Le DD par les mots

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Un mot, un mot courant, de la vie de tous les jours, et une approche du développement durable, inspirée par ce mot. Tel est le principe de ce blog pour mieux comprendre la richesse de cette expression, née il y a plus de 20 ans et toujours mal connue.  Il faut lui donner un sens plus pratique, plus proche de la réalité quotidienne, sans pour autant lui faire perdre sa force et son caractère universel. Chaque mot, pris dans l'actualité ou au fil d'une conversation, donne l'occasion d'une réflexion sur le développement durable. Au lieu de partir du développement durable, et de tenter de l'expliquer, nous allons partir de la vie et des mots ordinaires, pour aller vers le développement durable. Près de 400 mots ont ainsi été déclinés dans l'univers du développement durable, de janvier 2006 à juin 2009. Un livre a été publié en 2007 à partir des 80 premiers mots Coup de shampoing sur le développement durable, préfacé par Didier ADES.
L'été 2009 sera l'occasion d'une mutation. Vous trouverez dans quelques mois une présentation de tous les mots têtes de chapitre, plus de nombreux autres très présents dans les textes. Un accès facile pour circuler dans l'univers du développement durable à partir de l'une ou l'autre de ces multplies portes d'entrée.
Entre temps, il n'y aura plus de chronique régulière, juste parfois des billets d'humeur. Vous trouverez aussi la liste des mots par ordre alphabétique, et la présentation, à l'occasion, de billets que j'ai l'occasion de publier sur d'autres supports.
Pour être tenu informé de la suite de ce blog sans avoir à y penser, il suffit de vous isncrire à l'aide de la case juste au dessous, en suivant les instructions. C'est très simple. A bientôt

Dominique Bidou
 

Une approche offensive

Il nous faut inventer le monde de demain, en mobilisant le plus d'énergies possible. L’approche proposée dans ce blog est résolument offensive, et fondée sur deux lignes directrices 

-  Anticiper et se placer de manière à bénéficier des changements à venir. Inventer un monde nouveau est à la fois un projet enthousiasmant, une obligation éthique et une opportunité économique.
-   Adapter le concept de développement durable à chaque cas d’espèce, en s’inspirant de recettes simples et de méthodes éprouvées à décliner dans chaque contexte. 

Les bouquets du DD

 Un bouquet pour la finance bouquet-finances.pdf bouquet-finances.pdf

Un bouquet pour les dividendes bouquet-dividendes.pdf bouquet-dividendes.pdf

Un bouquet pour la bouffe La-bouffe.pdf La-bouffe.pdf

dans la série Les péchés capitaux au service dudéveloppement durable, un bouquet pour l 'orgueil Bouquet-orgueil.pdf Bouquet-orgueil.pdf , un bouquet pour l'envie Bouquet-envie.pdfBouquet-envie.pdf , un bouquet pour l'avarice Bouquet-Avarice.pdf Bouquet-Avarice.pdf

Présentation

Jeudi 30 août 2007
L’été est une époque privilégiée pour les festivals. Il s’agit de rencontres dans des domaines faisant avant tout appel à la sensibilité, comme la musique, le cinéma, le livre, la photo et les arts plastiques, ou le théâtre. Disons-le tout de suite, les festivals sont une excellente chose pour le développement durable.

Tout d’abord, l’objectif est bien l’exploitation de valeurs culturelles, immatérielles, juste des constructions humaines, à partir d’une intelligence des comportements, d’une mobilisation de tous nos sens, de nos émotions.

Le développement durable consiste justement à promouvoir des consommations immatérielles, pour les substituer progressivement à celles qui provoquent des prélèvements importants de ressources et des rejets en conséquence sur l’environnement. C’est une croissance des aménités et du bonheur de vivre disjointe de celle des prélèvements de matières premières et d’énergie, des produits que la planète ne peut fournir indéfiniment. C’est remplacer la matière par du talent.

On ne parviendra pas à corriger les tendances actuelles du développement par la contrainte. Les populations qui présentent le plus gros impact sur l’environnement ne réduiront pas spontanément la pression qu’elles exercent, même si on leur met sous les yeux la démonstration de l’impasse où cela nous conduit, même en argumentant avec toutes les empreintes écologiques du monde. Elles résisteront toujours, elles reporteront les échéances, et elles en ont les moyens. Seule une crise profonde et violente comme un conflit généralisé pourrait entraîner cette remise en cause de leur statut de champion du PIB. Si on veut éviter ce type de drame à l’échelle de la planète et dont nul ne sait comment l’humanité en sortirait, il faut autre chose.

