Le DD par les mots

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Un mot, un mot courant, de la vie de tous les jours, et une approche du développement durable, inspirée par ce mot. Tel est le principe de ce blog pour mieux comprendre la richesse de cette expression, née il y a plus de 20 ans et toujours mal connue.  Il faut lui donner un sens plus pratique, plus proche de la réalité quotidienne, sans pour autant lui faire perdre sa force et son caractère universel. Chaque mot, pris dans l'actualité ou au fil d'une conversation, donne l'occasion d'une réflexion sur le développement durable. Au lieu de partir du développement durable, et de tenter de l'expliquer, nous allons partir de la vie et des mots ordinaires, pour aller vers le développement durable. Près de 400 mots ont ainsi été déclinés dans l'univers du développement durable, de janvier 2006 à juin 2009. Un livre a été publié en 2007 à partir des 80 premiers mots Coup de shampoing sur le développement durable, préfacé par Didier ADES.
L'été 2009 sera l'occasion d'une mutation. Vous trouverez dans quelques mois une présentation de tous les mots têtes de chapitre, plus de nombreux autres très présents dans les textes. Un accès facile pour circuler dans l'univers du développement durable à partir de l'une ou l'autre de ces multplies portes d'entrée.
Entre temps, il n'y aura plus de chronique régulière, juste parfois des billets d'humeur. Vous trouverez aussi la liste des mots par ordre alphabétique, et la présentation, à l'occasion, de billets que j'ai l'occasion de publier sur d'autres supports.
Pour être tenu informé de la suite de ce blog sans avoir à y penser, il suffit de vous isncrire à l'aide de la case juste au dessous, en suivant les instructions. C'est très simple. A bientôt

Dominique Bidou
 

Une approche offensive

Il nous faut inventer le monde de demain, en mobilisant le plus d'énergies possible. L’approche proposée dans ce blog est résolument offensive, et fondée sur deux lignes directrices 

-  Anticiper et se placer de manière à bénéficier des changements à venir. Inventer un monde nouveau est à la fois un projet enthousiasmant, une obligation éthique et une opportunité économique.
-   Adapter le concept de développement durable à chaque cas d’espèce, en s’inspirant de recettes simples et de méthodes éprouvées à décliner dans chaque contexte. 

Les bouquets du DD

 Un bouquet pour la finance bouquet-finances.pdf bouquet-finances.pdf

Un bouquet pour les dividendes bouquet-dividendes.pdf bouquet-dividendes.pdf

Un bouquet pour la bouffe La-bouffe.pdf La-bouffe.pdf

dans la série Les péchés capitaux au service dudéveloppement durable, un bouquet pour l 'orgueil Bouquet-orgueil.pdf Bouquet-orgueil.pdf , un bouquet pour l'envie Bouquet-envie.pdfBouquet-envie.pdf , un bouquet pour l'avarice Bouquet-Avarice.pdf Bouquet-Avarice.pdf

Présentation

Mercredi 27 septembre 2006

A première vue, ce mot est agréable. Mettons tout de suite de côté les maisons de tolérance, et on arrive dans un univers de compréhension mutuelle. Ca doit être bien pour la gouvernance. A y regarder de plus près, il convient d’être plus réservé.

 

 

Faire preuve de tolérance, c’est accepter que l’autre soit différent, qu’il n’ait pas les mêmes mœurs, les mêmes dieux. On en fait souvent une vertu. Mais n’est-ce pas un peu court ? C’est bien la moindre des choses de ne pas voir le monde qu’à travers son propre prisme, son propre système de valeur. Si tolérer signifie supporter, accepter parce qu’il le faut, parce que c’est politiquement correct, on n’est pas vraiment vertueux, du moins pour le développement durable. C’est comme le mot « concilier », bien souvent entendu à propos de l’environnement et de l’économie. Concilier n’est pas un mot positif, c’est un mot minimum. Il suppose qu’au fond, les intérêts des parties sont divergents, et que l’on va trouver un arrangement. C’est bien, c’est un minimum, mais ce n’est pas avec un arrangement que l’on va enthousiasmer les foules, et les mobiliser pour explorer ensemble d’autres futurs, des futurs où chacun vivra mieux sans pour autant accentuer sa pression sur les ressources et la planète. Il faut bien sûr aller au-delà, et ne pas se contenter de cette attitude défensive de conciliation ou de tolérance, pour entrer dans une dynamique où chaque personnalité a son intérêt, où chaque particularité enrichit la collectivité. Un peu de générosité, et de curiosité, que diable ! La cohabitation doit être féconde ! L’efficacité économique doit entraîner des progrès environnementaux, qui, à leur tour, renforceront l’économie. On est alors sur la voie du développement durable, qui se joue à trois dimensions, vous le savez, à conjuguer et surtout pas à prendre séparément, les unes après les autres, en veillant tout juste à ce que la première ne fasse pas de tord aux autres, et ainsi de suite. Il ne suffit pas que « intolérance » ne rime pas avec « développement durable », pour que tolérance le fasse. Encore un effort.

