Le DD par les mots

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Un mot, un mot courant, de la vie de tous les jours, et une approche du développement durable, inspirée par ce mot. Tel est le principe de ce blog pour mieux comprendre la richesse de cette expression, née il y a plus de 20 ans et toujours mal connue.  Il faut lui donner un sens plus pratique, plus proche de la réalité quotidienne, sans pour autant lui faire perdre sa force et son caractère universel. Chaque mot, pris dans l'actualité ou au fil d'une conversation, donne l'occasion d'une réflexion sur le développement durable. Au lieu de partir du développement durable, et de tenter de l'expliquer, nous allons partir de la vie et des mots ordinaires, pour aller vers le développement durable. Près de 400 mots ont ainsi été déclinés dans l'univers du développement durable, de janvier 2006 à juin 2009. Un livre a été publié en 2007 à partir des 80 premiers mots Coup de shampoing sur le développement durable, préfacé par Didier ADES.
L'été 2009 sera l'occasion d'une mutation. Vous trouverez dans quelques mois une présentation de tous les mots têtes de chapitre, plus de nombreux autres très présents dans les textes. Un accès facile pour circuler dans l'univers du développement durable à partir de l'une ou l'autre de ces multplies portes d'entrée.
Entre temps, il n'y aura plus de chronique régulière, juste parfois des billets d'humeur. Vous trouverez aussi la liste des mots par ordre alphabétique, et la présentation, à l'occasion, de billets que j'ai l'occasion de publier sur d'autres supports.
Pour être tenu informé de la suite de ce blog sans avoir à y penser, il suffit de vous isncrire à l'aide de la case juste au dessous, en suivant les instructions. C'est très simple. A bientôt

Dominique Bidou
 

Une approche offensive

Il nous faut inventer le monde de demain, en mobilisant le plus d'énergies possible. L’approche proposée dans ce blog est résolument offensive, et fondée sur deux lignes directrices 

-  Anticiper et se placer de manière à bénéficier des changements à venir. Inventer un monde nouveau est à la fois un projet enthousiasmant, une obligation éthique et une opportunité économique.
-   Adapter le concept de développement durable à chaque cas d’espèce, en s’inspirant de recettes simples et de méthodes éprouvées à décliner dans chaque contexte. 

Les bouquets du DD

 Un bouquet pour la finance bouquet-finances.pdf bouquet-finances.pdf

Un bouquet pour les dividendes bouquet-dividendes.pdf bouquet-dividendes.pdf

Un bouquet pour la bouffe La-bouffe.pdf La-bouffe.pdf

dans la série Les péchés capitaux au service dudéveloppement durable, un bouquet pour l 'orgueil Bouquet-orgueil.pdf Bouquet-orgueil.pdf , un bouquet pour l'envie Bouquet-envie.pdfBouquet-envie.pdf , un bouquet pour l'avarice Bouquet-Avarice.pdf Bouquet-Avarice.pdf

Présentation

Mardi 31 octobre 2006

En cette période de vacances scolaires, et compte-tenu de la perte d'influence des sorcières, revenons à des valeurs sures, l'éléphant, tellement bien popularisé par Babar, le roi des éléphants. Nous parlerons donc d'éléphants et de développement durable.

L’éléphant est une espèce protégée. C’est aussi une ressource, pour des pays qui ont de nombreux besoins, et qui, traditionnellement et avec des moyens bien modestes, exploitaient cette ressource pour vivre. C’est comme le cochon sous nos latitudes, dans l’éléphant tout est bon !  Mais tout le monde ne le voit pas comme ça. La richesse des éléphants est bien sûr leur faiblesse, leurs défenses, l’ivoire. La chasse sauvage, laissant sur le sol la bête entière après qu’on lui ait juste arraché son ivoire, a fortement réduit des populations. Il a fallu protéger cette espèce, et interdire le commerce de l’ivoire. Voilà comment on a stérilisé une ressource. Pouvait-on faire autrement ? Au début, non, la protection totale était indispensable pour arrêter l’hémorragie, et assurer la survie de l’espèce, mais faut-il la maintenir éternellement ? N’est-il pas possible d’allier la protection de l’environnement et le développement local ? Une protection qui réussit doit nécessairement évoluer. Les populations protégées s’accroissent, et souvent au-delà de ce que le milieu autorise, car les phénomènes de régulation sont faussés. Il faut donc bien, une fois la population reconstituée, envisager de lever la protection, ou du moins, l’alléger. Le braconnage n’est pas la seule cause de la diminution du nombre d’éléphants, la dégradation de leur milieu de vie, de leur habitat, les perturbations de leurs routes de migrations, sont aussi en cause, et il ne s’agit que d’une espèce convalescente, il serait dangereux de revenir brutalement à la situation antérieure. Mais il s’agit d’une ressource importante dans des pays pauvres, et on ne peut l’oublier.