 C’est plutôt en proposant un nouveau modèle de développement, encore plus attractif que le modèle actuel, que l’on modifiera ces comportements dangereux pour la planète. Défi bien ambitieux, avec des composantes culturelles fortes, aussi bien que technologique et d’organisation sociale. Il faudra bien des expériences, bien des initiatives, bien des échecs[1] aussi, pour faire émerger ces nouveaux modèles, assez puissants pour mobiliser les forces économiques et sociales, et les détourner des actuelles tendances vers les consommations matérielles. Tous les lieux, toutes les occasions de renforcer les activités immatérielles sont bienvenues pour le développement durable. Les festivals font donc partie des marmites où se concoctent les consommations de demain. Beaucoup de ces préparations seront sans lendemain, ne nous faisons pas d’illusions, mais il faut multiplier les expériences pour que de nouvelles pistes, viables, voient le jour. Cela comporte des exigences, il ne faut pas que les festivals soient de simples vitrines, passives et sans confrontations d’approches, ils doivent au contraire provoquer l’effort nécessaire au dépassement recherché. Un vrai festival doit susciter le débat, permettre des rapprochements et des contrastes productifs, rendre possible l’imprévu, mettre l’inconnu à portée de main. C’est la vertu de l’organisation des festivals que de favoriser le foisonnement et la créativité.

Le festival, c’est aussi une occasion d’échanges, et de mieux valoriser ce qui existe. La bonne exploitation d’une œuvre est une marque d’efficacité, la connaissance de la ressource par les utilisateurs potentiels et celle des attentes pour les producteurs et les auteurs, tout cela concoure à une meilleure productivité dans les domaines de ces festivals. Le mot productivité[2] peut faire frémir, notamment dans le champ culturel, mais on  ne voit pas pourquoi il faudrait que la création artistique échappe à cette recherche du meilleur rendement, de la meilleure audience possible pour des œuvres qui orientent vers d’autres besoins, vers d’autres idéaux que la consommation matérielle. Plus une œuvre sera diffusée, le moins elle aura besoin de financements complémentaires, lesquels pourraient instrumentaliser la création au profit d’autres intérêts.

De nouveaux modèles, et plus d’efficacité, plus d’influence. Les festivals ont donc une mission très importante. On leur reprochera toutefois de provoquer de nombreux déplacements, avec les émissions correspondantes de gaz à effet de serre.  Il y a bien une solution technique, que l’on voit de plus en plus : celle de la compensation carbone. Chaque déplacement est traduit en équivalent tonnes de carbone, et provoque un versement dans un fonds spécialisé qui finance des plantations ou toute autre action pour capter du carbone en même quantité[3]. Cette démarche conduit d’ailleurs à optimiser les choix de modes de déplacements, en intégrant toutes les autres contraintes des participants. En se développant, elle exerce une pression sur les modes de transports, et oriente les progrès. Au-delà de cette manière de s’affranchir de cette difficulté, il faut accepter que la production de gaz à effet de serre par les déplacements soit la part incompressible de certaines activités. Ce qui compte, c’est l’efficacité, le rendement de la tonne de gaz carbonique émis. Celle-ci ne semble pas perdue si elle est investie pour favoriser des consommations immatérielles.

Prochaine chronique : Ile

 

 



[1] Voir la chronique Risque, du 26 juin 2006, et n° 64 dans Coup de shampoing sur le développement durable, (www.ibispress.com)

 

[2] Productivité, chronique du 9 juillet 2006 et n° 58 dans Coup de shampoing sur le développement durable, (www.ibispress.com)

[3] Voir à ce sujet la chronique Avion, du 28 mai 2007

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Lundi 27 août 2007
Au pluriel, tout d’abord, très rapidement : Les contes de notre enfance, comme les romans que nous lisons, les films que nous allons voir. Ces sont des histoires, fictions ou réalité, qui mettent en scène des évènements, avec des acteurs, des caractères. Ces histoires nous impressionnent, au sens photographique du terme, elles entrent en nous. Elles forgent nos mentalités, exercent notre sensibilité, donnent un sens aux choses de la vie. Le grand méchant loup et les contes de Perrault, avec Guignol, bien entendu, nous disent où est le bien et le mal, qui est gentil et qui est méchant, et renforcent ainsi le système de valeur dominant. D’une certaine manière, ce blog reprend à son compte cette logique d’histoires, avec des billets qui, pris séparément, n’auraient pas grand sens, mais dont l’accumulation constitue un ensemble que j’espère cohérent et démonstratif, même si il ne s’inscrit pas dans un mode de pensée dominant.

