Le DD par les mots

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Un mot, un mot courant, de la vie de tous les jours, et une approche du développement durable, inspirée par ce mot. Tel est le principe de ce blog pour mieux comprendre la richesse de cette expression, née il y a plus de 20 ans et toujours mal connue.  Il faut lui donner un sens plus pratique, plus proche de la réalité quotidienne, sans pour autant lui faire perdre sa force et son caractère universel. Chaque mot, pris dans l'actualité ou au fil d'une conversation, donne l'occasion d'une réflexion sur le développement durable. Au lieu de partir du développement durable, et de tenter de l'expliquer, nous allons partir de la vie et des mots ordinaires, pour aller vers le développement durable. Près de 400 mots ont ainsi été déclinés dans l'univers du développement durable, de janvier 2006 à juin 2009. Un livre a été publié en 2007 à partir des 80 premiers mots Coup de shampoing sur le développement durable, préfacé par Didier ADES.
L'été 2009 sera l'occasion d'une mutation. Vous trouverez dans quelques mois une présentation de tous les mots têtes de chapitre, plus de nombreux autres très présents dans les textes. Un accès facile pour circuler dans l'univers du développement durable à partir de l'une ou l'autre de ces multplies portes d'entrée.
Entre temps, il n'y aura plus de chronique régulière, juste parfois des billets d'humeur. Vous trouverez aussi la liste des mots par ordre alphabétique, et la présentation, à l'occasion, de billets que j'ai l'occasion de publier sur d'autres supports.
Pour être tenu informé de la suite de ce blog sans avoir à y penser, il suffit de vous isncrire à l'aide de la case juste au dessous, en suivant les instructions. C'est très simple. A bientôt

Dominique Bidou
 

Une approche offensive

Il nous faut inventer le monde de demain, en mobilisant le plus d'énergies possible. L’approche proposée dans ce blog est résolument offensive, et fondée sur deux lignes directrices 

-  Anticiper et se placer de manière à bénéficier des changements à venir. Inventer un monde nouveau est à la fois un projet enthousiasmant, une obligation éthique et une opportunité économique.
-   Adapter le concept de développement durable à chaque cas d’espèce, en s’inspirant de recettes simples et de méthodes éprouvées à décliner dans chaque contexte. 

Les bouquets du DD

 Un bouquet pour la finance bouquet-finances.pdf bouquet-finances.pdf

Un bouquet pour les dividendes bouquet-dividendes.pdf bouquet-dividendes.pdf

Un bouquet pour la bouffe La-bouffe.pdf La-bouffe.pdf

dans la série Les péchés capitaux au service dudéveloppement durable, un bouquet pour l 'orgueil Bouquet-orgueil.pdf Bouquet-orgueil.pdf , un bouquet pour l'envie Bouquet-envie.pdfBouquet-envie.pdf , un bouquet pour l'avarice Bouquet-Avarice.pdf Bouquet-Avarice.pdf

Présentation

Mercredi 31 octobre 2007

Nous aurions pu consacrer cette chronique aux milliards d’êtres humains à la surface de la planète, qui ont droit à une vie digne dont beaucoup ne bénéficient pas aujourd’hui. Ce sera pour une autre fois, car l’actualité nous conduit à parler de milliards d’euros.  Les nombreux programmes décidés au Grenelle de l’Environnement inquiètent nos financiers. Combien de milliards d’euros va-t-il falloir pour faire tous les travaux, TGV, tramway, rénovation des bâtiments, lutte contre les points noirs du bruit, etc.

La question est classique, pour qui ne regarde que la dépense, et non les effets de la dépense, son utilité. Retournons la question : combien coûte l’environnement quand on ne s’en occupe pas ? Il y a quelques années, des études sur le coût social du bruit, incluant notamment la dépréciation des biens, les retards scolaires dus à la mauvaise acoustique des écoles, et le prix de la gêne, donnait un chiffre équivalent à celui estimé pour les accidents de la route. Infiniment plus que les budgets consacrés à lutter contre cette nuisance. Combien coûterait le non traitement des déchets et des eaux usées, en termes de risques sanitaires, de dégradation des milieux de vie, de pertes concomitantes de fréquentation touristique, etc. Le maire d’une grande ville touristique, qui fut aussi ministre de l’environnement, disait que son secteur sauvegardé lui rapportait plus que sa zone industrielle.

