Le DD par les mots

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Un mot, un mot courant, de la vie de tous les jours, et une approche du développement durable, inspirée par ce mot. Tel est le principe de ce blog pour mieux comprendre la richesse de cette expression, née il y a plus de 20 ans et toujours mal connue.  Il faut lui donner un sens plus pratique, plus proche de la réalité quotidienne, sans pour autant lui faire perdre sa force et son caractère universel. Chaque mot, pris dans l'actualité ou au fil d'une conversation, donne l'occasion d'une réflexion sur le développement durable. Au lieu de partir du développement durable, et de tenter de l'expliquer, nous allons partir de la vie et des mots ordinaires, pour aller vers le développement durable. Près de 400 mots ont ainsi été déclinés dans l'univers du développement durable, de janvier 2006 à juin 2009. Un livre a été publié en 2007 à partir des 80 premiers mots Coup de shampoing sur le développement durable, préfacé par Didier ADES.
L'été 2009 sera l'occasion d'une mutation. Vous trouverez dans quelques mois une présentation de tous les mots têtes de chapitre, plus de nombreux autres très présents dans les textes. Un accès facile pour circuler dans l'univers du développement durable à partir de l'une ou l'autre de ces multplies portes d'entrée.
Entre temps, il n'y aura plus de chronique régulière, juste parfois des billets d'humeur. Vous trouverez aussi la liste des mots par ordre alphabétique, et la présentation, à l'occasion, de billets que j'ai l'occasion de publier sur d'autres supports.
Pour être tenu informé de la suite de ce blog sans avoir à y penser, il suffit de vous isncrire à l'aide de la case juste au dessous, en suivant les instructions. C'est très simple. A bientôt

Dominique Bidou
 

Une approche offensive

Il nous faut inventer le monde de demain, en mobilisant le plus d'énergies possible. L’approche proposée dans ce blog est résolument offensive, et fondée sur deux lignes directrices 

-  Anticiper et se placer de manière à bénéficier des changements à venir. Inventer un monde nouveau est à la fois un projet enthousiasmant, une obligation éthique et une opportunité économique.
-   Adapter le concept de développement durable à chaque cas d’espèce, en s’inspirant de recettes simples et de méthodes éprouvées à décliner dans chaque contexte. 

Les bouquets du DD

 Un bouquet pour la finance bouquet-finances.pdf bouquet-finances.pdf

Un bouquet pour les dividendes bouquet-dividendes.pdf bouquet-dividendes.pdf

Un bouquet pour la bouffe La-bouffe.pdf La-bouffe.pdf

dans la série Les péchés capitaux au service dudéveloppement durable, un bouquet pour l 'orgueil Bouquet-orgueil.pdf Bouquet-orgueil.pdf , un bouquet pour l'envie Bouquet-envie.pdfBouquet-envie.pdf , un bouquet pour l'avarice Bouquet-Avarice.pdf Bouquet-Avarice.pdf

Présentation

Lundi 30 juillet 2007
C'est la condition humaine qui vient immédiatement à l'esprit, quand on rapproche les deux termes développement durable et condition. La condition humaine, immortalisée par André Malraux dans un contexte bien différent, illustre bien l'enjeu du développement durable. L'essentiel n'est-il pas l'épanouissement de l'homme, comme le déclare solennellement le premier des 27 principes de Rio[1] : « Les êtres humains sont au centre des préoccupations relatives au développement durable ». C'est donc leur sort qui est la première préoccupation du développement durable, leur sort d'aujourd'hui et de demain. La question des ressources et des rejets dans l’environnement ne se pose qu’en relation avec les productions nécessaires pour améliorer la condition humaine. On a tenté de mesurer la qualité de cette condition, notamment avec l’indice de développement humain (IDH), ou le happy planet index[2] (HPI), mais je reste attaché à l'expression chère à Bertrand de Jouvenel et remise récemment en circulation, de bonheur national brut, qui devrait être le véritable objectif de toute société. La difficulté vient de ce que c'est une notion toute relative, que ça ne se mesure pas aisément, ce qui a favorisé la domination du PIB, purement quantitatif, et qui permet de faire des comparaisons. Comparaisons entre hier et aujourd'hui, et entre ici et ailleurs. La diversité des modes de vie n'est pas traduite dans cet indice, ce qui conduit à se référer implicitement au mode de vie dominant, qui devient ainsi le modèle. Cette dérive est dangereuse, elle met en péril des valeurs de diversité culturelle, dont on a voulu faire un quatrième « pilier » du développement durable. Surtout, elle érige en idéal le mode de vie le plus prestigieux, justement fondé par construction sur la consommation la plus forte, donc sur le PIB maximum et la plus lourde « empreinte écologique[3] ». Face à cette hyper consommation de ressources, la condition humaine pourrait se référer à la dignité, qui est loin d'être acquise dans les pays développés comme dans les autres, notamment du fait de l'impérialisme de modèles dominants et des phénomènes d’exclusion qui en résultent. On peut vivre avec une parfaite dignité dans une hutte, et dans la misère dans un immeuble en dur, avec tous les ingrédients du « confort moderne ». Les référents culturels sont aussi importants que les éléments matériels, mais le PIB ne le traduit pas. La condition humaine ne se réduit pas à un PIB par tête.