Au singulier, maintenant, l’Histoire. Il s’agit de nos racines, de la manière dont notre société s’est constituée au fil du temps, et chacun sait qu’on construit d’autant mieux l’avenir qu’on a bien compris le passé, qu’on en a tiré tous les enseignements. L’Histoire, c’est notre expérience collective, qui nous est bien utile pour avancer dans le 21e siècle. Encore faut-il qu’elle soit vraie, qu’elle ne soit pas réécrite pour des besoins particuliers, au point que les enseignements n’en deviennent illisibles ou carrément faux.

La France a une histoire, pas toujours glorieuse. De mauvaises actions ont été conduites en son nom, à des époques où les systèmes de valeur n’étaient pas ceux d’aujourd’hui. Après une longue période où tous ces évènements étaient occultés ou présentés complaisamment, la tendance actuelle est à l’accablement. On parle alors de repentance, d’excuses à présenter à d’autres peuples. Je serais bien surpris qu’il existe à la surface de la planète, des peuples exempts de tout péché, surtout si leur histoire est évaluée aujourd’hui, avec les canons des sociétés occidentales du 21e siècle. L’histoire du monde, ancienne et récente, est pleine de massacres, de génocides, de déportations, d’esclavage sous diverses formes. Chacun peut s’en repentir, et tant mieux si ça soulage sa conscience, mais l’important n’est pas là. L’important, c’est le présent et l’avenir, et pour cela la mémoire du passé peut être déterminante, à condition bien sûr qu’elle ne soit pas faussée. Cette mémoire doit nous aider à comprendre comment des enchaînements terrifiants ont pu se produire, quels sont les mécanismes vertueux et ceux qu’il faut tuer dans l’œuf, avec en fond de décor la reconnaissance d’autrui et l’intérêt porté à ses différences.

L’histoire élaborée à des fins de glorification de la patrie ne répond pas à cette attente. Cette conception a peut-être été utile à certaines époques de notre histoire, pour aider à la constitution des nations. On pourrait sans doute avancer aussi le contraire, si l’on met en balance le prix humain à payer pour la constitution desdites nations. Et ce n’est pas terminé. L’Histoire jugera. L’histoire à fins patriotiques ne nous apprend rien, et ce n’est d’ailleurs pas son objectif. Elle ne peut que déformer la réalité, consciemment ou non, et ne s’intéresse guère aux mécanismes humains, aux déterminants sociaux, économiques, à l’influence des nouvelles techniques, sur l’évolution des peuples et les relations entre les peuples.

L’Histoire qui nous intéresse pour construire un avenir durable, est bien différente. Elle dépasse chaque peuple, et tente de reconstituer, à partir de l’observation des évènements, une connaissance des comportements humains, et de donner une explication à l’état de notre pays et du monde. Une explication par nature évolutive, car l’histoire n’est jamais finie, elle se construit chaque jour, la récente mais aussi l’ancienne, éclairée par des données nouvelles, des découvertes, des analyses rendues possibles par les techniques modernes.

Pour cela, deux attitudes sont possibles. Tout d’abord lutter directement contre toutes les formes de réécriture. L’anniversaire de la libération de Paris nous en offre une illustration. Contrairement à l’idée colportée habituellement, notamment au cinéma, ce n’est pas le général allemand Von Choltitz qui a refusé de détruire Paris, c’est l’ampleur de l’insurrection qui lui en a ôté les moyens. Le succès de l’insurrection est porteur d’enseignements : La Résistance regroupe la diversité politique et sociale de la France. Cette diversité est parfaitement incarnée et symbolisée par les trois V : Vaillant-de Vogué, Villon, Valrimont. C’est ce triumvirat, composé d’un aristocrate fortuné, d’un communiste et d’un syndicaliste, qui a su dépasser les oppositions internes, et rassembler l'armée de volontaires et derrière elle, la population toute entière. Si les affrontements entre les différents groupements existent, si leur provenance sociale et politique est diverse, la résistance se veut unie et déploie une vision intégratrice exigeante qui dépasse les individualismes. Elle porte une vue d'ensemble, qui a permis de mobiliser et de remporter une victoire à laquelle peu d’alliés croyaient. Exactement ce que le développement durable exige, pour relever des défis qui apparaissent impossibles. Mais les enjeux de pouvoir resurgissent rapidement entre les composantes de la résistance, et le mouvement d’union est marginalisé, l’histoire est alors écrite pour reconstruire la France sur des modèles que l’insurrection parisienne dérange. L’enseignement du dépassement des contradictions est oublié.

