement de ces allocations, quantité qui a été réduite à 0,2% après rappels et régularisations. Le système se met en place, il fonctionne, même si le niveau d’exigence s’avère trop faible. Ce premier tour de chauffe, si on ose dire, permet de préparer la deuxième phase du dispositif, et de resserre les boulons pour une deuxième période qui va commencer en 2008.

Cette erreur de positionnement au démarrage n’a pas empêché de progresser en 2006. Pendant que le PIB de l’Union européenne s’accroissait de 3%, les émissions des activités soumises au système de quotas n’ont augmenté que de 0,8%. Le découplage est manifeste. Il est insuffisant, puisqu’il faudrait réduire la quantité de carbone envoyée dans l’atmosphère, mais il s’amorce, et traduit une étape dans l’apprentissage de nouveaux mécanismes de marché.

On peut tenir un raisonnement analogue sur les énergies renouvelables, encore chères, globalement, et qui manquent de bras, c'est-à-dire d’entreprises capables de les mettre en œuvre et de les entretenir dans de bonnes conditions. Mais les prix baissent régulièrement, de nouveaux produits, plus performants, arrivent chaque jour sur le marché, les entreprises se forment, des garanties de résultat, des labels de qualité, se mettent en place pour assurer la qualité de ces techniques.

Prenez les certificats d’économies d’énergie. Une révolution. Les commerciaux des grands distributeurs d’énergie ont passé toute leur vie à vendre le plus de produit possible, gaz, électricité, pétrole, charbon. Aujourd’hui, on leur demande de vendre des économies de leurs produits. C’est une tout autre démarche, il faut en comprendre les mécanismes, et abandonner toutes sortes de certitudes. Ca ne se fait pas en un jour, il faut apprendre ce nouveau métier.

Bien sûr, le temps presse, mais ce serait une erreur de sous estimer le temps nécessaire à l’apprentissage, à la formation des formateurs, au retour d’expérience. Il faut apprendre à conjuguer enthousiasme et patience.

Prochaine chronique : maître

 

 



[1] Chronique du 6 novembre 2006

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Jeudi 14 juin 2007
Tour de guet, pour voir loin, pour observer et ne pas se laisser surprendre, et pouvoir anticiper sur les évènements. Mais attention, il faut bien regarder de tous les côtés, car même si on attend les agressions d’un côté particulier, le monde bouge vite, et l’imprévu peut arriver de n’importe où. Avec les guerres de mouvement, on a tôt fait de se faire prendre à revers ! Même les guerres économiques.

Tour Eiffel, manifeste de la technologie d’une époque, éphémère qui s’est installé dans la durée, plus de 100 ans, et qui est devenu le symbole de Paris. Un monument qui a su s’adapter, s’alléger, s’éclairer, et qui maintenant donne l’heure comme un clocher (la nuit seulement).

Tour Zamansky, symbole de ce qu’il ne faut pas faire. Pas en mathématiques dont Marc Zamansky était un éminent professeur, mais en construction : une agression paysagère de 90 mètres de haut sur 29 niveaux, de l’amiante à tous les étages,  suivi d’un désamiantage qui coûte les yeux de la tête. Plus de 35 ans que ça dure !

Tour de passe-passe,  qui nous fait prendre des vessies pour des lanternes, escamote les faits, attire l’attention sur des leurres, pendant que la vraie vie se déroule ailleurs. Pas vraiment bon pour le développement durable, sauf s’il s’agit de détendre l’atmosphère et de faire rire les enfants.

Tour de France, grande manifestation sportive et populaire quand il se fait en vélo[1], aux enjeux financiers énormes. Mise au pinacle d’une énergie renouvelable, celle de nos muscles, à condition de ne pas les détruire prématurément à dose d’hormones diverses et autres pratiques incontrôlées.

Tour de France à la voile, plus confidentiel, mais  non moins sympathique, et valorisant une autre forme d’énergie renouvelable, celle du vent. Dans les deux cas, l’énergie ne suffit pas, il faut aussi du savoir faire, de l’intelligence, une équipe.

Tour de chauffe, dans les grands prix. L’énergie n’y est pas renouvelable, et en plus, ça fait du bruit. Ce ne serait pas très grave, si ces compétitions, que l’on justifie socialement en leur attribuant de nombreux « progrès[2] », ne colportait pas le goût de la vitesse pour elle-même et de la compétition[3] sans merci.

Tour de piste, avec la cloche qui sonne pour le dernier, celui où tout va se jouer, avec une intensité dramatique qui atteint des sommets et la clameur[4] du public qui s’enfle jusqu’à la victoire.

Tour d’honneur, pour le vainqueur, c’est bien mérité !

Tour de taille, obésité, société de consommation sans retenue d’un côté, société de mode tyrannique conduisant des jeunes filles à l’anorexie de l’autre.

Tour de Pise, deux manières d’en parler : 1. on aurait pu faire plus attention aux fondations ! 2. Vous voyez, même penchée, elle tient toujours, et c’est pour ça qu’on en parle encore !

Tour de la question. C’est le discours de la méthode du développement durable. Bien comprendre ce qui se passe avant de passer à l’action, bien poser la question avant d’y répondre. Une règle de bon sens, qui demande souvent qu’on en parle à d’autres, pour être bien sûr d’avoir bien compris, de n’avoir rien oublié. C’est important quand on manie des systèmes complexes, et qu’on voudrait bien que ça aille vite. Foncer sans avoir fait le tour de la question, c’est souvent aller dans le mur…

Tour de rôle, tour de garde, chacun prend sa part, travail d’équipe, confiance réciproque.