 

 

La tolérance retrouve des couleurs quand on la décline dans d’autres univers. La tolérance, c’est la marge d’erreur. Bienheureuse marge qui desserre le carcan, qui ouvre finalement le droit de se tromper. L’extrême précision n’est nécessaire que pour certains objets, et un peu de souplesse ne fait pas de mal. La tolérance, c’est aussi accepter la faiblesse, la mauvaise évaluation, et on sait bien que le progrès, l’innovation, suppose bien des échecs. Le risque est inscrit dans le développement durable, et c’est pourquoi on a inventé le « principe de précaution », pour définir le risque intolérable, et adopter la ligne de conduite à tenir dans ces circonstances. (Voir les mots précaution et risque, dans ce blog, publiés les  28 février et 26 juin)

 

 

La marge d’erreur devient parfois marge de manœuvre, ou d’appréciation d’un évènement, ou d’un comportement. Quel plaisir de disposer ainsi d’une véritable liberté, qui permet d’adapter une décision aux circonstances, de ne pas être tenu à une règle trop stricte. La tolérance, c’est une confiance accordée aux acteurs de terrain, qui, au coup par coup, décident de la manière d’appliquer une règle volontairement souple. L’intelligence et la créativité sont en éveil quand elles bénéficient de cette tolérance, et la règle elle-même s’enrichit de ces pratiques libres. 

 

 

Un écueil toutefois, si la tolérance se mue en pouvoir arbitraire. L’application libre de la règle ne doit pas se traduire par la disparition de la règle, ou par une mise en œuvre fantaisiste, sans repères. Prenons un cas trivial : les nombreuses tolérances ouvertes par le code de la route. Une tolérance n’est pas un droit, et laisse l’usager dans le doute. Parfois, l’évolution est limpide et transparente, et chacun y voit une évolution des exigences communément admises. C’est le cas pour les excès de vitesse. On tolérait quelques kilomètres heure de plus que le maximum autorisé, mais la tolérance a fortement baissé, et on sait aujourd'hui qu’il ne faut pas aller beaucoup plus vite pour se faire sanctionner. C’est beaucoup plus aléatoire pour le stationnement. La « tolérance » varie d’une ville à l’autre, et d’un quartier à l’autre. Et ne cherchez pas de lignes de conduite logiques, du type plus de tolérance pour un comportement n’entraînant ni danger ni gêne, c’est le royaume de l’arbitraire, le fait du prince.

 

 

Il était judicieux de se méfier de la tolérance. C’est souvent une fausse amie, et ses qualités sont bien surfaites. Tout juste une position de repli, même si elle est déguisée en poste avancé. Nécessaire mais loin d’être suffisante, pour créer les conditions du développement durable. Son meilleur aspect est sans doute, en définitive, d’ouvrir le droit à l’erreur, et peut-être aussi un peu à la paresse.

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Lundi 25 septembre 2006

Gaz

 

 

Un drôle de mot. Parfois, il est optimiste, « ça gaze ! » ; parfois, mêlé il est vrai à un autre élément, il évoque des problèmes : il y a de l’eau dans le gaz. Un mot intéressant, par conséquent, qui tire son sens véritable du contexte où il se trouve, ce qui nous introduit bien dans l’univers du développement durable, où le relatif l’emporte sur l’absolu, où les circonstances peuvent entraîner des applications différentes des mêmes principes, pour se référer à Sun Tzu[1], encore une fois.

Le gaz occupe tout l’espace qui lui est offert, il est plus léger ou plus lourd que l’air, c’est l’air lui-même qui nous vivifie, ou il est chargé de pollutions, ou bien il attaque la couche d’ozone, réchauffe le climat et perturbe les grands équilibres sur la planète. On pourrait disserter longuement sur le gaz et ses innombrables formes et compositions, dans une évocation du développement durable. Limitons-nous pour cette chronique au gaz classique, celui qui nous fournit de l’énergie.