La condition féminine figure également en bonne place parmi les principes de Rio, où il est rappelé  le « rôle vital des femmes dans la gestion de l'environnement et le développement durable[4] ». Leur dignité provient notamment de leur participation aux processus de développement. On pense aux pays du Sud, mais le Nord n'est pas exempt de reproches, quand on voit les écarts de salaires et pour l'accès aux responsabilités en France et dans la plupart des pays industrialisés. La participation des femmes au développement, c'est à la fois une amélioration de leur statut, et  un enrichissement pour toute la collectivité. Un double dividende caractéristique du développement durable.

Il est délicat, dans la foulée, de parler de la condition animale, et pourtant c'est aussi un vrai sujet, associé au traitement dont les animaux font l'objet, et à leur souffrance. Celle-ci n'est pas moindre que dans la nature, où la lutte pour la vie est toujours violente, mais les mauvais traitements infligés par les humains sont le plus souvent évitables,  ce qui les rend insupportables, pour ne pas dire insoutenables, pour employer un mot aux sens multiples.

Condition, c'est aussi le terme employé depuis pour définir les termes d'une négociation[5]. Les conditions d'un accord reprennent les engagements des parties, ou bien fixent un prix à payer. Tu auras un bonbon à condition que tu sois sage. Le même mot peut d'ailleurs être utilisé pour exercer un chantage.

Depuis quelques années, on fait précéder le terme de trois lettres magiques ECO. Il s'agit d'écologie, ne vous trompez pas dans l'interprétation de ce sigle, ce n'est pas la touche économie de votre lave-linge. Il s'agit alors de fixer des conditions de nature écologique pour accorder une aide ou une autorisation.  On parle d'éco conditionnalité, mot bien savant pour signaler que l'accès à certains avantages n'est pas acquis sans avoir à satisfaire à des exigences environnementales, de type économie d’énergie, ou respect de la biodiversité. Rien de bien nouveau, si ce n'est que la nature des exigences en question s'enrichit. Elle passe de la simple bonne gestion financière, du respect de règles de comptabilité, de l'assurance du bon déroulement d'une opération, à des données moins formelles, sur le fond des choses et leurs conséquences. Ce type de condition provoque une analyse des impacts d'un projet pour lequel une aide serait demandée. Les effets secondaires, collatéraux pourrait-on dire, entrent ainsi dans le débat pour mieux évaluer l'objet de l'aide. Le côté système[6] des choses, leur complexité, est pris en compte, à la mesure des conditions posées.

Condition a toute sa place dans le vocabulaire du développement durable, avec sa double signification d’une part du sort des êtres humains et d’autre part de la manière d’exprimer la nature des relations entre des décisions.

Pour conclure cette chronique, sachez que l’acquisition et la lecture de Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com) n’est pas une condition pour suivre les chroniques de ce blog, c’est juste une suggestion.