 

Gérard Sournia , auteur, de l'ouvrage '' Des Éléphants, des hommes et de l'ivoire'' [1], propose d’autres pistes, pour allier protection et développement : « Au cours de cette période de relative accalmie que constituèrent les années d'interdiction, des centaines de milliers de kilos d’ivoire s’entassaient dans les entrepôts, représentants aux yeux des dirigeants africains une ressource naturelle valorisable : quelle alternative, quelle réponse économique à cet enjeu écologique leur avons-nous offerte ? Le Japon, grand gagnant de la reprise du commerce, reconstitue ses stocks d’ivoire menacés d’érosion, répondant à la demande de son puissant lobby pro-ivoire et pour faire tourner l’industrie et l’artisanat local : quelles en sont les retombées concrètes pour l’Afrique ? N’y avait-il pas un champ de négociations à exploiter, une réflexion plus approfondie à mener ? Ne pouvait-on privilégier la solution conduisant à un travail local de l’ivoire, un travail créateur d’emplois ; cette solution constituant une opportunité, une occasion de mettre en pratique le transfert de technologie, permettant des plus-values, dont les bénéfices auraient pu être reversés à un fonds pour la nature, géré, à parité, avec les institutions pouvant se porter garantes de cette procédure et qui auraient ainsi permis de suivre, sans trop de difficultés, l’ensemble de la filière commerciale ? Nombre de pays africains y étaient favorables. Pourquoi ne pas avoir mis les organisations internationales et les pays asiatiques devant leurs responsabilités ? A ceux qui considèrent irréaliste une telle mesure doit-on rappeler que lors de l’interdiction du commerce de l’ivoire, les Japonais (encore eux), paniqués par le spectre de la pénurie, négocièrent avec les Russes l’achat d’ivoire de mammouth ; les négociations furent ardues ; l’accord se fit sur la base d’une baisse des prix de vente, compensée par l’apport de capitaux japonais en vue de transférer le travail de l’ivoire de mammouth à des artisans locaux »[2]. Toute approche trop ciblée sur un seul objectif contient sa propre limite. Le développement durable nous conduit à croiser plusieurs dimensions, à rechercher plusieurs objectifs à la fois, et parfois à tenter de sortir de contradictions « par le haut ». Les éléphants, victimes de leur ivoire, et avec eux les populations africaines qui vivent à leur contact, nous le rappellent avec force.

 

Gérard Sournia note d’ailleurs une contradiction, ou au moins une curiosité, concernant d’autres éléphants : « S'agissant de nos responsables politiques, et en particulier de ceux du PS, les commentateurs font régulièrement référence, aux '' Éléphants ''.

 

Cette analogie est pour le moins curieuse, car l'organisation sociale de la gente éléphantine contredit cette image : cette espèce, la plus imposante de la faune terrestre, obéit, en effet, à des règles de vie essentiellement régies par le système matriarcal.

 

C'est traditionnellement toujours une femelle, déjà expérimentée et ayant donné naissance à plusieurs petits, qui assure le commandement d'un large groupe familial, uniquement composé de femelles de tous âges et de jeunes mâles, non encore reproducteurs. Les mâles adultes sont exclus de cette unité sociale ; ils se regroupent alors en hardes de célibataires d'où émerge, le moment venu, celui qui aura le droit de réintégrer, pour un laps de temps très court, le groupe de la matriarche, pour les besoins de la reproduction. Les très vieux mâles sont, quant à eux, le plus souvent voués à la plus grande solitude, après avoir été chassés du clan des célibataires.