Améliorer l’environnement, c’est créer de la valeur, et réduire des risques. Il est vrai que ces avantages sont parfois difficiles à apprécier, ce qui conduit à les négliger. Il y a des économies qui coûtent très cher. Prenez les documents d’urbanisme, par exemple. Le Grenelle prévoit qu’ils seront assortis d’études d’impact pour maîtriser les effets des extensions urbaines, et c’est très bien. On oublie juste que la loi l’impose depuis trente ans. Ni l’Etat ni les communes n’ont voulu mettre les moyens nécessaires pour ces études d’environnement, ni d’ailleurs pour les autres études de diagnostic qui auraient été bien utiles pour réaliser de bons documents d’urbanisme. On a eu les POS « coupé – collé », répétant à l’infini les mêmes modèles, et il faut bien dire que les moyens mis en œuvre ne permettaient guère de faire beaucoup mieux. Résultat ? Des extensions qui coûtent très cher aux collectivités, des équipements mal valorisés, et du mal vivre, des quartiers où on s’ennuie, des quartiers mal desservis, sans services publics, etc. Tout cela coûte aujourd’hui très cher, aux collectivités ou aux habitants. L’exigence environnementale est à l’inverse porteuse de progrès[1] techniques. On l’observe clairement dans le secteur du bâtiment, mis sous pression par la recherche d’économies d’énergie et la demande croissante de confort et de sécurité. Délaissé pendant des années, le bâtiment attire à nouveau des talents. Et il en faudra des talents et de l’ingéniosité pour construire plus de 400 000 logements par an, qui ne consommeront que la moitié de ce que l’on fait de mieux aujourd’hui, tout en offrant un confort accru à leurs occupants, sans compter tous les équipements, écoles, commerces, bureaux, etc. qu’il faudra construire avec des exigences comparables.

Le prix élevé que l’énergie a atteint aujourd’hui conduit avant tout à des progrès. Bien sûr, il y a des difficultés d’adaptation, et tout le monde n’est pas égal devant l’épreuve. Il y a une solidarité à organiser. Mais la conséquence la plus durable est que l’on se soucie enfin de son efficacité. Si l’énergie coûte deux fois plus cher, puis-je me débrouiller pour en consommer deux fois moins, en vivant aussi bien et même mieux si possible ? Tel est le défi à relever, et il y a gros à parier qu’il le sera et au-delà, si la dynamique[2] des acteurs est enclenchée. Le bilan de dix années de haute qualité environnementale des bâtiments est encore modeste en nombre d’opérations, mais il est remarquable en terme de mobilisation des professionnels, concepteurs, entreprises, et maintenant gestionnaires. Il permet aujourd’hui de passer à la vitesse supérieure, et de devenir un des leviers de la croissance préconisé par la commission Attali[3]. L’investissement environnement est un bon placement.

 

Prochaine chronique : Synthèse

 



[1] Progrès chronique du 02/10/2006

[2] Dynamique, chronique du 21/07/2006 et n°22 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[3] Commission pour la libération de la croissance française, Premières propositions sur le pouvoir d’achat, Mettre la politique du territoire et du logement au service de la croissance, communication du 12 octobre 2007

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Lundi 29 octobre 2007
Voilà un mot qui fleure bon la vieille France, celle des comices agricoles et des concours de labour, sans parler de la Marseillaise et de nos livres de géographie. A en croire le journal Le Monde[1], il semblerait qu’on puisse de passer du labour, et charger les vers de terre, les insectes et les bactéries, tout ce petit peuple de nos sols si bien mis en scène par Microcomos[2], de remuer et d’oxygéner la terre. Ce sont les services que la nature nous rend gratuitement[3], et que le génie de l’Homme doit juste savoir accompagner, et favoriser pour mieux les exploiter. La tentation est tellement forte de se substituer à la nature, de faire à sa place plutôt que de surfer habilement sur ces capacités, que l’on y a succombé depuis longtemps, avec à l’extrême des cultures « hors sol ». Il est bon de se sentir un peu Dieu quelque part, mais c’est un peu bête de ne pas profiter des apports gratuits, et vraiment idiot de détériorer la capacité du milieu à les fournir. Exploiter les mécanismes naturels demande à la fois une connaissance approfondie des lois de la nature, de la biologie et de l’écologie, et aussi une organisation qui permette de faire face aux irrégularités qui caractérisent les climats, pluies ou sècheresse, grêle, coups de froid précoces ou tardifs. De l’intelligence et de la modestie, pour être riche de ce que la nature nous offre, au lieu d’une intervention massive et arrogante, pour une victoire à la Pyrrhus sur la nature.