 C’est parfois du « bio gaz », issu de fermentation de déchets ou de boues de stations d’épuration. La photo ci-contre vous montre une splendide usine à gaz dans la région de Fribourg, en Allemagne, une des Mecques du développement durable.

 

 

 

 

          

 

 

 

 

L’exploitation agricole est aussi un fournisseur d’énergie, une double activité rentable pour le paysan et pour la collectivité. Lait et gaz, une combinaison gagnante. En France aussi le bio gaz a ses adeptes : nous en avons parlé le 17 mars dernier sur ce blog, dans une chronique inspirée du mot « boucle ». Il s’agissait des autobus de la région lilloise, qui roulent au bio gaz, pour un sixième d’entre eux.

L’actualité aujourd’hui met le gaz en vedette. C’est plus précisément l’entreprise Gaz de France qui est au cœur du débat, et de son statut. Quelle part de l’Etat, de la puissance publique, dans le capital de la société ? La question divise l’Assemblée Nationale, et provoque des échanges houleux. Il se trouve qu’elle est posée dans une période de forte hausse du prix du gaz, ce qui inquiète à juste titre des consommateurs qui craignent de ne plus pouvoir se chauffer demain. Mais la question est-elle bien posée ? Le prix est-il lié au statut de l’entreprise, ou bien à la disponibilité de la ressource dans le monde ?

Si un statut public avait pour conséquence de faire jaillir de nouveaux gisements, ça se saurait. Nous savons tous que le prix du gaz est sur une pente qui, avec sans doute des aleas, ne peut que monter. Réduire artificiellement le prix pour le consommateur ne serait pas un service à lui rendre, non plus qu’à la planète. Certes , les problèmes sociaux doivent être pris en considération, mais il ne suffit pas de colmater des brèches. C’est la lutte contre la pauvreté, c’est la qualité du parc immobilier, qui sont les vraies réponses à long terme, avec des dispositifs sociaux dont il faut espérer qu’ils ne seront nécessaires que dans un tout petit nombre de cas.

La vraie question, qui devrait être au cœur des débats, c’est la mission d’une entreprise comme Gaz de France. Il ne faut pas que la question du statut ne vienne occulter celle de la mission des entreprises qui nous fournissent l’énergie, produit à la fois nécessaire à la vie et aux activités, et source de pollutions à gros impacts, locaux et planétaires. L’énergie abondante et pas chère, c’est fini ou en voie de se terminer. C’est la donnée de base. Nous avons encore, à la surface de la planète, de grandes réserves, notamment de charbon, mais les pays comme la Chine et l’Inde vont en prélever une bonne part pour poursuivre leur développement, et c’est bien normal. La concurrence pour l’accès à la ressource va s’exacerber. Et puis ce n’est pas que la ressource qui pose problème, c’est aussi le rejet qui résulte de la production ou de l’usage de l’énergie, gaz carbonique, déchet nucléaire, altération du régime des eaux ou du paysage. L’objectif est donc de vivre aussi bien et même mieux avec moins d’énergie. Quatre fois moins d’ici 2050.  Les entreprises de ce secteur doivent être des auxiliaires de cette politique, dans un cadre défini par les pouvoirs publics.

Les fournisseurs d’énergie doivent en vendre le moins possible, et bien vivre de cette performance paradoxale. Pour y parvenir, ce n’est plus de l’énergie qui doit être vendue, mais du confort et de l’efficacité technologique. Ce dont nous avons besoin n’est pas l’énergie en elle-même, mais un éclairage de qualité, une bonne température dans nos logements et nos lieux de travail, hiver comme été, des usines performantes. C’est le service rendu par l’énergie, et le marchand de gaz, comme celui d’électricité, de charbon ou ce capteurs solaires doit viser avant tout à l’efficacité, et doit être rémunéré à cette aune.

On imagine bien que, pour une entreprise, l’objectif de vendre le moins possible son produit de référence est une révolution. Toute son organisation, ses alliances, sa stratégie, en sont affectées profondément. C’est un nouvel équilibre qu’il faut trouver, dans un contexte qui bouge vite, et une société qui bouge peut-être un peu moins vite et qui, elle aussi, doit s’adapter à une nouvelle donne. Les obligations faites depuis cette année aux grandes entreprises vendeuses d’énergie de provoquer des économies d’énergies et d’en faire la preuve, grâce à des « certificats blancs », constitue une première étape dans ce sens, et il faut à l’évidence que ces entreprises se donnent une nouvelle culture, et de nouvelles stratégies. Le meilleur statut est assurément  celui qui favorise le mieux cette évolution. Meilleur pour l’entreprise, qui y trouvera les conditions de son développement, durable bien entendu ; meilleur pour les consommateurs, qui verront le poids de la facture énergétique rester modéré malgré une envolée des prix à la production ; meilleur pour la planète dont les ressources seront économisées et dont les grands équilibres seront préservés. On aurait  aimé que le débat sur le statut de Gaz de France porte prioritairement sur ces enjeux.