Une autre voie est de changer d’échelle. C’est bien l’histoire de notre communauté qui nous intéresse, mais on n’écrit pas l’histoire de France à travers un prisme régional. Ecrivons donc l’histoire de l’Europe, dans laquelle on retrouvera celle de la France, dépouillée de tous les artifices nationalistes et conjoncturels. Le magazine le Point vient de publier, dans un numéro récent, l’histoire des Barbares. Et c’est bien une vision à l’échelle du continent européen qui est donnée, de même que celle qui conviendrait pour évoquer les grands évènements qui ont marqué notre monde occidental, comme la réforme, le siècle des lumières,la révolution industrielle, le colonialisme, et la montée des différentes formes de fascisme. Pour comprendre les mécanismes de développement, il faut choisir la bonne échelle, celle de l’Histoire.

 

Merci à Anne Fortier-Kriegel de ses précieuses indications sur la libération de Paris, et la dynamique impulsée par les 3V. 

Prochaine chronique : Festival

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Jeudi 23 août 2007
Si une définition doit être définitive, peu de choses pourront être définies. L’expérience chaotique du mètre, que nous avons vue dans ce blog[1], une chose simple, une unité de mesure très courante, montre que, dès que l’on entre dans les détails, la définition dépend de beaucoup de choses, en particulier des connaissances du moment et de l’utilisation que l’on veut faire de la définition. Il ne faut pas perdre trop de temps avec les définitions. L’important, c’est de se comprendre, et d’en être sûr. A défaut, il n’y a pas de projet commun, encore moins de construction commune. Le développement durable serait alors bien compromis. Il faut donc un langage commun pour les membres d’une communauté, une profession par exemple. Vous objecterez que l’on ne vit pas en autarcie, et qu’il faut aussi communiquer hors de sa communauté de référence, avec des clients ou partenaires, qui ne maîtrisent pas nécessairement le même langage, et vous aurez raison. Mais s’il faut trouver une définition qui convienne à tous les usages et à tous les acteurs, on risque fort de ne jamais en trouver, et de vivre dans l’illusion d’un sens commun des mots, qui n’est pas partagé dans les faits. C’est dans la pratique des relations avec ses partenaires que l’on va s’assurer du sens des mots, et que l’on cherche une sorte de code de communication adapté aux circonstances. On ne peut se satisfaire de la définition officielle, celle que l’on trouve dans le dictionnaire – et encore, il y en a en général plusieurs -, qui rassure mais ne garantit en rien une compréhension réciproque. La véritable signification des mots, la bonne manière de décrire un évènement ou un objet, se trouve dans l’action, avec les ajustements nécessaires et les échanges qui permettent de vérifier que le message est bien passé. Il faut juste être convaincu de cette nécessité de se comprendre, et y être attentif.

Le développement durable n’échappe pas à cette règle.

L’expression développement durable a été présentée depuis plus de 20 ans dans le rapport Bruntland[2], avec une définition simple, « Le développement soutenable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Et pourtant, aujourd’hui, le concept apparaît souvent comme un fourre-tout, une valise, une affaire de bon sens, etc. qui ne change rien sur le fond. L’évidence de l’objectif affiché rend la définition inopérante. A moins d’être inspiré par le désespoir, comment pourrait-on préconiser avec conviction une politique de la terre brûlée, après moi le déluge, à l’échelle de l’humanité ? Une enquête sur le sens que nos contemporains donnent au développement durable révélerait sûrement une grande diversité d’opinion, tellement la définition d’origine semble évidente. Nous sommes en plein paradoxe, et ce n’est pas étonnant, face à un concept universel. Le développement durable n’est pas une discipline particulière, une rubrique supplémentaire dans une liste déjà longue de tâches, mais une manière de voir les choses, toutes les choses. Et, au delà de l’objectif, sur lequel le consensus est facilement réalisé, le débat est ouvert sur le « comment faire », et la définition attendue porte, de fait, sur cette question. La définition officielle ouvre d’ailleurs le débat, car la phrase suivante la complète et lui donne tout son sens :  Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de "besoin", et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale imposent sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir ». On le voit, les notions de besoin et de limites sont contingentes, elles ne sont pas définies une fois pour toutes, elles dépendent de la culture, de la technique, de l’organisation sociale.