Prochaine chronique : Les autres



[1]    Principes adoptés par la conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement, Rio de Janeiro, juin 1992

[2]    Voir la chronique Bonheur, du 28 juillet 2006

[3]   Voir la chronique Hectare, du 28 juin 2006

[4]   Principe n°20

[5]   Négociation, chronique du 18 septembre 2006

[6]   Chronique du  2 avril 2007

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Jeudi 26 juillet 2007

Jeu

S’il pleut pendant les vacances – avec le réchauffement climatique, on n’est plus sûr de rien – il y a les jeux de société. De nombreux jeux traditionnels ont fait des petits par croisement avec l’environnement, parmi lesquels le jeu des 7 familles, souvent décliné. Les acteurs de la promotion immobilière adhérents de la Fédération française du bâtiment (UCI-FFB) a ainsi publié au printemps dernier un jeu des 7 familles pour la protection de l’environnement, bien entendu orienté vers les thèmes de l’habitat, avec les familles eau, chauffage, jardin, transports, travaux, électricité et poubelle. Bonnes vacances éducatives !

Le sens du mot jeu est multiple. C’est d’abord la détente. Il faut s’amuser, c’est important, mais ce n’est pas contradictoire avec l’apprentissage, c’en est même un des mécanismes incontournable. Il faut répéter cent fois les mêmes gestes, il faut prendre conscience de ses propres possibilités, pour les entraîner et les améliorer sans cesse. Le jeu s’associe alors à défi à relever, chalenge, et il justifie que l’on répète à l’infini certains exercices, que l’on apprenne les éléments de base dans les moindres détails, que l’on cherche l’excellence sans ménager ses efforts. Le jeu conduit à se dépasser[1], et c’est bien  car les défis du monde moderne nous imposent de nouvelles formes de dépassement, auxquelles il faut se préparer.

Le jeu renvoie aussi sur l’incertitude. Celle du sport, toujours glorieuse, mais aussi celle des paris, avec toute l’émotion qui s’y attache. Il y a toutefois des paris qui semblent trop risqués, aussi bien à titre individuel que pour la société. Les risques doivent être calculés, maîtrisés, et parfois il faut savoir y renoncer quand ils paraissent trop lourds de conséquence en cas d’échec. Le principe de précaution[2] donne la marche à suivre pour la société, il dit comment faire pour voir si le jeu en vaut la chandelle, ou bien s’il faut y renoncer tant que l’on n’a pas élucidé quelques points essentiels. Mais si on veut gagner, il faut bien miser, et le développement durable, qui promet du gagnant-gagnant, ne peut l’ignorer. Il n’y a pas de développement durable sans innovation, donc de risque : il faut savoir vivre dans l’incertitude, et même apprendre à jouer avec.

Car le jeu est aussi la marge de manœuvre, la souplesse nécessaire pour contourner certaines difficultés. Quand une machine a du jeu, il y a en général un problème, mais il faut aussi savoir se donner du jeu, pour prendre du recul, et pour mieux le reprendre plus tard, une fois l’obstacle contourné. Entre défaut et qualité, le jeu oscille en permanence, il y a donc un bon usage du jeu à trouver.

Plus qu’une simple marge de manœuvre, le jeu est aussi une marge d’erreur qui est admise dans certaines circonstances. On parle aussi de tolérance[3], ce que l’on peut supporter sans dommage. Et c’est bien de disposer d’un peu de jeu, car le développement durable est forcément un apprentissage collectif et permanent, une démarche de progrès avec ses errements inévitables, pas grave s’ils sont détectés à temps et corrigés, et si on a su prendre les précautions au bon moment.  La rigueur de ces démarches doit conduire à limiter le jeu nécessaire, mais il serait bien présomptueux que prétendre ne pas en avoir besoin.

Quand on vous tire les cartes, pour voir votre avenir, la diseuse (ou le diseur) de bonne aventure commence par constituer votre jeu, chaque carte sélectionnée ayant un sens, tout comme la manière dont elles sont agencées, leurs voisinage entre elles. L’une de ces cartes vous représente, vous êtes placé dans le jeu, et tout l’art consiste à interpréter le sens de ces cartes, leur influence sur celle qui vous symbolise. Un des points délicats est votre position dans le jeu, êtes-vous au centre ou à la périphérie, parfois il faut même vous ajouter aux cartes de votre propre jeu. Le dominez-vous ou bien n’êtes-vous que spectateur de votre vie ? Comparaison n’est pas raison, et il serait abusif de prendre ces prédictions pour argent comptant, mais cette question d’être ou non au centre de son propre jeu, de le dominer ou d’en être le simple produit, mérite une réflexion. L’attitude offensive qu’exige le développement durable, d’anticipation, de compréhension profonde des phénomènes qui nous entourent pour en tirer le meilleur parti, apporte une réponse claire.