 

En fin de vie (si l'homme ne l'a pas abrégée, ce qui est le plus souvent le cas), tout ce beau monde se retrouve au bord des cours d'eau ou des marais, où ils finissent leur existence, formant ainsi les fameux cimetières d'éléphants. »

 

 



[1] Éditions Sang de la terre, 2000

[2] Extrait de « Tous gagnants, la dynamique du développement durable », Dominique Bidou , Editions Ibis Press, 2004

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Jeudi 26 octobre 2006

Il faudra bien parvenir à vivre essentiellement du flux, et arrêter un jour de prélever sur un capital dont on voit aujourd’hui les limites. Les bilans tels que l’empreinte écologique[1] nous montrent que depuis quelques années nous utilisons plus de ressources que la planète n’en produit par les cycles naturels. Une telle attitude ne peut tenir éternellement, même si certaines réserves sont encore abondantes. Nos descendants nous en voudrons terriblement si nous ne changeons pas d’attitude, et ils auront bien raison.

 

 

Cette économie fondée sur les flux de matières existe déjà dans certains secteurs. Le bois nous en offre une belle illustration.

 

 

Il faut d’abord que le bois se renouvelle effectivement, et que l’on ne tire pas sur un stock au delà de ses capacités de régénération. La question est souvent posée pour d’autres ressources, comme les poissons, mais elle existe pour le bois aussi, surtout dans les forêts fragiles. On parle beaucoup des forêts tropicales, à juste titre. Les sols mis à nu s’érodent rapidement, et la repousse des arbres après une exploitation trop radicale est souvent impossible, ou alors ce ne sont pas les mêmes arbres. Pour citer une nouvelle fois le livre de Jared Diamond, Effondrement[2], signalons que les arbres que les premiers colons polynésiens trouvèrent sur l’île de Pâques étaient immenses : le palmier le plus grand des l’Amérique du Sud était pascuan. Mais il n’en reste que des traces, et le résultat de quelques siècles d’une brillante civilisation est la disparition du seul matériau qui permet de faire des navires. Embêtant pour une île loin de tout continent ! Les terrains fragiles ne sont pas l’apanage du Sud. Jared Diamond nous décrit l’évolution de l’Islande au temps des vikings, et ce n’est guère mieux. On a depuis pris conscience de ces dangers, et les forestiers peuvent adopter des méthodes « durables » de gestion de leur patrimoine, assurant la préservation de la ressource. Plusieurs labels[3] couronnent ces efforts, et signalent à l’utilisateur de bois que son origine est conforme à ces principes.

 

 

 

 

Le bois disponible chaque année du fait de la croissance des arbres a de nombreux usages. Et il ne faut pas oublier pour autant les autres utilités de la forêt, la richesse biologique, la régulation du régime des eaux, la lutte contre l’érosion des sols, le plaisir de s’y promener et de cueillir des champignons. Revenons aux usages du bois. Le plus important en volume est la construction, pour environ la moitié, et ensuite viennent l’emballage, l’ameublement, le papier, le bois de feu, et enfin les poteaux et les usages industriels.  Beaucoup d’usages, d’acteurs, de logiques différentes, avec des situations de départ et des dynamiques variables. Il s’agit de faire en sorte que tout le monde soit gagnant, et que le succès d’une filière favorise celui des autres. C’est ça le développement durable, l’exploitation de la complémentarité. Une bonne gouvernance des filières est nécessaire, avec des actions fortes de soutien à celles qui semblent des locomotives potentielles pour les autres. Jetons un coup d’œil rapide sur deux de ces filières, la construction et le bois de feu.

 

 

 

 

Le bois comme matériau de construction permet de stocker le carbone : une tonne de bois contient une demi tonne de carbone. Il est économe en énergie tout au long de sa  chaîne de fabrication. C’est pourquoi la loi sur l’air, votée en 1996, prévoit des obligations à insérer du bois dans les bâtiments. On constate depuis quelques années une augmentation du nombre de maisons individuelles en bois double de celle des maisons individuelle en général (+46% contre + 18% depuis 2001). Le bois a encore bien des progrès à faire, puisqu’il ne représente malgré cela que 4% des maisons neuves aujourd’hui, alors que son potentiel est évalué à 20%.  La gouvernance de cette politique prend la forme d’un plan de développement du bois dans la construction, signé pour 10 ans (2000 – 2010) entre les pouvoirs publics et les professionnels[4]. La photo ci-jointe[5] du collège HQE Mirecourt dans les Vosges (Architecte : ARCHITECTURE-STUDIO), par ailleurs primé au concours « habitat solaire, habitat d’aujourd’hui », illustre cette volonté d’inscrire du bois dans les ouvrages.