 

 

 

 

 

 



[1] Sun Tzu, L‘art de la guerre, article VIII

 

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Vendredi 22 septembre 2006

Le mot vient à l’esprit à la suite de la journée du patrimoine, dimanche dernier. C’est une œuvre d’art créée de pierre, de bois, de terre ou de tout autre matériau, ou bien à partir d’épaves de voitures ou d’objets divers. Un habile recyclage. Une statue marque son époque, elle est un témoignage d’une sensibilité, ou d’une personnalité. Elle s’inscrit dans le temps.

C’est parfois la statue du commandeur, une bonne conscience, un rappel au règlement. Ces différents angles d’attaque pourraient être repris dans une optique « développement durable », mais je vous propose une autre approche.

Nous sommes dans l’île de Pâques, dont les statues sont célèbres. C’est une île pelée, balayée par les vents, et aux côtes assez rudes. Bien peu hospitalière, elle a compté, selon les archéologues cités par Jared Diamond[1], entre six mille et trente mille habitants. Comment une telle population a-t-elle pu ériger autant de statues, et aussi lourdes ? A cause de ses excédents agricoles d’une part, et de leur isolement d’autre part. 

Les excédents agricoles (déjà !) sont le résultat de progrès technologiques. On couvrait les sols de pierres, qui retenaient l’humidité et régularisaient la température de la terre, comme un « paillage » chez nous,  et les plantes poussaient entre les pierres. Cette technique a permis d’augmenter fortement les rendements agricoles, en multipliant par quatre la production en moyenne. Une belle performance, qui a permis un fort accroissement de la population, sur une île d’où ils ne pouvaient partir. Le progrès a libéré des énergies, et celles-ci se sont investies dans des tâches nouvelles. La guerre, qui aurait pu opérer une régulation économique, devait être difficile, sur un petit territoire sans reliefs marqués, et avec, semble-t-il, un chef suprême au dessus des différents barons qui dominaient une douzaine de secteurs.  Pas d’agressions extérieures non plus, pour mobiliser des forces, et tenir occupés les Pascuans. Il fallait bien s’activer, et les conditions d’émergence de nouvelles activités étaient réunies. Les statues sont nées de cette situation.

Des chercheurs ont calculé le besoin alimentaire de tous ceux qui ont travaillé aux statues, tout au long de la chaîne : « le travail nécessaire à leur construction fit augmenter les besoins alimentaires de la population de l’île de paques d’environ 25% au cours des trois cents ans correspondant à la période intensive de production »[2]. Ce n’est pas rien, un quart de la production agricole. Il fallait que celle-ci soit bien abondante, pour parvenir à répondre à tous ces besoins. Alfred Sauvy, dans la Théorie générale de la population[3], décrit très bien les mécanismes de progrès, qui dégagent du temps libre, temps non nécessaire à la survie du groupe, et qui va être mis à profit pour de nouvelles activités, religieuses, culturelles, artistiques. Ce sont les progrès dans les techniques culturales qui ont permis aux pascuans d’élever leurs statues. Le blocage de la disponibilité de main d’œuvre avait sauté, il ne semblait plus y avoir de « facteur limitant ».

La suite a montré qu’il en était rien. Il y avait un autre facteur limitant, qui a été oublié, et qui s’est révélé fatal à cette civilisation. Bien que de pierre, les statues ont consommé beaucoup de bois. Pâques, qui n’abrite aujourd’hui que des arbustes, était couverte à cette époque d’une végétation luxuriante. On y trouvait des nombreux palmiers, dont une variété imposante, qui a du être le plus gros palmier du Pacifique. Il a été mis à contribution pour l’acheminement des statues. Une faune et une flore très variée, beaucoup plus que maintenant, rendaient l’île verdoyante. Elle n’en restait pas moins fragile, du fait de son exposition aux vents, de la nature de ses sols, qui produisait un rythme assez lent pour le renouvellement de la végétation, et notamment des grands palmiers. L’accroissement de la population a bien dû se traduire par une augmentation des coupes d’arbres, pour faire la cuisine, pour fabriquer des pirogues pour a pêche, et bien d’autres usages parmi lesquels la construction de rails pour faire glisser les statues du site d’extraction vers la plate forme sur laquelle elle allait être érigée.  La disparition progressive de la forêt a entraîne une baisse des rendements agricoles, et la spirale de la crise se met en place. Les cultes associés aux statues sont rejetés, tout comme l’aristocratie et les prêtres qui n’ont pas su protéger le peuple des calamités dont ils sont les victimes. Les troubles sociaux se multiplient, et accélèrent la chute.

