Trois ministres s’émeuvent, dans les colonnes du Monde[1], du faible taux d’emploi des séniors dans les entreprises en France, alors que l’espérance de vie s’allonge. Le débat n’est pas nouveau, ce blog l’a déjà évoqué[2]. Le vieillissement de la population est un phénomène inéluctable, et il faudrait mieux s’y préparer plutôt que de vouloir lutter contre ou retarder l’échéance. Il est vrai que de bons esprits ont voulu lutter contre le vieillissement par une politique nataliste active, ce qui n’aurait fait que de transmettre à nos enfants la responsabilité de la transition vers une population stable, joli cadeau ! Car ne nous trompons pas, la population du monde doit se stabiliser prochainement, d’ici une génération (40 ans), et la France ne peut échapper à cet impératif.
Une réponse au vieillissement se trouve dans la politique d’immigration[3], toujours délicate car elle doit satisfaire les pays d’origine comme les pays d’accueil, et qui restera sans doute au niveau d’ajustements. Le défi à relever exige surtout une réflexion générale sur la place des vieux dans notre société. Il ne s’agit pas que du travail[4] et des retraites, mais de bien d’autres équilibres qui sont remis en cause. Pour ce qui concerne notre capacité à produire, notons d’ailleurs que la productivité[5] du travail en France, déjà élevée, augmente plus vite que la proportion des plus de 60 ans. Elle pourrait en outre progresser plus rapidement si la crainte légitime du chômage ne venait la freiner. Nous sommes dans ce domaine confrontés à un problème de répartition des revenus, plus qu’à un problème de capacité de production.
Mais l’essentiel n’est pas là. C’est l’équilibre de la société qui est en jeu. Si l’on n’y prend garde, le vieillissement pourrait conduire à un repli sur soi, à une frilosité, à une crainte de l’avenir. C’est la dynamique[6] et la créativité de la société française qui est en jeu, et c’est beaucoup plus grave que l’équilibre comptable des caisses de retraites. Celui-ci n’est qu’une déclinaison de la question fondamentale de la capacité de notre société, déjà vieille et qui continuera de vieillir, à s’adapter à un monde en perpétuelle évolution, à innover, à prendre des risques[7].
Ce n’est dons pas une réforme des retraites qu’il faut entreprendre, mais un travail en profondeur sur les nouveaux équilibres que le vieillissement impose, sur l’organisation à donner à notre société pour que les seniors y jouent un rôle actif et créateur de richesses, d’une manière ou d’une autre. Ce rôle est déjà très important, et le BIPE[8] l’avait justement souligné dans une note de novembre 2006 intitulée « les inactifs, continent englouti de l’économie ». Il convient de le faire émerger. L’entreprise n’est pas le seul lieu créateur de richesses, et ce serait une erreur de ne rechercher que cette perspective pour les séniors. Pour ne prendre qu’un exemple, l’éducation des enfants est une source formidable de richesses.
La retraite n’est pas seulement un droit acquis par une vie de labeur, c’est aussi une période de la vie, bien spécifique, adaptée à l’âge, et qui doit rester productive, pour la satisfaction des retraités comme de la société. Le problème des caisses et de leur équilibre ne peut se régler en manipulant des curseurs, taux de cotisation et âge légal de départ, installés sur un système obsolète. Les trois ministres le reconnaissent bien, le passage à 41 ans de cotisation ne résout rien. N’espérons pas que les consensus sociaux de référence, élaborés en 1945 dans une France coloniale en peine reconstruction, ne puissent encore fonctionner. C’est un nouveau consensus qu’il faut construire. Cela prendra un peu de temps, et surtout de l’imagination, du respect des partenaires, de la confiance, du recul par rapport aux théories toutes faites. La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes disait Keynes.
A défaut, le risque est grand d’oublier la force productive des inactifs, ce qui serait un énorme gâchis, et de transformer le
progrès qu’est l’allongement de la vie, et de la vie en bonne santé, en une régression sociale.
Prochaine chronique : Statut
[1] Daté du 24 juillet 2008
[2] Voir notamment la chronique Papy, chronique du 16/07/2006 et n°50 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com )
[3] Immigration, chronique du 12/07/2006 et n°32 dans Coup de shampoing
[5] Productivité, chronique du 09/07/2006 et n°58 dans Coup de shampoing
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Tableau bien sévère, et qui ne traduit pas totalement la réalité. Certains constructeurs ont engagé leur reconversion. Sans doute en faisant leur bilan de compétences. L’un des
constructeurs les plus emblématiques mérite attention : Toyota. Après avoir lancé la première voiture hybride de grande diffusion, la Prius, la firme japonaise a décidé d’aller plus loin, et
de diversifier sa production. Quand on sait faire une voiture, on maîtrise de nombreuses techniques. Toyota s’est rendu compte qu’il était champion pour fabriquer des robots. Des robots pour
monter des voitures, au départ, mais ensuite des robots pour toute autre activité, comme jouer de la musique ou des services domestiques. Les robots, c’est bien commode pour ne nombreuses tâches
peu valorisantes, et comme notre population vieillit, ils pourraient suppléer le manque de bras pour ces tâches. C’est un marché d’avenir. Evidemment, il faudra veiller au grain, il y aura bien
des abus dans les usages des robots, des combats de robots comme il y a des combats de coqs par exemple. Il faudra surveiller les débordements de ces robots, mais ils constituent une activité qui
pourrait, d’ici quelques années, représenter une bonne part de l’activité de Toyota.


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