 

 

 

 

Le « bois énergie » connaît lui aussi une forte croissance. La ressource forestière utilisable pour l’énergie est estimée à 50 Mm3 par an, soit une vingtaine de super pétroliers par an (7millions de tonnes d’équivalent pétrole), à brûler dans des poêles et des chaudières, individuelles ou collectives. Un programme animé par l’ADEME[6] pour organiser les filières en 2000-2006 donne des résultats au-delà des prévisions : 1400 chaufferies collectives et tertiaires ont été financées par l’ADEME en 2005, et 480 chaufferies industrielles. Des inserts aux très bons rendements ont été mis sur le marché, et le nombre d’appareils vendus s’est envolé : une hausse de près d’un quart entre 2004 et 2005 ! Enfin une croissance à deux chiffres ! Une ombre au tableau toutefois : le coût encore trop élevé des chaudières, non compensée par économies de combustible, ce qui entraîne souvent le recours à des aides publiques. On n’est qu’au début du renouveau de cette source d’énergie, dont la modernisation avance rapidement, et co-habite avec des formes traditionnelles, qui ont toujours existé et persistent encore.

 

 

 

 

Le développement des différentes filières du bois permet de dynamiser la forêt, avec des résultats bons pour l’économie et l’environnement. Plus de 500 000 emplois, presque autant que le secteur de l’automobile, répartis sur l’ensemble du territoire, et stockage du gaz à effet de serre : en France, la forêt absorbe chaque année 12% du CO² émis. On est bien sur la voie du développement durable.

 

 

 

 

 

 



[1] Voir la chronique « Hectare » du 28 juin 2006

 

 

[2] Jared Diamond, Effondrement, Comment les société décident de leur disparition ou de leur survie, NRF essais, Gallimard, 2006, déjà cité dans la chronique « Statue », du 22 septembre 2006.

 

 

[3] On trouvera notamment les informations utiles sur ces labels dans la « Notice d’information sur les outils permettant de promouvoir la gestion durable des forêts dans les marchés publics de bois et produits dérivés » accessible sur http://www.ecoresponsabilite.ecologie.gouv.fr/IMG/notice.pdf

 

 

[5] Photo : C.BOURGEOIS

 

 

[6] ADEME, agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, www.ademe.fr

 

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Mercredi 25 octobre 2006

Un mot plein de mystère, qui évoque les catacombes et les chauves-souris, quand ce n’est pas la musique « underground ». Nous sommes déjà au cœur du développement durable, avec plusieurs approches caractéristiques : les  carrières, donc ressources ; des lieux de réunion et de refuge, deux fonctions importantes pour une société qui veut « durer » ; la richesse biologique, la création culturelle. Le champ est vaste, et il faut choisir : consacrons cette chronique à la dimension souterraine de la ville, à l’occasion du récent colloque de l’AFTES[1] : « Ville durable : quelle contribution du sous-sol ? » Du bon usage des souterrains dans la « ville durable ».

 

 

Les villes poussent effectivement en trois dimensions, mais la troisième, la hauteur, n’est le plus souvent perçue qu’au dessus du sol. Le sous-sol est oublié, alors qu’il constitue un milieu à part entière, avec ses caractéristiques physiques et biologiques : résistance à la pression, nappes et rivières souterraines, cavités, matériaux, vie animale et végétale. C’est dans le sous-sol que les arbres plongent leurs racines, aux côtés des nombreux réseaux que l’on a enfouis sous les trottoirs. Pour ouvrir véritablement le champ du possible, et trouver de nouveaux espaces dans les centres urbains, pourquoi ne pas explorer les possibilités offertes par le sous-sol ? A condition de le connaître et de le respecter, car ce n’est pas une ressource renouvelable, et il est en quantité accessible faible, si on l’exploite dans les lieux les plus sensibles, déjà fortement urbanisés, là où on a justement besoin de cet espace, et où il vaut très cher, ce qui justifie qu’on aille voir plus profond.