Tour sans fin, toujours plus haut, retour annoncé des grands projets de tours, en bois ou en acier, forcément HQE et autonomes en énergie, nouveaux quartiers d’affaires, où les tours rivalisent de luxe pour le prestige de leurs occupants. Rien à voir avec les tours qui, avec les barres, composaient nos grandes cités des années 1960…

La Tour prend garde, nous voilà revenus à la tour de guet, encore un cycle qui s’achève.

Un mot qui s’adapte bien, il sera certainement durable.

Prochaine chronique : Apprenti

 



[1] Chronique du 10 avril 2006

[2] Chronique du 2 octobre 2006

[3] Chronique du 3 mai 2007

[4] Chronique du 12 février 2006

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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DBDD

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, Dominique Bidou Développement durable, est le support juridique (SARL) de mes interventions en tant que consultant. DBDD s’adresse aux collectivités, aux administrations, aux entreprises publiques et privées. Toutes les activités sont concernées, chacune avec ses spécificités qu’il convient d’intégrer dans les interventionsDBDD propose un accompagnement dans l’élaboration des politiques de développement durable, diagnostic, choix de lignes directrices, mobilisation des acteurs, personnels et partenaires, contrôles et évaluation.  contact@db-dd.org Pour une présentation plus complète, cliquer sur l'icône 
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quelques articles et ouvrages

Vous trouverez ci-dessous une liste de mes principaux articles, rapports et ouvrages sur le développement durable
- Rendre les villes intenses, Revue Urbanisme, septembre octobre 2008 Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf
- 11 recettes pour le développement durable, chroniques publiées dans le magazine CyberArchi www.cyberarchi.com de janvier 2007 à juin 2008,11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf 11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf
- Le risque, composante du développement durable, La part du risque, septembre 2008, http://www.lapartderisque.fr/Le-risque-composante-du.html  
 - Le développement durable : une logique de dépassement, Revue politique et parlementaire, numéro hors série Le Grenelle de l'environnement, avril 2008 le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf
- De bonnes recettes pour le développement durable, communication à l’académie d’architecture, 6 mars 2008Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf
- Pour le développement durable : une défense solide, une attaque créative, Préventique, n° 97, janvier-février 2008Article-dans-Pr-ventique.pdf Article-dans-Pr-ventique.pdf
- La haute qualité, une bonne recette pour le développement durable, Qualitique, n° 193, décembre 2007
article-dans-qualitique.pdf article-dans-qualitique.pdf

- Coup de shampoing sur le développement durable - Ibis press, 2007  www.ibispress.com  Voir rubrique ci-dessous

- La qualité environnementale des opérations d’aménagement, Etudes foncières, n° 127, Mai-juin 2007 artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf

- Développement durable, XXIème siècle : un défi pour les économistes, Sociétal n°53,

juillet 2006 Soci-tal--version-publi-e.pdf Soci-tal--version-publi-e.pdf

- Éthique et construction, revue « profession achat » n°20, déc 2005 – Janvier 2006

- La science des systèmes : un levier pour le développement durable, communication au congrès européen de systémique, Paris, 19 septembre 2005

 

- La HQE, une dynamique en marche, in Nouveaux paris, la ville et ses possibles, sous la

 

direction de Nicolas Michelin, Picard 2005

- Les inégalités écologiques en milieu urbain (avec col.) Inspection générale de l'Environnement et Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- Le développement durable, un nouvelle frontière pour les services déconcentrés de l’Etat, (avec Dominique Schneider et col.) Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- L'air, in revue Passages, Panorama 2004 du développement durable, édition spéciale n°1,

décembre 2004

- Tous gagnants, la dynamique du développement durable – Ibis press, 2004 www.ibispress.com Voir rubrique ci-dessous

- Une démarche de progrès pour le bâtiment, Constructif, novembre 2003

- Une gestion « sociétale » des entreprises, Entreprise éthique, avril 2002

- Un moteur de modernisation, revue politique et parlementaire, mars-avril 2000

- Environnement et développement économique, in Poursuivre la décentralisation, Editions Pouvoirs locaux, 1994

- Le livre vert de l’écologie urbaine dans la construction et l’habitat, ministère de l’Equipement, 1993 Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc

- Écologistes : le malentendu, revue politique et parlementaires, n° 914, Janv-Fév 1985

 

 

 

 

Deux livres sur le DD

Ma pratique professionnelle et associative du développement durable, et la rédaction régulière de ce blog m'ont conduit à écrire deux livres sur le développement durable, édités aux éditions Ibis Press (www.ibipress.com )  Le premier dont l'objectif esst tout simplement de donner l'envie d'y aller a été publié en 2003 sous le titre Tous gagnants, la dynamique du développement durable. Il est préfacé de Michel-Edouard Leclerc, et post facé de Jean-Claude Antonini. On trouvera ci-attaché, en cliquant sur l'icone correspondante, une présentation de l'ouvrage  pr-sentation-Tous-gagnants.pdf pr-sentation-Tous-gagnants.pdf  et le dépliant (avec bon de commande) flyertousgagnants.pdf flyertousgagnants.pdf .

Coup de shamping sur le développement durable (2007) est le rassemblement des 80 premiers billets de ce blog, mis en perspective par une introduction ( intro-Coup-de-shampoing.pdf intro-Coup-de-shampoing.pdf ) et une conclusion synthétiques. Didier ADES en a rédigé la préface. On trouvera ci après la présentation de l'ouvrage texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf , et le dépliant Depliantcoupdeshampoing.pdf Depliantcoupdeshampoing.pdf
 

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