Le mot Sillon a pris du large. Il a quitté l’agriculture et se sont fait tout petits pour aller vers la musique où il ont permis des développements fantastiques. Les microsillons sont devenus aujourd’hui des pièces de collection, et on en parle dans un univers d’une toute autre nature, celle des chemins de fer. Il s’agit alors du tracé horaire d’un train sur une ligne, pour reprendre la définition de Wikipédia. Et là, on est à nouveau en plein développement durable. Le Grenelle de l’environnement l’a d’ailleurs reconnu, qui a décidé de la mise en place d’une autorité de régulation de ces sillons. Il s’agit en l’occurrence de préserver le transport ferroviaire de marchandises.

Une ligne de chemin de fer coûte cher. Il faut l’entretenir, la moderniser, veiller au bon fonctionnement de la signalisation, des équipements nombreux qui assurent la sécurité des transports. Les voies qui ne servent pas assez sont menacées, car toutes ces charges ne sont pas amorties par un trafic suffisant. A l’inverse, les lignes à succès sont saturées, et le challenge est de pouvoir y faire passer le maximum de trains. La concurrence est alors vive entre les trains grandes lignes, les trains de banlieue, rebaptisés trains express régionaux, et les trains de marchandises. Cette dernière catégorie est toujours sacrifiée. Il est bien normal de ne pas faire attendre des passagers pour faire passer des marchandises ! Les humains d’abord ! La conséquence d’une application systématique de ce principe est paradoxale. Les humains sont victimes de cette situation, autant que les marchandises. L’acheminement de celles-ci est irrégulier, les délais souvent allongés et imprévisibles. Alors que le camion[4], ça marche bien, du porte à porte et des délais maîtrisés. La priorité absolue donnée sur le rail aux passagers a reporté sur la route une partie du fret, avec des conséquences dramatiques sur la circulation : embouteillages, dégradations des routes, bruit, effet de serre, etc. Et là, ce sont bien les humains qui sont touchés. Il faut donc protéger le fret sur le rail, et organiser la gestion du trafic pour atteindre cet objectif. Les intérêts des personnes et ceux des marchandises ne s’opposent pas, comme on l’a cru : ils sont complémentaires, et l’attribution des sillons ne doit pas se faire dans un esprit de concurrence, mais d’optimisation d’un système[5]. C’est à nouveau du recours à l’intelligence que viendra le salut, comme pour l’agriculture !

Prochaine chronique : Milliards



[1] Ces agriculteurs écolo et productifs, article de Gaëlle Dupont dans Le Monde du 26 octobre 2007

[2] Microcosmos, film produit par Jacques Perrin et réalisé par Claude Nuridsany et Marie Perennou, 1996

[3] Voir la chronique Gratuit du 30/04/2007.

[4] Camion, chronique du 21/03/2006       et n°10 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[5] Système, chronique du 02/04/2007

 

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Jeudi 25 octobre 2007
De plus en plus, on trouve dans les politiques des collectivités ou des entreprises une rubrique Développement durable. C’est véritable progrès, et il faut s’en réjouir. Pour certaines entreprises, la loi sur les nouvelles régulations économiques leur en fait obligation, mais beaucoup d’autres s’y sont mises à leur manière, et on parle d’étendre aujourd’hui cette obligation aux entreprises publiques : que l’Etat, les collectivités et les entreprises publiques montrent l’exemple, c’est bien le moins que l’on puisse faire.

Cette démonstration de bonne foi écologique ne doit pas rester isolée. Elle n’a de sens que si elle traduit une politique d’ensemble. Le risque est grand que l’on se cantonne dans une rubrique vertueuse, sans regarder les effets de son action en général, celle qui n’est pas fléchée Développement durable. Une banque, par exemple, pourra avoir « ses œuvres », des prêts avantageux pour les acteurs du développement durable, tout en continuant à financer des opérations terrifiantes pour l’environnement ou le développement humain. Une firme automobile pourra mettre sur le marché des voitures hybrides très économes en énergie, et très peu émissives de gaz à effet de serre, tout en vendant des milliers de gros 4x4 ou des berlines dimensionnées pour rouler à plus de 200 à l’heure… Une agence de publicité travaillera bénévolement pour une grande cause, ou une ONG, tout en assurant la promotion de modes de vie et de consommation à empreinte écologique maximum. De même une ville affichera des espaces verts bio, tout en retenant des choix d’urbanisme destructeurs de richesses biologiques. Vous l’aurez compris, il ne faut pas que la main droite ignore ce que fait la main gauche. A défaut, les bonnes actions ne seraient que des alibis, ou un rideau de fumée pour cacher ou faire oublier les mauvais côtés d’une politique.