 

 

Le sous-sol est plein de ressources. Il procure des matériaux et de l’eau ; il apporte de l’énergie, soit qu’il contienne des réserves d’eau chaude pour la géothermie, soit tout simplement par son inertie thermique. La température du sous-sol étant constante à partir d’une certaine profondeur, quelques mètres, on peut réchauffer l’air des maisons pendant l’hiver, ou le refroidir pendant l’été, en le faisant parcourir des canalisations enterrées avant de le diffuser dans les immeubles. On peut aussi y installer des « pompes à chaleur ». Ces ressources ne doivent pas être gaspillées. Les zones riches en matériaux de construction, à proximité des zones fortement consommatrices de matériaux de construction, doivent à l’évidence être protégées d’une urbanisation qui en interdirait l’accès. A défaut, ce sont des gisements qui sont stérilisés, et on devra importer des matériaux d’autres régions, parfois très éloignées. Bien sûr, l’ouverture d’une carrière ne peut être faite sans précaution, mais il n’est pas « durable » de renvoyer le problème toujours pus loin, chez les autres, et de provoquer ainsi d’importants besoins de transports. On peut en dire autant de l’eau souterraine, à protéger tant pour maintenir sa qualité que pour maîtriser les prélèvements.

 

 

Le sous-sol est en soi une ressource. Il offre un espace, ou plutôt un volume, disponible au dessous des maisons, des places et des rues. On y a depuis longtemps installé des tuyaux d’alimentation en eau, des égouts, des réseaux électriques, des lignes téléphoniques, des tunnels, des parcs de stationnement et bien d’autres choses encore comme le métro. On commence à y mettre des tuyaux pour aspirer les déchets. Il finit par être encombré, et c’est toute une affaire quand on veut installer un nouvel équipement, en surface comme en sous-sol, car ces réseaux doivent rester accessibles en cas de problème. C’est un usage un peu désordonné qui est souvent fait du sous-sol, considéré à tort comme un no man’s land, comme un espace corvéable à merci. Prenez la place de l’Opéra, à Paris. Métro et réseaux divers y ont été installés au fil du temps, sans plan d’ensemble, et les spécialistes estiment qu’une bonne programmation aurait permis de diviser par trois le prix des travaux.

 

 

Ce n’est pas qu’une question d’argent. Ce volume stratégique qui est sous nos pieds ne doit pas être gâché par une utilisation hâtive et sans réflexion sur l’avenir. Adaptabilité et réversibilité, deux vertus cardinales du développement durable s’appliquent là comme ailleurs. Parmi les grands enjeux des centres urbains, se trouve la livraison des marchandises en ville. On a vu dans ce blog que d’ores et déjà Chronopost utilisait un mode doux de diffusion de ses colis à partir d’un terminal alimenté par de gros camions, au centre de Paris[2]. A Monaco, on a créé un dispositif de livraisons de marchandises à partir d’un centre souterrain de logistique. C’était la seule solution sur un territoire très restreint, entre la montagne et la mer. Résultat  : division par deux de la consommation  d’énergie par rapport à la livraison directe sans ce stockage intermédiaire. Voilà donc une piste intéressante, pour le transport de marchandises en ville. Il faut pour la développer des équipements, des lieux adaptés pour recevoir les camions, entreposer les colis, et les acheminer vers leur destination finale grâce à des engins non polluants et silencieux. Dans des centres déjà très denses, ce n’est pas facile de trouver les espaces nécessaires, et le recours au souterrain sera parfois la solution. Encore une fonction nouvelle pour le sous sol !

 

 

Libérer des espaces en surface, ou permettre l’implantation de fonctions nouvelles dans les centres, le sous-sol a un bel avenir devant lui. Sans parler de fonctions nouvelles liées à l’énergie par exemple, comme le stockage de chaleur entre les saisons. Jadis, on stockait la neige dans des grottes pour avoir du froid pendant l’été, et demain on stockera peut-être la chaleur de l’été dans le sous-sol pour en bénéficier l’hiver.