Dans la chronique du 28 juillet, intitulée « Bonheur », j’évoquais les conclusions de la new economics foundation (nef) de Londres, sur les îles états, dont la configuration et les contraintes les portaient à une meilleurs prise en compte de l’environnement. L’indice «appelé « happy planet index » obtenait dans ces pays des niveaux supérieurs à ceux des pays continentaux. L’exemple de Pâques, où il semble bien que les arbres ont bien été abattus jusqu’au dernier par les Pascuans, montre à l’inverse la difficulté de changer de cap, d’abandonner ses valeurs, et de s’adapter à de nouvelles condition, même sur un univers bien délimité. C’est le défi du développement durable, à relever à l’échelle de la planète.

 

 



[1] Dans son remarquable ouvrage dont je m’inspire largement pour cette chronique, Effondrement, Comment les société décident de leur disparition ou de leur survie, NRF essais, Gallimard, 2006

 

[2] Jared Diamond

 

[3] PUF, 1956

 

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Lundi 18 septembre 2006

Nous sommes toujours en négociation. Il s'agit d'un virage ou d'un achat. C'est le piéton sur les passages protégés qui négocie du regard avec l'automobiliste, pour savoir qui passera le premier ; c’est l'enfant qui tente d'obtenir une faveur de ses parents, ou l'élève qui négocie avec le professeur pour améliorer sa note ou atténuer une sanction, etc.

 

Le terme même de négociation signifie bien que la vérité n'est pas absolue, que l'équilibre n'est pas définitif, et que la décision s'inscrit dans le cadre d'une relation. L'existence de cette relation, et sa qualité constituent des atouts incontournables pour le bon fonctionnement des sociétés, leur absence ou leur médiocrité de véritables handicaps. Deux écueils sont à éviter : la rigidification du système relationnel, qui enferme les acteurs dans des rôles convenus, et qui bloque toute initiative, empêche la recherche de solutions originales, et en définitive conduit à une « société bloquée » ; à l'inverse, un système relationnel amorphe ouvrirait la voie à la loi du plus fort, et fermerait ainsi toute possibilité d'une véritable négociation.

 

Une vraie négociation, productive, suppose en effet un équilibre entre les protagonistes, une écoute et un respect mutuel, et surtout la volonté commune de trouver une issue favorable à toutes les parties. Un bon contrat est un contrat où tout le monde est gagnant. La « bonne gouvernance » consiste notamment à créer des conditions favorables pour cette négociation. Deux volets complémentaires pour cela : des échanges fructueux entre les acteurs, au cas par cas, mais aussi la définition et la reconnaissance d'orientations communes, d'un système de valeur, au sein de la communauté concernée. Le « contrat social » est la traduction classique de ce deuxième volet. Il est lui-même en négociation constante : le monde change, les autres communautés (autre pays, autre profession, etc.) aussi, et les évènements qui se produisent ne sont pas tous prévisibles. La raréfaction d'une ressource, l'arrivée massive de populations de cultures et de modes de vie différents, la diffusion du téléphone portable, sont autant d'évènements qui viennent bouleverser les habitudes, et demandent en permanence des ajustements du « contrat social ».

 

Il y a une multitude de contrats sociaux, selon les échelles et la nature des communautés. Entre les pays et les groupes de pays, le Nord et le Sud par exemple, et entre des groupes sociaux d'un même pays, au sein d’une entreprise, d’une collectivité. Un programme électoral est une sorte de contrat social, et ceux qui se moquent des promesses, ou en produisent inconsidérément, dégradent le concept même d’un engagement réciproque.

 

Les coups de canif aux contrats prennent des formes multiples : traités inégaux, déséquilibres persistants dans les échanges commerciaux ou culturels, mauvaise répartition criante de bénéfices, abus de confiance, exploitation sans vergogne de situations dominantes, etc. Au début, tout cela n’est pas bien grave, ça fait partie des choses de la vie, on passe l’éponge. Mais au bout d’un certain temps, c’est le contrat social qui est rompu, et on change de régime. Chacun se replie sur ses positions, et le rapport de forces devient la règle. La créativité, fille de la coopération entre acteurs, en est bien affectée. Elle ne s’effondre pas d’un coup, mais elle est mal nourrie, elle s’étiole, et finit par n’être que l’ombre d’elle-même.