Une définition évolutive, voilà une idée bien curieuse, combinant deux exigences contradictoires, dans un esprit ago-antagoniste pour faire référence aux travaux d’Elie Bernard-Weil[3]. C’est de cette contradiction que provient l’innovation, nécessaire pour en sortir par le haut. Acceptons que la définition se construise chaque jour, que chaque acteur de la société y contribue. C’est une dynamique[4] que l’on ne peut saisir sans lui faire perdre sa substance, et la difficulté que l’on constate à élaborer des indicateurs du développement durable en est la conséquence directe.

En définitive, admettons que Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire viennent aisément, mais il faut aussi accepter qu’il n’y a pas de concept dans l’absolu, que le contexte en détermine en bonne part, et que les mots pour le dire doivent aussi s’adapter.

On reproche souvent au développement durable de ne pas proposer de lui-même une définition forte et opérationnelle. Ce reproche n’est pas fondé, et n’est qu’une excuse pour rejeter la responsabilité de toujours retarder le passage à l’acte. Non seulement le développement durable peut se passer d'une définition claire, mais il le doit. Toute définition serait réductrice, et par suite source d'incompréhension, et démobilisatrice. La recherche d'une définition est en outre l'occasion d'une querelle d'experts qui éloigne les acteurs du développement durable. Il faut substituer au concept de définition celui d'un ensemble de repères, de balises[5], qui permette à chaque acteur de la société de s'y retrouver et de trouver son propre cheminement vers le développement durable, lequel se construit chaque jour du fait des initiatives des acteurs.

Prochaine chronique : Histoire

 

 



[1] Chronique du 16 juillet 2007

[2] Rapport préparatoire à la conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement de Rio : Notre avenir à tous (Rapport Bruntland) 1987

 

[3] Voir à ce sujet le chapitre Ago-antagonisme et développement durable dans Tous gagnants, la dynamique du développement durable, IbisPress, 2004 (www.ibispress.com)

[4] Chronique du 21 juillet 2006, et n°22 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[5] Chronique du 13 août 2007.

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Lundi 20 août 2007
On parle souvent de l’épaisseur du trait, pour des décisions qui n’engagent que très peu d’argent, si bien qu’elles sont négligeables dans les additions. C’était le cas pour le budget du ministère traditionnel de l’environnement, qui n’atteignait grosso modo que le millième du budget de l’Etat. Il faut bien sûr se méfier d’un parallèle trop rapide avec le poids des enjeux : les questions traitées par ce ministère n’étaient pas négligeables pour autant, et c’est le mode d’intervention de l’Etat dans ces domaines, essentiellement de la régulation, qui explique l’écart entre la faiblesse des sommes inscrites au budget et le poids des enjeux réels sur le terrain. Un peu plus d’argent, toujours dans l’épaisseur du trait, aurait sans doute permis d’accroître considérablement l’efficacité de cette action publique, mais l’évaluation des missions de régulation est plus difficile que celle des missions où l’Etat est directement opérateur, et où les résultats sont immédiatement perceptibles. Et les économies se font souvent au détriment des faibles et des actions à long terme, même si elles coûtent très cher par la suite. La recherche d’efficacité que le développement durable exige ne peut s’affranchir de l’évaluation précise de ce qui se trouve dans l’épaisseur du trait : c’est là que beaucoup de choses se passent, et parfois même l’essentiel. Le diable est dans les détails, dit-on.