 

 

Une condition est nécessaire pour que le souterrain joue pleinement son rôle : qu’il soit pris en considération dans les programmes de développement urbain, les documents d’urbanisme, et qu’il soit à ce titre soumis aux enquêtes et au débat. Le sous-sol, et l’occupation du sol ne sauraient être traités indépendamment l’un de l’autre. Le développement durable des villes, c’est aussi de la « bonne gouvernance ».

 

 



[1] Association française des tunnels et des espaces souterrains, www.aftes.asso

 

[2] Chronique « Camion », du 21 mars 2006

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Jeudi 19 octobre 2006

Popularisés pare Georges Brassens, les bancs publics sont une bonne entrée dans la matière du développement durable. On en trouve de moins en moins, et c’est bien dommage, car ils constituent un moyen efficace et peu onéreux d’apporter de la convivialité dans la ville.

 

Le fameux volet social du développement durable vise à lutter contre toutes les formes d’exclusion. Il en est une promise à un bel avenir, celle des vieux, dont le nombre s’accroît régulièrement. Le collectif « Combattre l'isolement »[1], constitué de huit associations dédiées à l'entraide et à la lutte contre l'exclusion, a mené une grande enquête auprès de 5.000 personnes âgées de 60 ans et plus. Il s’agissait de mieux comprendre comment l'isolement engendre un sentiment de solitude, facteur aggravant d'exclusion et de souffrance.

 

Cette étude met en évidence le problème du confinement à domicile. Un problème d’autant plus grave qu’il survient progressivement, sans crier garde. La perte de capacité à se déplacer tient à peu de chose : pas d’ascenseur ou un ascenseur qui fonctionne mal,  et bien sûr l’absence de banc pour se reposer, marquer des haltes dans un déplacement. A défaut, on reste chez soi, de crainte d’une trop grande fatigue, et c’est la solitude. C ’est fou ce que le simple fait de pouvoir se déplacer peut ouvrir le monde. L’autonomie de mouvement est une véritable source de liberté, et son absence est vécue comme un enfermement, avec toutes les frustrations qui en découlent. Les solutions ? Des commerces de proximité, et des transports en commun adaptés, mais aussi des bancs publics. Les amoureux devront les partager.

 

Certaines villes ont imaginé, notamment dans cette perspective, de créer des « jardins de poche ». Cela répond au besoin identifié dans l’enquête : « Créer des lieux de rencontres où se mélangent les jeunes et les vieux, et permettent aux acteurs présents d'échanger leurs expériences et de découvrir leurs compétences respectives ». Ces jardins de poche nous viennent d’Amérique, de New York précisément ou des « pocket garden » on vu le jour dès les années 1960.  Ce sont des petits espaces, à peine plus grands que des salons, aménagés comme lieux de rencontre, de repos, d’observation de la vie du quartier.

 

Pour « Equiterre [2]», qui promeut les jardins de poche en Suisse, l’objectif est « d’augmenter l’attractivité des villes et fleurir à nouveau les centres urbains. Les jardins de poche ont en effet pour objectifs principaux l’amélioration de la qualité de vie des habitants et le renforcement de la cohésion sociale en milieu urbain. En même temps, ils créent et préservent la nature en ville ». Le développement durable est au rendez-vous : « Le jardin de poche permet de découvrir et de vivre concrètement le développement durable dans notre environnement local : aux plantes exotiques, on préfèrera les fleurs indigènes ; les bancs seront fabriqués avec du bois certifié ; l’éclairage sera économe en énergie. Ainsi, le concept du jardin de poche représente un bel exemple de durabilité appliquée » ! Cette vision du développement durale serait réductrice, si le jardin de poche n’était qu’un choix judicieux d’arbres et de matériaux. C’est aussi et surtout le résultat d’un processus d’animation locale, qui permet aux habitants d’un quartier, futurs utilisateurs, de participer activement à la définition de leur futur « salon ». C’est un petit espace, jusqu’alors délaissé, qui se voit ainsi confier une nouvelle mission, essentiellement de lien social, mais aussi de requalification urbaine, d’enrichissement du paysage.

 

Le banc est donc le centre d’un projet de grande ampleur ! Restauration de la qualité de vie en ville, lien social, processus participatif, paysage urbain, bois certifié, éclairage économe, autonomie des personnes âgées, tout un programme !