 

prochaine chronique : condition

[1] Dépasser, chronique du 18 juin 2006, n° 19 dans Coup de shampoing sur le développement durable (IbisPress)

[2] Précaution, chronique du 27 février 2006, n°57 dans Coup de shampoing…

[3] Tolérance, chronique du 27 septembre 2006, n° 75 dans Coup de shampoing…

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Lundi 23 juillet 2007
Aujourd’hui, on parle beaucoup de covoiturage. Ce mot a été inventé par nos amis Québecquois pour ne pas devoir utiliser le mot américain car-pooling,  version moderne et organisée de notre bon vieil auto-stop. Le principe est de bien remplir une voiture, ce qui ne peut être que favorable pour l’environnement : une consommation à peine supérieure pour un service rendu (le déplacement d’une personne) démultiplié. Bravo, c’est ça la performance, le bon rendement en termes de ressources utilisées pour un usage donné. On peut d’ailleurs la rendre obligatoire, ou la favoriser par des privilèges (tarifs réduits, voies prioritaires) pour réduire ou fluidifier la circulation en cas de forte pollution ou d’encombrements réguliers. Ça met la vitesse[1] de côté, et ça rappelle qu’il ne faut pas se tromper de critère pour apprécier le niveau d’un exploit : le facteur limitant, ce n’est pas toujours le temps qui passe (ce qui orienterait la performance vers la vitesse), mais c’est l’espace disponible de la voirie, la capacité de trafic d’une route, la quantité de produits polluants émis. C’est aussi le porte-monnaie, et sur ce point l’auto-stop est aussi une bonne opération. Bon pour l’environnement, bon pour le porte-monnaie, il reste à vérifier que c’est aussi bon pour le social, et on est pile dans la ligne du développement durable version 3D.

Le social, c’est l’accessibilité au plus grand nombre, c’est la convivialité, et de ces deux points de vue, l’auto-stop est très bien placé. C’est aussi la rencontre avec des inconnus, avec la part d’aventure et d’inquiétude que cela comporte, et aussi la part d’excitation et de curiosité. L’auto-stop se conjugue à toutes les échelles, pour parcourir des milliers de kilomètres, voire faire le tour du monde, ou pour rentrer de plage sur quelques kilomètres. Le développement durable n’était pas d’actualité aux grandes heures de l’auto-stop, quand la voiture était moins répandue qu’aujourd’hui, et pour une fois, la référence au célèbre Monsieur Jourdain, qui faisait du développement durable sans le savoir, s’avère pertinente. L’auto-stop n’a pas attendu le développement durable pour être vertueux. Le développement durable lui donne néanmoins un nouvel élan.

Les voitures sont nombreuses, il y en a même de trop, particulièrement certains jours et sur certains axes. La plupart des ménages, comme on dit à l’INSEE, sont motorisés, la voiture est devenue une prothèse de l’Homme moderne, l’Hommotau pour reprendre l’expression de Bernard Charbonneau[2], et les bonnes raisons de pratiquer l’auto-stop ne sont plus les mêmes. Il y a toujours la convivialité et le plaisir de la rencontre, mais il y a aussi le souci de l’efficacité de notre potentiel de transport. Cette nouvelle utilité a provoqué bien des transformations à la pratique traditionnelle. Elle existe encore bel et bien, et c’est heureux. Au moment de grands départs en vacances, il n’y a qu’à observer les routes à la sortie des grandes villes pour s’en rendre compte. Mais il fallait aller plus loin et la diversifier. Le téléphone et surtout Internet ont ouvert de nouvelles perspectives à l’auto-stop, avec des centrales de mise en relation entre ceux qui offrent des places et ceux qui en demandent. Il est maintenant prévu que les personnes transportées puissent participer aux frais, le voyage est organisé à l’avance, il faut parfois montrer patte blanche, offrir des garanties. Le covoiturage est aussi organisé au quotidien, non plus à l’occasion, pour un voyage, mais chaque jour pour aller au travail. L’auto-stop est ainsi devenu une sorte de prolongement des transports en commun, à base d’une bonne utilisation de moyens particuliers. Avantage de la formule : elle ne demande pas d’investissement de la part de la collectivité, ce n’est qu’une meilleure utilisation des moyens existants. Elle permet aussi de desservir des sites diffus, loin des grands axes, entre voisins. Sa faiblesse est l’incertitude sur les horaires, et même parfois l’assurance que le déplacement aura bien lieu. Les systèmes organisés permettent de faire face à ces inconvénients. Quand le covoiturage est pris en charge au sein d’une entreprise, il apporte le plus souvent quelques avantages, et notamment l’assurance du retour, le soir, en cas d’imprévu ou de défaillance de ceux avec qui on « fait équipe ». Cette garantie, qui prend la forme d’un remboursement de taxi, est déterminante pour déclencher l’adhésion au système. Et elle ne coûte quasiment rien, car il y est très rarement fait appel.