L’épaisseur, c’est aussi la troisième dimension. Nous avons vu, avec le mot souterrain[1], tout l’intérêt qu’il y a à dépasser une approche limitée à la surface, pour trouver des solutions originales à des questions complexes, dans les domaines tels que l’urbanisme, la mobilité, et les services publics des villes. Ce raisonnement peut être étendu à bien d’autres champs. Il s’agit tout simplement d’entrer dans l’épaisseur des choses, en opposition à rester à leur surface. Aller au-delà des apparences, tenter de comprendre la logique profonde des phénomènes. A partir d’une vision superficielle, chercher à décrire les relations de causalité, les interactions, les conséquences des décisions, leurs enchaînements.

Pour les choses matérielles, les objets, les équipements, on a mis au point un dispositif dénommé inventaires de cycle de vie, dont le but est de décrire les différentes étapes de leur fabrication et de leur utilisation, jusque à leur stade ultime et leur élimination après usage. Il est alors possible de chercher à apprécier les enjeux, de quantifier ce qui peut l’être, et d’éclairer des choix, de comparer des processus de fabrication, des modalités d’utilisation. Ce qu’on appelle étude d’impact relève de la même logique : leur objet est de connaître et d’évaluer les effets directs et indirects d’une décision, avant de la prendre bien entendu, de manière à pouvoir la compléter ou l’amender si nécessaire, voire l’abandonner si les conséquences prévisibles semblent inacceptables. Menées au début pour l’environnement, les études d’impact peuvent être étendues à toutes formes d’enjeux, notamment économiques et sociaux. Il ne s’agit somme toutes que de bonne gestion, et les chefs d’entreprise le savent bien dans le champ de l’économie dont ils sont familiers, avec les études de marché et les enquêtes de satisfaction. Il s’agit juste, pour obtenir un développement durable, d’aller au-delà de la stricte approche commerciale, pour embrasser l’ensemble des enjeux du monde moderne. Là encore, le mot épaisseur prend son sens : derrière l’approche financière, qui décrit une réalité immédiate, se trouvent, dans l’épaisseur des choses, des effets multiples concernant les modes et le cadre de vie, les ressources, les relations entre communautés et entre pays. L’approche économique est prise en charge par les mécanismes du marché, et les acteurs les ont intégrés depuis longtemps. Ils connaissent les sanctions qu’une mauvaise gestion entraîne. Des mécanismes d’alarme, des clignotants ont été créés à différentes échelles, d’une entreprise aux Etats et grandes zones financières, mais ils ne concernent par nature que la dimension financière, indépendamment des autres enjeux. Des tentatives d’incorporation de données extra financières sont faites, et il semble bien que leur prise en compte soit une tendance lourde, dans la mesure où ces enjeux externes peuvent retentir un jour ou l’autre sur l’aspect financier. Le cours en bourse d’une entreprise peut souffrir durement d’une communication sur ses pratiques sociales dans des pays du Sud, ou sur des dégradations infligées à la forêt, son impact sur l’effet de serre[2]. Les clients et les investisseurs montrent un intérêt croissant pour ces aspects, mais avant que leur intégration soit totale, beaucoup d’eau aura coulé sous nos ponts. Il faut donc maintenir une vigilance sur les valeurs non financières, avec des dispositifs d’observation et de contrôle spécifiques. Au mot épaisseur répond le mot transparence, qualité qui permet de voir au-delà de la surface des choses, les mécanismes en action et les enjeux. La transparence ne s’improvise pas, elle se construit et se préserve, car le naturel, qui revient au galop comme chacun sait, n’y conduit pas. 

Prochaine chronique : Définition

 

 



[1] Chronique du 25 octobre 2006, et n°71 dans Coup de Shampoing sur le développement durable (Ibispress.com)

[2] Voir notamment à ce sujet la chronique Emploi, du 4 juin 2007

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Jeudi 16 août 2007
La bascule est un instrument de mesure, de poids précisément, et c’est bien utile. Elle ne suffit hélas pas pour évaluer nos progrès sur la route du développement durable[1]. Mais l’examen du fonctionnement de la bascule, du fameux mouvement de bascule, est bien instructif. La recherche éperdue de la simplicité qui a envahi nos sociétés nous conduit à des systèmes binaires, celui qui n’est pas avec moi est contre moi, c’est blanc ou  noir, le jour ou la nuit, le bien ou le mal. Il est donc passionnant de regarder de près comment s’opère le mouvement de bascule dans un monde en réalité complexe, et où des enjeux multiples se croisent et se combinent. La question des ressources, mot clé dans la réflexion sur le développement durable, est à ce titre très riche d’enseignements. Nous resterons bien sûr schématiques dans la réflexion, pour mieux percevoir l’évolution primaire des choses.