 

Il y a bien d’autres types de bancs, que l’on pourrait commenter. Laissons de côté le banc de touche, qui nous renvoie aux « anciens » au sens propre comme au figuré, ou celui des accusés, nécessaire mais parfois garni avec précipitation.

 

Attardons nous un instant sur le banc d’essai, instrument privilégié des associations de consommateurs. Il contribue à la transparence du marché, et permet de comparer des prix et des performances. Le rapport qualité / prix, élément déterminant du choix. Les paramètres à évaluer au banc d’essai sont multiples, et la difficulté est toujours de savoir lesquels sont à privilégier par rapport aux autres. Cette hiérarchie de valeurs reste le fait du consommateur lui-même, aucun banc ne peut le faire pour lui. Il peut juste aider à ne pas en oublier, à comprendre les conséquences de ses choix de consommation. L’essai comparatif est un auxiliaire de l’intelligence. Il ne doit pas s’y substituer, mais la stimuler, de même que tous les labels ou certificats. Il faut juste que ces essais ne soient pas consacrés exclusivement aux vertus attendues par le consommateur, mais qu’ils s’intéressent aussi aux attentes du citoyen, et intègrent des intérêts généraux. L’émission de gaz à effet de serre pourrait-il devenir, parmi d’autres et notamment le prix de revient du service rendu, un critère de choix ?

 

 

Merci à Marc de Jerphanion pour ses précieuses indications sur les bancs publics et les jardins de poche.

 

 

 

 



[1] Le Collectif « Combattre la solitude » : Association des Cités du Secours Catholique, Croix Rouge Française, Fédération de l'Entraide Protestante, Fédération Française de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, Fonds Social Juif Unifié, les petits frères des Pauvres, Religieuses dans les Professions de Santé, Secours Catholique/Caritas France.

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Mardi 17 octobre 2006

Au départ, c’est un substitut. Une jambe de bois, une fausse dent. C’est aussi, par extension, un instrument qui aide à mieux utiliser son corps, à améliorer ses performances ou à palier ses faiblesses, comme des lunettes. Et bien vite, on ne peut plus s’en passer, cet être étranger s’est inséré dans nos corps, il fait partie de nous-mêmes. Nous sommes désemparés s’il vient à manquer, et nous vivons leur défaillance comme un véritables handicap.

 

Ce n’est pas tout. Progressivement, nous nous sommes entourés d’outils pour nous servir, au point qu’ils nous sont devenus indispensables : c’est une dépendance qui s’est installée, pour la bonne cause, bien sûr, c'est-à-dire pour notre liberté, notre bien-être, notre efficacité professionnelle.

 

Une de ces prothèses d’un nouveau genre est la voiture. Elle amplifie considérablement notre capacité de mobilité, ouvre notre espace de vie et de travail. C’est la botte des sept lieues des temps modernes. Toute l’organisation de nos territoires a été conçue pour lui permettre de se développer, sauf peut-être les centres des villes, qui ont résisté pour la plupart aux pressions bien connues pour « adapter la ville à l’automobile ». Le résultat est que tout le monde a une voiture, aujourd'hui, sauf dans les grandes villes, où on peut s’en passer et où elle coûte cher en stationnement. Nous sommes dans la société de l’Homo automobilus, l’Hommauto, pour reprendre l’expression de Bernard Charbonneau[1]. Dans les campagnes, les petits bourgs ruraux, la voiture a modifié totalement le genre de vie : les commerces se sont regroupés en périphérie des villes, dans de grandes surfaces ; emploi et habitat, jadis proches, se sont éloignés, de même que les services publics, qui ont dû revoir leur implantation sur des mailles plus grandes, du curé au médecin, en passant par le facteur, qui a le plus souvent troqué le vélo de Jour de fête pour une camionnette. Fini, le bistro épicerie du village, et dans la foulée, fini le commerce ambulant, le charcutier qui faisait sa tournée deux fois par semaine, offrant ainsi aux habitants d’un hameau l’occasion de se retrouver, et de colporter les dernières novelles tout en s’approvisionnant. C’est dans les hypermarchés que ça se passe, à présent, et on y va en voiture. Sauf quand on n’a pas de voiture, ou qu’on ne sait pas conduire.