Une des manières simples d’améliorer les performances de notre société, c’est donc l’optimisation dans l’usage des équipements des particuliers. Bien sûr, cette orientation n’est pas exclusive, et participe à un ensemble de solutions où l’imagination et la créativité doivent régner. La question des déplacements de personnes contribue d’un côté à notre liberté, notre qualité de vie, notre enrichissement culturel et matériel, et de l’autre à la pression sur l’environnement et les ressources. Les contradictions sont donc bien au rendez-vous, et il convient de les prendre à bras le corps pour pouvoir en sortir par le haut. Une mobilisation du potentiel des particuliers, pour une mutualisation conviviale de ces moyens est une piste à valoriser, tout comme la gamme de modes de mobilité, du train au vélo, en passant par la voiture particulière, que l’on peut aussi louer ou partager (le concept d’auto partage, bien développé en Suisse et en Allemagne notamment, prend actuellement pied en France), les taxis collectifs, les bus au parcours variable et toutes autres formes de transport à la demande.

Pour l’instant, revenons à l’auto-stop. Bonnes vacances !

Prochaine chronique : Jeu

 



[1] Vitesse, chronique du 16 novembre 2006, n° 80 dans Coup de shampoing sur le développement durable (IbisPress)

[2] Voir la chronique Prothèse, du 17 octobre 2006, n° 59 dans Coup de shampoing …

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Jeudi 19 juillet 2007
Rassurons d’emblée les végétariens, il ne s’agit pas ici de quartiers de viande. Nous ne parlerons pas non plus, malgré l’appel à la poésie qu’elle porte naturellement, de la lune et de ses quartiers. Nos amis agriculteurs biodynamiques nous le pardonneront. Ce sont les quartiers des villes qui nous intéressent aujourd’hui, pas les quartiers dégradés comme le mot nous y renvoie fréquemment, mais les quartiers qui voudraient bien être durables.

 