 

Chacun dans son camp va chercher à se rassurer, à se raccrocher à ses valeurs qui vont alors devenir un refuge. Quand le négocié s’effrite, c’est le sacré qui monte en puissance, des valeurs absolues qui ne se discutent pas. La fin du contrat social, c’est la porte ouverte aux intégrismes de toutes natures, dangereux aussi bien pour leurs adeptes que pour la vie sociale. Les communautés se replient sur elles-mêmes, la tolérance devient un idéal hors de portée. L’intégrisme peut être religieux, il peut aussi prendre d’autres formes, l’intégrisme de l’ingénieur, du commercial, du philosophe, du juriste, de l’économiste, le tout combiné avec des chapelles qui s’affrontent dans la plus grande stérilité. Chaque intégrisme a ses dogmes, ses vérités révélées, ses prêtres et ses deniers du culte. C’est la victoire du repli et de l’absolu, dans un monde où l’ouverture et le relatif devraient être roi.

 

La montée des extrémismes religieux, des intégrismes inspirés des grandes religions, s’inscrit sans doute dans ce contexte. Les grands déséquilibres mondiaux, qui perdurent depuis des décennies et qui sont, grâce à la télévision et Internet, de plus en plus criants, ont conduit les déçus, ceux qui avaient espéré voir leur sort s’améliorer alors qu’il se dégrade (parfois réellement, parfois en comparaison avec d’autres catégories de population), vers des comportements d’abandon ou de révolte qui se nourrissent de références absolues, notamment religieuses dans les formes les plus intégristes.

 

Dans les pays industrialisé, la hausse systématique de la cote boursière des entreprises qui annoncent des plans sociaux traduit un divorce entre les intérêts des actionnaires et des salariés : leur « contrat » est bien mal en point, la confiance, nécessaire pour progresser et créer des richesses nouvelles, est durement touchée. Les nécessaires changements, l’évolution de l’entreprise, avec une productivité qui se renforce, peuvent bien sûr conduire à des baisses d’effectifs, et c’est normal dans une société vivante, dont les besoins se transforment rapidement. Le contrat social implique que chacun bénéficie de ce succès, et que les changements soient gérés au profit de tous. C’est souvent ce qui se passe, mais on n’en parle guère et l’impression domine qu’il y a des gagnants et des perdants, avec en fond de décor un monde de gentils et de méchants. Les « patrons voyous », mais il y a aussi des salariés voyous, et des complicités entre voyous, coûtent cher en termes de développement durable, avec leur politique de terre brûlée, et d’assèchement des gisements de créativité comme de ressources naturelles.

Le développement durable n’est pas révélé. Il ne peut être décrit dans l’absolu, et offrir ainsi une référence sacrée, intangible. C’est un défi qui nous est lancé, qui doit susciter de l’enthousiasme et un engagement collectif. La « bonne gouvernance »  est nécessaire pour transformer cette énergie en créativité, et en réalisations dont chacun tire profit, tant pour sa dignité que pour son bien-être. Le dialogue et la négociation sont au cœur du développement durable.

 

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Jeudi 14 septembre 2006

La géométrie est une science formidable. Elle a évidemment des réfractaires, mais c'est sans doute dû à des erreurs ou des maladresses dans la manière de l'enseigner, car elle nous invite avant tout à comprendre l'agencement des choses, leurs relations, et cela tout simplement avec nos yeux, qui deviennent en la circonstance les pourvoyeurs privilégiés de notre intelligence. De nombreux problèmes, en mathématiques, peuvent se résoudre en les décomposant en tranches, et en décortiquant la mécanique propre à chacune de ces tranches et leur agencement. Et on fait tourner des modèles, avec force calculs, pour élaborer une solution et parvenir à des résultats. Ceux-ci sont justes, bien sûr, mais restent bien abstraits, car se sont avant tout les fruits d'un calcul. L'autre manière, dite « géométrique », est la plus élégante, et consiste à trouver la solution à partir de l'intelligence d'une figure, de la compréhension fine des relations entre ses éléments. Outre l'élégance de cette solution, elle permet de comprendre la signification profonde des résultats, et de la faire partager. Transposée du champ des mathématiques vers le champ plus vaste et multiforme des choses de la vie, petites et grandes, l'approche par la vision d'ensemble et la compréhension du système est autrement plus efficace et « gouvernante » qu'une approche strictement technicienne, qui ne serait qu'une accumulation de raisonnements partiels, certes justes, mais bien difficiles à faire comprendre. Gardons cette dernière plutôt en dispositif de contrôle, de vérification, voire de mesure des progrès accomplis.