 

La prothèse voiture offre de multiples ouvertures, mais malheur à celui qui n’en est pas pourvu, c’est l’enfermement, le repli obligé. Les conséquences sont nombreuses, et sans doute pas durables. Les personnes âgées ne peuvent plus rester dans leurs maisons, et doivent déménager vers les centres, avec le traumatisme que représente l’abandon à un grand âge du lieu de toute leur vie, avec les souvenirs qui y sont attachés ; la recherche de terrains pas chers pour construire éloigne des centres les candidats à la construction les plus modestes, et provoquent des dépenses de transport énormes, parfois plus importantes que les remboursement des emprunts contractés pour la maison ;  les imprudents qui ont perdu leur permis de conduire conduisent quand même, en toute illégalité, et sans assurance de surcroît, ne serait-ce que pour aller à leur travail ; certaines collectivités doivent mettre des voitures à disposition des chômeurs, pour qu’ils trouvent la mobilité indispensable pour trouver un emploi. Quand la prothèse est un plus disponible, non obligatoire, elle est en effet un instrument de liberté, d’augmentation de son champ d’activité, de son domaine d’intervention. Quand elle s’est banalisée au point qu’elle n’est plus un plus, mais qu’elle est devenue la base, le niveau de référence, elle devient un facteur d’exclusion pour tous ceux qui n’y ont pas accès. Adieu l’équité, bonjour les coûts sociaux. Ce n’est pas le sens de la durabilité, d’autant qu’il ne s’agit pas en l’occurrence d’une prothèse inerte et sobre, mais d’une source importante de dépenses, de consommations de carburant, et de rejet dans l’air de polluants de proximité et de gaz à effet de serre. Sans oublier que cette prothèse pourrait bien nous lâcher brutalement, en cas de crise du pétrole.

 

Il y a des parades,  comme les « plans de déplacement des seniors », qui proposent des recommandations pour « la mise en place d'outils et de mesures visant à améliorer l'accès et à faciliter la lisibilité des Transports Collectifs urbains et inter-urbains ; à identifier des modes de déplacements "à la carte" (covoiturage, taxis à la demande, services d'accompagnement piéton et cycliste…) ; à multiplier les "services à domicile" ; à faciliter les déplacements du cercle amical et familial ou à développer la pratique de modes de déplacements alternatifs tels que de la marche et le vélo »[2].

 

On peut évoquer d’autres prothèses, comme l’ordinateur portable ou encore la clé USB. Mais il en est une qui s’est terriblement développée : le téléphone portable. Encore un instrument formidable, qui permet de se faire donner le code pour ouvrir la porte, de tenir informé ses proches ou ses clients de la moindre nouveauté, de bavarder entre amis tout simplement, partout et toujours. Mais de plus en plus, celui qui n’a pas son appareil magique devient une curiosité, un gêneur avec qui on ne peut pas communiquer. Et pourtant, on ne naît pas avec une oreillette, et on a vécu des millénaires sans cet appareil. La prothèse n’est plus source de liberté nouvelle, elle devient alors une obligation. Un espoir, malgré tout, qu’une prothèse nous libère d’une autre : le téléphone portable est au cœur des dispositifs de prêt faciles de voiture, et des systèmes de transports à la carte.

 

Ces facilités que la technique moderne nous offre avec ces prothèses seraient une bonne chose si elles ne nous affaiblissaient pas. Le téléphone portable permet de rattraper bien des oublis, de ne pas s’organiser sérieusement, puisqu’un coup de fil permet de réparer, de se mettre d’accord au dernier moment. Pourquoi prévoir, pourquoi faire un effort d’organisation, puisqu’ avec le téléphone portable on peut tout faire au dernier moment ? « Je crois que la plus grande faiblesse de la vie moderne, c’est d’amener une atrophie de nos facultés », disait René Dubos. Comment faire pour bénéficier pleinement des instruments de liberté sans en devenir dépendants[3] ? Sans doute en leur donnant un vrai mode d’emploi.

 



[1] Bernard Charbonneau, l’Hommauto, Denoël, 1ère édition 1967

 

[2] Concept développé par Targeting, http://www.targeting.fr/PDSeniors.htm

 

[3] A noter sur cette question la récente parution à la Documentation française, dans la collection « Transports, recherche, innovation », d’un ouvrage de Gabriel DUPUY : la dépendance à l’égard de l’automobile.

 

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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