A défaut de parvenir rapidement à rendre les villes toutes entières durables, il doit être possible de créer les extensions urbaines selon les règles du développement durable. Telle est l’hypothèse qui a provoqué la naissance en Europe tout d’abord, et en France plus récemment, de plusieurs quartiers regroupant toutes les qualités environnementales et sociales imaginables. On les trouve à Londres (Bedzed), Copenhague (Vesterbro), Stockholm (Hammerby), Malmö (BO01), à Fribourg (Vauban), à Hanovre (Kronsberg), à Helsinki (Vikki), et bien d’autres villes, essentiellement du Nord de l’Europe[1]. Il s’agit le plus souvent d’anciennes friches industrielles ou portuaires, sur lesquelles ont été édifiées des quartiers neufs. Quelques traits communs méritent d’être soulignés : l’importance accordée aux transports en commun (avec réduction de la place de l’automobile), dont les infrastructures précèdent les constructions, une maîtrise foncière bien établie, une préparation assez longue, qui s’apparente à une véritable maturation, faisant largement appel au public et aux habitants potentiels, une valorisation internationale. Le développement durable, c’est aussi une image. Au plan technique, le mot durable se traduit essentiellement par une performance environnementale : réduction des mouvements de terrain dans la construction, recherche d’économies d’énergie et recours massif aux énergies renouvelables (constructions « passives » notamment), techniques sophistiquées de collectes et de valorisation des déchets ménagers, etc. Le côté sociétal est également présent dans la recherche de mixité sociale et fonctionnelle, voire générationnelle, une sollicitation des habitants vers une citoyenneté active, et dans certains cas une réflexion et une offre sur l’alimentation. L’objectif est de réduire fortement l’empreinte écologique[2], par exemple de 50% par rapport à un quartier « ordinaire » pour Bedzed. Ces expériences permettent de tester en vraie grandeur à la fois des techniques et des pratiques innovantes. Elles mettent en évidence des points sensibles comme la place des nouveaux quartiers dans le reste de la ville, leur intégration, leur perception par les habitants des autres quartiers, et la question de leur généralisation vers un public moins motivé que les pionniers des premières opérations. La confusion, fréquente, entre « durable » et « environnemental » apparaît également. Mais ces vitrines montrent que des villes d’un autre type sont possibles, elles ouvrent des perspectives, et commencent à s’exporter, notamment en Chine où l’équipe qui a conçu Bedzed anime l’édification d’une ville nouvelle de 200 000 habitants dans la région de Shangaï.

 

En France, plusieurs grandes villes ont lancé, plus récemment, des projets de ZAC destinées à accueillir des quartiers durables ou de haute qualité environnementale. Citons Poitiers, Grenoble, Rennes, Narbonne, Châlons-sur-Saône, Angers, et il y en bien d’autres auxquelles je demande de m’excuser de ne pas les citer. Le niveau des ambitions affichées est variable, et comme pour les opérations européennes, chaque expérience est un cas d’espèce. Il n’y a pas de règle commune, au-delà de recours à des techniques environnementales performantes pour les équipements et les infrastructures, comme pour les constructions (habitat, tertiaire). Une tentative de clarification des objectifs et d’élaboration d’une méthode est en cours, à l’initiative de l’association HQE[3], pour des ZAC ou des lotissements, dans le prolongement de l’approche environnementale de l’urbanisme (AEU) de l’ADEME. Une démarche et des objectifs ont été définis, dans l’esprit de la démarche HQE des bâtiments, resitués à l’échelle d’un aménagement urbain, et intégrant les thèmes de vie urbaine en général. Elle est en cours de test sur une dizaine d’opérations. Conclusions attendues pour 2009. Malgré un réel retard en France, de nombreuses villes de tailles très différentes ont pris la mesure des enjeux, et tentent d’y faire face, et on observe un effort intéressant sur la méthode, ce qui est bien naturel au pays de Descartes. La dynamique est réelle, il convient de l’entretenir !

Prochaine chronique : auto-stop

 

 



[1] De nombreux travaux présentent ces quartiers durables. Citons notamment un dossier du PUCA pour son programme Quartiers durables, les études de l’ARENE Ile-de-France, et les dossiers documentaires de l’association 4D.

[2] Voir la chronique Hectare, du 28 juin 2006

[3] www.assohqe.org , l’expérimentation en cours bénéficie du soutien des ministères de l’écologie (DGUHC -PUCA), de la culture (DAPA) et de l’ADEME

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Mardi 17 juillet 2007
A l’école, nous apprenons que le mètre, c’est du sérieux. Un étalon siège fièrement au pavillon de Breteuil, à Sèvres. Constitué de platine iridié, il est maintenu à 0°. Nul doute qu’une armée de laborantins n’en prennent soin comme de la prunelle de leurs yeux. Même pour les choses simples, comme la longueur d’une ligne droite, les choses ne sont pas si simples. D’ailleurs, le mètre étalon était trop simple. Le dix millionnième partie du quart du méridien terrestre est assurément chose triviale, et la communauté scientifique lui préfère la distance parcourue dans le vide par la lumière pendant 1/299 792 458e de seconde[1], après une période où l’on avait retenu 1650763,73 fois la longueur d’onde dans le vide de la radiation correspondant à la transition entre les niveaux 2p10 et 5d5 de l’atome Krypton 86. Elémentaire, mon cher Watson !