Pendant des millénaires, la recherche de ressources était considérée comme la priorité absolue. La survie du groupe et la puissance du seigneur en dépendaient. Dès les débuts de l’agriculture, le moindre morceau de terrain accessible était cultivé, peu importe la quantité de travail nécessaire pour cela. Et on amenait l’eau nécessaire, et on construisait des terrasses pour conserver la terre, tout était bon pour gagner quelques mètres carrés. Le progrès, le sens de l’histoire diront certains, était lié au volume produit, et le rendement, l’efficacité du système n’était vraiment comptée que par rapport à la richesse que l’on pouvait produire sur un domaine donné, que ce soit par l’agriculture ou par l’exploitation minière. Le travail humain n’était pas un facteur limitant, et il n’était rémunéré que pour permettre la survie de la masse d’hommes et de femmes soumises à l’esclavage ou au servage. Le nombre de ces travailleurs était en soi une ressource, puisqu’ils ne coûtaient rien ou presque, et qu’ils permettaient de mieux exploiter le patrimoine. Dès que la population augmentait, elle rendait à la fois possible et nécessaire l’expansion du domaine, avec des conflits de frontière qui en résultaient. Et quand les territoires conquis manquaient d’hommes, on allait les chercher où on pouvait pour permettre leur mise en valeur. Esclaves, forçats, et victimes de déportations massives ont ainsi permis de valoriser des territoires et d’en extraire quantité de ressources à des prix humains incalculables.

La révolution industrielle a changé la donne. Au début, c’était aussi la quantité d’hommes qui comptait, mais la ressource, la matière première était abondante, et le rassemblement de grandes quantités de travailleurs, à l’inverse du mode de production agricole, a provoqué des prises de conscience et des revendications des personnels, en même temps que la technologie progressait. Le poste main-d’œuvre s’est vite alourdi. La productivité du travail devenait l’enjeu, alors que l’agriculture raisonne toujours en quintaux ou hectolitres à l’hectare. L’énergie et les matières premières de l’industrie étant abondantes, l’économie a globalement basculé, le rendement, la productivité de référence n’étant plus évalué par rapport aux ressources provenant du milieu, mais par rapport aux nombre d’heures de travail incorporé. On peut aujourd’hui donner avec précision le nombre d’heure de travail nécessaire pour fabriquer un modèle de voiture, mais on serait bien en peine d’en donner le bilan énergétique.

Arrive le facteur 4, et tout rebascule. Le facteur 4, c’est rendre un service donné avec quatre fois moins d’énergie, objectif que l’on étend parfois à quatre fois moins de ressources naturelles de différentes natures. La productivité du travail humain s’est envolée, et peut encore atteindre de nouveaux sommets, mais au détriment, le plus souvent, des autres facteurs de production, les sources d’énergie pas chères et considérées comme abondantes, comme le charbon et le pétrole, en premier lieu. Il faut donc revenir sur cette tendance, et reconsidérer la rareté des ressources, face à l’immensité des besoins. Ceux-ci se sont démultipliés avec les modes de vie que la révolution industrielle a provoqués, qui affecte aujourd’hui des populations de plis en plus nombreuses. Le rendement en termes de matières premières et d’énergie (peut-être plus, paradoxalement, en considérant les rejets résultant de leur exploitation que leurs stocks[2]) devient tout aussi déterminant que celui en termes de travail. Le risque est grand, dans ces conditions,  d’une régression sociale, l’espèce humaine étant finalement abondamment représentée sur terre et ne constituant pas un facteur limitant. Si on ajoute la montée en puissance de la financiarisation de l’économie, qui pourrait s’exercer au détriment des hommes et des ressources, on voit qu’il est important de chercher d’autres voies, qui allient le respect des hommes et celui des ressources, tout en contribuant à créer les nouvelles richesses dont le monde a besoin. Et même mieux, en basculant : faire que le respect des hommes et de leur patrimoine, de la planète, provoque une croissance économique d’un nouveau type, c’est cela le développement durable.