 

 

Dans l'actualité récente, la géométrie semble avant tout variable. C'est ce qui vient à l'esprit quand on observe les discours sur les investissements étrangers, les OPA, le nucléaire, et bien d'autres choses encore comme la détention préventive. Le développement durable nous invite à faire preuve d'adaptabilité, à privilégier la réversibilité, mais en marine les louvoiements sont associés à un cap à tenir, et ne traduisent qu’une tactique pour progresser dans une direction donnée malgré des vents contraires. Cette tactique suppose une bonne connaissance des éléments, des courants, des vents et des marées, parfois des fonds marins et aussi du navire et de son équipage. Elle traduit une vision d'ensemble et la recherche d'une cohérence entre tous les éléments pour atteindre une destination. C'est cette cohérence qui permet de distinguer adaptabilité et arbitraire, ou encore réversibilité et opportunisme. Adaptabilité et réversibilité sont deux vertus cardinales du développement durable, qu'il convient de solliciter pour tirer les enseignements de la réalité observée et vécue. Elles n'exonèrent pas, bien au contraire, d'une recherche permanente de consensus sur la destination, sur les valeurs à promouvoir, et la signification des choix retenus. Deux exemples récents témoignent de la difficulté de l'exercice.

 

 

L'acier est à l'ordre du jour ou plutôt ARCELOR, fleuron de notre industrie. Il y a quelques mois, c'était l'euphorie, car on se réjouit facilement en France quand une entreprise française ou européenne à forte connotation française, comme ARCELOR, s'empare d'une société étrangère. ARCELOR absorbe une compagnie canadienne. Un bel exploit ! Peu après, c'est la douche froide. Notre champion est menacé de se faire avaler par une autre société, indienne cette fois-ci. Alors, on se lamente, et on s'inquiète. Le patriotisme est appelé à la rescousse, comme pour Danone, on s’en souvient encore, même si on se demande s’il ne s’agissait pas d’un coup monté de toutes pièces. Le principe même de l'OPA, utilisé hier au profit d'intérêts nationaux, devient subitement nocif. Où est l'erreur ? Continuons. Pour résister à l’assaut de l’Indien, on cherche des alliers, une société Russe en l’occurrence, qu’on laisse tomber sans vergogne quand les enchères ont assez monté. Il paraît que ce sont les affaires ! On a du mal à trouver dans ces grandes manœuvres la marque d’un objectif d’intérêt général, qui explique ces revirements d’un jugement absolu à un autre.

 

 

Le nucléaire civil. Le discours officiel est toujours très enthousiaste. Ce serait l'avenir, même s'il faut laisser une place aux énergies renouvelables. C’est l’énergie en quantité sans effet de serre. Une véritable aubaine. Mais ça coûte cher, et il faut amortir la technologie. C'est aussi l'occasion de gros marchés à l'exportation. Le nucléaire civil ne peut se développer sans s'exporter. Mais il y a ce lien étroit avec le nucléaire militaire. Nous le savons bien, nous, en France, où l’on a abandonné une filière « nationale », graphite-gaz, parce qu’elle ne permettait justement pas d’obtenir d’uranium enrichi dont nous avions besoin pour notre bombe. Les mêmes technologies servent aujourd’hui à fournir la matière première des bombes et des centrales, l'uranium enrichi. C’est le point faible du nucléaire civil, au de là des problèmes d'environnement : c'est une technologie non exportable, compte tenu de ce lien incontournable avec le nucléaire militaire, et du caractère instable des univers politiques de certaines régions du monde. Des traités devraient éviter ces problèmes, mais l'expérience montre que l'on ne peut pas leur apporter une grande confiance. Le discours officiel est schizophrénique. D'un côté les mérites du nucléaire civil, avec une forte tendance à l'exporter, de l'autre un besoin fantastique de contrôle, avec les questions d'indépendance ou d'ingérence qui en résultent. Comment en effet imposer à un pays d’accepter de rester éternellement dépendant de fournisseurs, qui détiendraient alors un puissant moyen de pression et d’ingérence sur toutes ses politiques ? Le nucléaire civil est condamné à exporter, pour des raisons financières, mais l’exportation est impossible, pour des raisons de sécurité. Comment sortir de cette contradiction ? Une technique qui comporte en soi le germe de sa propre fin ne peut connaître de développement durable, à moins d’un recours à des expédients, ou des leurres pour masquer cette contradiction originelle. Peut-on raisonnablement fonder notre avenir énergétique sur une vérité à géométrie variable ?