Et le développement durable, là-dedans ? On y vient.

Les mésaventures du mètre étalon montrent à quel point il est difficile de mesurer avec précision, et constance dans le temps et l’espace. Et il ne s’agit que d’évaluer des quantités matérielles. Progressivement, la plupart des nations ont adoptées le système métrique, malgré quelques poches de résistance non encore réduites. Dès que les phénomènes observés quittent le champ du linéaire, tout devient très compliqué. Allez donc additionner des températures ou des décibels, vous verrez comme c’est simple à comprendre et à faire comprendre. La mesure, point de départ de l’évaluation, est une affaire complexe. Rien d’étonnant, car il s’agit de décrire des phénomènes qui sont eux aussi complexes, mais notre recherche permanente de simplification en est frustrée. Il faut savoir dépasser cette difficulté, car la mesure permet les échanges, et il serait dommage de réduire ceux-ci aux choses élémentaires. Pour échanger sur les choses plus complexes, on a aussi recours à une forme plus sophistiquée de mesure, la normalisation[2].

Le développement durable a besoin d’instruments pour mesurer, comparer les choses entre elles, ou la même chose à plusieurs moments, etc. Il faut un système stable, fiable. C’est déjà compliqué pour les choses qui se mesurent avec des chiffres, qui se comptent, les biens matériels élémentaires, mais que dire des biens composites et surtout de la qualité[3], sans laquelle il n’est point de développement durable. Comment la mesurer convenablement ?

Les termes plus et moins s’appliquent dans des univers linéaires, à une seule dimension, qui permet de comparer sans ambigüité. Quand il s’agit de faire évoluer un système, aux nombreuses dimensions, elles-mêmes connectées, l’affaire se complique. Pour la planète, on a cherché des indices synthétiques, comme l’empreinte écologique ou le happy planet index (HPI)[4], mais leur valeur est surtout pédagogique. Les approches purement financières, comme le PIB sont régulièrement critiquées, à juste titre, du fait de leur caractère réducteur, avec l’argent comme dénominateur commun, et un oubli quasi général des données non monétaires, en particulier les prélèvements de ressources et la dégradation du milieu. Le PIB ne s’intéresse qu’aux flux d’argent, pas à la richesse produite réellement déduction faite des coûts sociaux et environnementaux. Le développement durable nous conduit à dépasser cette vision linéaire, à entrer dans la complexité de la vie, et bien sûr à y mesurer les progrès accomplis.

On voit bien toutes les limites d’une expression comme « travailler plus pour gagner plus », qui ne fonctionne convenablement que dans un univers à une seule dimension, mesurée exclusivement en argent. Dans un système de production et de consommation, il n’est pas sûr que produire plus ici n’entraîne pas de dégradation ailleurs. On en parle souvent avec l’introduction de nouveaux commerces, qui peuvent prendre la place d’autres sans au total créer plus de richesse. On sait bien, également, que le travail intensif de certains agriculteurs détruit des richesses et des revenus autour de leur exploitation. Les algues vertes de Bretagne sont là pour en témoigner, avec leurs conséquences désastreuses sur le tourisme et la conchyliculture. La mise en culture des marais demande du travail mais condamne des activités en aval[5]. La bonne référence n’est pas au travail, avec en fond de décor le sapeur Camembert qui creuse des trous pour en combler d’autres. C’est la richesse créée, et plus exactement la richesse nette, après déduction des richesses détruites dans le processus de production. Créer plus de richesses nettes pour gagner plus, telle est la traduction durable de cette ligne de conduite actuellement à l’honneur. Il faudra alors mesurer cette création de richesses nettes, et nous voilà revenus à notre point de départ : quel mètre retenir pour mesurer le développement durable ?