 

Prochaine chronique : Epaisseur

 



[1] On pourra se reporter à la chronique Mètre, du 16 juillet 2007

[2] Voir la chronique Abondance, du 19 mars 2007

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quelques articles et ouvrages

Vous trouverez ci-dessous une liste de mes principaux articles, rapports et ouvrages sur le développement durable
- Rendre les villes intenses, Revue Urbanisme, septembre octobre 2008 Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf
- 11 recettes pour le développement durable, chroniques publiées dans le magazine CyberArchi www.cyberarchi.com de janvier 2007 à juin 2008,11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf 11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf
- Le risque, composante du développement durable, La part du risque, septembre 2008, http://www.lapartderisque.fr/Le-risque-composante-du.html  
 - Le développement durable : une logique de dépassement, Revue politique et parlementaire, numéro hors série Le Grenelle de l'environnement, avril 2008 le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf
- De bonnes recettes pour le développement durable, communication à l’académie d’architecture, 6 mars 2008Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf
- Pour le développement durable : une défense solide, une attaque créative, Préventique, n° 97, janvier-février 2008Article-dans-Pr-ventique.pdf Article-dans-Pr-ventique.pdf
- La haute qualité, une bonne recette pour le développement durable, Qualitique, n° 193, décembre 2007
article-dans-qualitique.pdf article-dans-qualitique.pdf

- Coup de shampoing sur le développement durable - Ibis press, 2007  www.ibispress.com  Voir rubrique ci-dessous

- La qualité environnementale des opérations d’aménagement, Etudes foncières, n° 127, Mai-juin 2007 artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf

- Développement durable, XXIème siècle : un défi pour les économistes, Sociétal n°53,

juillet 2006 Soci-tal--version-publi-e.pdf Soci-tal--version-publi-e.pdf

- Éthique et construction, revue « profession achat » n°20, déc 2005 – Janvier 2006

- La science des systèmes : un levier pour le développement durable, communication au congrès européen de systémique, Paris, 19 septembre 2005

 

- La HQE, une dynamique en marche, in Nouveaux paris, la ville et ses possibles, sous la

 

direction de Nicolas Michelin, Picard 2005

- Les inégalités écologiques en milieu urbain (avec col.) Inspection générale de l'Environnement et Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- Le développement durable, un nouvelle frontière pour les services déconcentrés de l’Etat, (avec Dominique Schneider et col.) Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- L'air, in revue Passages, Panorama 2004 du développement durable, édition spéciale n°1,

décembre 2004

- Tous gagnants, la dynamique du développement durable – Ibis press, 2004 www.ibispress.com Voir rubrique ci-dessous

- Une démarche de progrès pour le bâtiment, Constructif, novembre 2003

- Une gestion « sociétale » des entreprises, Entreprise éthique, avril 2002

- Un moteur de modernisation, revue politique et parlementaire, mars-avril 2000

- Environnement et développement économique, in Poursuivre la décentralisation, Editions Pouvoirs locaux, 1994

- Le livre vert de l’écologie urbaine dans la construction et l’habitat, ministère de l’Equipement, 1993 Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc

- Écologistes : le malentendu, revue politique et parlementaires, n° 914, Janv-Fév 1985

 

 

 

 

Deux livres sur le DD

Ma pratique professionnelle et associative du développement durable, et la rédaction régulière de ce blog m'ont conduit à écrire deux livres sur le développement durable, édités aux éditions Ibis Press (www.ibipress.com )  Le premier dont l'objectif esst tout simplement de donner l'envie d'y aller a été publié en 2003 sous le titre Tous gagnants, la dynamique du développement durable. Il est préfacé de Michel-Edouard Leclerc, et post facé de Jean-Claude Antonini. On trouvera ci-attaché, en cliquant sur l'icone correspondante, une présentation de l'ouvrage  pr-sentation-Tous-gagnants.pdf pr-sentation-Tous-gagnants.pdf  et le dépliant (avec bon de commande) flyertousgagnants.pdf flyertousgagnants.pdf .

Coup de shamping sur le développement durable (2007) est le rassemblement des 80 premiers billets de ce blog, mis en perspective par une introduction ( intro-Coup-de-shampoing.pdf intro-Coup-de-shampoing.pdf ) et une conclusion synthétiques. Didier ADES en a rédigé la préface. On trouvera ci après la présentation de l'ouvrage texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf , et le dépliant Depliantcoupdeshampoing.pdf Depliantcoupdeshampoing.pdf
 

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