 

 

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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quelques articles et ouvrages

Vous trouverez ci-dessous une liste de mes principaux articles, rapports et ouvrages sur le développement durable
- Rendre les villes intenses, Revue Urbanisme, septembre octobre 2008 Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf
- 11 recettes pour le développement durable, chroniques publiées dans le magazine CyberArchi www.cyberarchi.com de janvier 2007 à juin 2008,11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf 11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf
- Le risque, composante du développement durable, La part du risque, septembre 2008, http://www.lapartderisque.fr/Le-risque-composante-du.html  
 - Le développement durable : une logique de dépassement, Revue politique et parlementaire, numéro hors série Le Grenelle de l'environnement, avril 2008 le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf
- De bonnes recettes pour le développement durable, communication à l’académie d’architecture, 6 mars 2008Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf
- Pour le développement durable : une défense solide, une attaque créative, Préventique, n° 97, janvier-février 2008Article-dans-Pr-ventique.pdf Article-dans-Pr-ventique.pdf
- La haute qualité, une bonne recette pour le développement durable, Qualitique, n° 193, décembre 2007
article-dans-qualitique.pdf article-dans-qualitique.pdf

- Coup de shampoing sur le développement durable - Ibis press, 2007  www.ibispress.com  Voir rubrique ci-dessous

- La qualité environnementale des opérations d’aménagement, Etudes foncières, n° 127, Mai-juin 2007 artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf

- Développement durable, XXIème siècle : un défi pour les économistes, Sociétal n°53,

juillet 2006 Soci-tal--version-publi-e.pdf Soci-tal--version-publi-e.pdf

- Éthique et construction, revue « profession achat » n°20, déc 2005 – Janvier 2006

- La science des systèmes : un levier pour le développement durable, communication au congrès européen de systémique, Paris, 19 septembre 2005

 

- La HQE, une dynamique en marche, in Nouveaux paris, la ville et ses possibles, sous la

 

direction de Nicolas Michelin, Picard 2005

- Les inégalités écologiques en milieu urbain (avec col.) Inspection générale de l'Environnement et Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- Le développement durable, un nouvelle frontière pour les services déconcentrés de l’Etat, (avec Dominique Schneider et col.) Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- L'air, in revue Passages, Panorama 2004 du développement durable, édition spéciale n°1,

décembre 2004

- Tous gagnants, la dynamique du développement durable – Ibis press, 2004 www.ibispress.com Voir rubrique ci-dessous

- Une démarche de progrès pour le bâtiment, Constructif, novembre 2003

- Une gestion « sociétale » des entreprises, Entreprise éthique, avril 2002

- Un moteur de modernisation, revue politique et parlementaire, mars-avril 2000

- Environnement et développement économique, in Poursuivre la décentralisation, Editions Pouvoirs locaux, 1994

- Le livre vert de l’écologie urbaine dans la construction et l’habitat, ministère de l’Equipement, 1993 Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc

- Écologistes : le malentendu, revue politique et parlementaires, n° 914, Janv-Fév 1985

 

 

 

 

Deux livres sur le DD

Ma pratique professionnelle et associative du développement durable, et la rédaction régulière de ce blog m'ont conduit à écrire deux livres sur le développement durable, édités aux éditions Ibis Press (www.ibipress.com )  Le premier dont l'objectif esst tout simplement de donner l'envie d'y aller a été publié en 2003 sous le titre Tous gagnants, la dynamique du développement durable. Il est préfacé de Michel-Edouard Leclerc, et post facé de Jean-Claude Antonini. On trouvera ci-attaché, en cliquant sur l'icone correspondante, une présentation de l'ouvrage  pr-sentation-Tous-gagnants.pdf pr-sentation-Tous-gagnants.pdf  et le dépliant (avec bon de commande) flyertousgagnants.pdf flyertousgagnants.pdf .

Coup de shamping sur le développement durable (2007) est le rassemblement des 80 premiers billets de ce blog, mis en perspective par une introduction ( intro-Coup-de-shampoing.pdf intro-Coup-de-shampoing.pdf ) et une conclusion synthétiques. Didier ADES en a rédigé la préface. On trouvera ci après la présentation de l'ouvrage texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf , et le dépliant Depliantcoupdeshampoing.pdf Depliantcoupdeshampoing.pdf
 

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