Prochaine chronique : Quartier

 

 



[1] Définition actuellement en vigueur, adoptée le 20 octobre 1983 par la conférence générale des poids et mesures

[2] Voir Normal, chronique du 29 août 2006

[3] Chronique du 2 avril 2006

[4] Voir les chroniques Hectares et Bonheur, des 28 juin et 28 juillet 2006

[5] Voir sur ce point la chronique Gratuit, du 30 avril 2007

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quelques articles et ouvrages

Vous trouverez ci-dessous une liste de mes principaux articles, rapports et ouvrages sur le développement durable
- Rendre les villes intenses, Revue Urbanisme, septembre octobre 2008 Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf
- 11 recettes pour le développement durable, chroniques publiées dans le magazine CyberArchi www.cyberarchi.com de janvier 2007 à juin 2008,11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf 11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf
- Le risque, composante du développement durable, La part du risque, septembre 2008, http://www.lapartderisque.fr/Le-risque-composante-du.html  
 - Le développement durable : une logique de dépassement, Revue politique et parlementaire, numéro hors série Le Grenelle de l'environnement, avril 2008 le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf
- De bonnes recettes pour le développement durable, communication à l’académie d’architecture, 6 mars 2008Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf
- Pour le développement durable : une défense solide, une attaque créative, Préventique, n° 97, janvier-février 2008Article-dans-Pr-ventique.pdf Article-dans-Pr-ventique.pdf
- La haute qualité, une bonne recette pour le développement durable, Qualitique, n° 193, décembre 2007
article-dans-qualitique.pdf article-dans-qualitique.pdf

- Coup de shampoing sur le développement durable - Ibis press, 2007  www.ibispress.com  Voir rubrique ci-dessous

- La qualité environnementale des opérations d’aménagement, Etudes foncières, n° 127, Mai-juin 2007 artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf

- Développement durable, XXIème siècle : un défi pour les économistes, Sociétal n°53,

juillet 2006 Soci-tal--version-publi-e.pdf Soci-tal--version-publi-e.pdf

- Éthique et construction, revue « profession achat » n°20, déc 2005 – Janvier 2006

- La science des systèmes : un levier pour le développement durable, communication au congrès européen de systémique, Paris, 19 septembre 2005

 

- La HQE, une dynamique en marche, in Nouveaux paris, la ville et ses possibles, sous la

 

direction de Nicolas Michelin, Picard 2005

- Les inégalités écologiques en milieu urbain (avec col.) Inspection générale de l'Environnement et Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- Le développement durable, un nouvelle frontière pour les services déconcentrés de l’Etat, (avec Dominique Schneider et col.) Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- L'air, in revue Passages, Panorama 2004 du développement durable, édition spéciale n°1,

décembre 2004

- Tous gagnants, la dynamique du développement durable – Ibis press, 2004 www.ibispress.com Voir rubrique ci-dessous

- Une démarche de progrès pour le bâtiment, Constructif, novembre 2003

- Une gestion « sociétale » des entreprises, Entreprise éthique, avril 2002

- Un moteur de modernisation, revue politique et parlementaire, mars-avril 2000

- Environnement et développement économique, in Poursuivre la décentralisation, Editions Pouvoirs locaux, 1994

- Le livre vert de l’écologie urbaine dans la construction et l’habitat, ministère de l’Equipement, 1993 Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc

- Écologistes : le malentendu, revue politique et parlementaires, n° 914, Janv-Fév 1985

 

 

 

 

Deux livres sur le DD

Ma pratique professionnelle et associative du développement durable, et la rédaction régulière de ce blog m'ont conduit à écrire deux livres sur le développement durable, édités aux éditions Ibis Press (www.ibipress.com )  Le premier dont l'objectif esst tout simplement de donner l'envie d'y aller a été publié en 2003 sous le titre Tous gagnants, la dynamique du développement durable. Il est préfacé de Michel-Edouard Leclerc, et post facé de Jean-Claude Antonini. On trouvera ci-attaché, en cliquant sur l'icone correspondante, une présentation de l'ouvrage  pr-sentation-Tous-gagnants.pdf pr-sentation-Tous-gagnants.pdf  et le dépliant (avec bon de commande) flyertousgagnants.pdf flyertousgagnants.pdf .

Coup de shamping sur le développement durable (2007) est le rassemblement des 80 premiers billets de ce blog, mis en perspective par une introduction ( intro-Coup-de-shampoing.pdf intro-Coup-de-shampoing.pdf ) et une conclusion synthétiques. Didier ADES en a rédigé la préface. On trouvera ci après la présentation de l'ouvrage texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf , et le dépliant Depliantcoupdeshampoing.pdf Depliantcoupdeshampoing.pdf
 

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