Le débat est souvent posé sur la manière de lancer et d’animer une politique de développement durable : structure dédiée, ou intégration systématique ? Il est vrai que le responsable désigné risque fort de devenir la caution, le spécialiste, et que son existence est loin de garantir le caractère durable de la politique de l’entreprise. Les conflits entre ce responsable et les dirigeants en charge du marketing seront souvent vifs. On a connu des exemples intéressant de conflits de ce type à propos des emballages. Le directeur environnement ou développement durable pousse à la banalisation, pour limiter le volume et le poids des emballages, et favoriser leur réemploi, alors que le directeur commercial fera tout pour que le produit soit bien mis en valeur par un écrin somptueux, et bien reconnaissable. Le conflit d’intérêt est chose normale, l’ignorer serait une faute, et une politique de développement durable doit prévoir des lieux ou des occasions de les traiter de manière constructive. L’intégration totale des préoccupations de développement durable, à tous les services d’une collectivité ou d’une entreprise, est un objectif nécessaire qui doit être activé en permanence. Les décisions s’enchaînent, elles se répercutent les unes sur les autres, le contexte économique et sociologique bouge en permanence, les modes de production et de consommation, pour reprendre le libellé d’un des axes de la stratégie européenne de développement durable et d’un des groupes du Grenelle de l’environnement, n’arrêtent pas d’évoluer sous l’effet de techniques de toutes natures. Si l’entreprise n’est pas organisée pour suivre tous ces changements, et analyser leurs répercussions pour son fonctionnement courant, le développement durable ne pourra s’intégrer sérieusement à sa politique, à son projet ou son business plan comme on dit maintenant. Un fossé se creusera rapidement entre une vision figée du développement durable d’un côté, et une réalité économique, technologique et sociale très évolutive de l’autre. Deux conséquences peuvent alors être envisagées : Soit le développement durable devient un poids insupportable et inutile, et par suite menacé, soit il est progressivement oublié, et réduit à un discours incantatoire, pour la galerie.

L’intégration ne suffit donc pas par elle-même. Elle doit être observée et animée en permanence. Une structure dédiée peut en être chargée, mais il y a bien d’autres manières de faire, et même d’externaliser la préoccupation, ou de se soumettre à l’examen périodique de spécialistes ou de censeurs, comme certaines ONG qui acceptent d’expertiser régulièrement les politiques de grands groupes. Pour l’Etat, un ministère dédié au développement durable est nécessaire pour assurer la cohérence de l’action de l’ensemble de ministères. Depuis la conférence de Rio, en 1992, chaque Etat doit adopter une stratégie nationale de développement durable, et celle actuellement en vigueur en France a été retenue en 2003 pour une durée de cinq ans. Mais il s’agit essentiellement d’y regrouper les bonnes actions de l’Etat, et de leur donner du relief, de les renforcer, ce qui est toujours bon à prendre. Le gros de l’activité gouvernementale ne se sent pas vraiment concerné, et l’analyse du bilan environnemental des dépenses publiques, actions directes ou aides à d’autres acteurs, montre que la cohérence reste à conquérir. L’exigence de bilans carbone qui semble se développer depuis quelques années va-t-elle corriger ce constat ?

Espérons que la dynamique du Grenelle distillera, jusqu’au plus profond de la culture des acteurs, à la fois la nécessité de l’intégration du développement durable dans leurs politiques, et celle de s’en donner les moyens.

Prochaine chronique : Sillon

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Mardi 23 octobre 2007
Il faut relancer l’économie. C’est impératif pour l’emploi et l’équilibre des dépenses publiques, et bien sûr aussi pour le pouvoir d’achat.

Une de pistes poursuivies est de supprimer les freins, à défaut de regonfler suffisamment le moteur. Traquons donc les procédures qui alourdissent les décisions, supprimons les obstacles que les lois ou les coutumes ont mis sur les chemins de l’action. Si on osait, on reprendrait l’expression soixante-huitarde, Jouir sans entraves, Jouir voulant dire en l’occurrence Produire. Il est interdit d’interdire de produire. Faisons sauter les entraves.

Cette tendance à supprimer les précautions est normale. C’est la pression de tous ceux qui sont pressés d’avancer qui s’exprime, et il est vrai que les besoins sont légion. Les régulations qui ont été créées au cours des ans sont perçues comme des freins, des lourdeurs de technocrates ou de fonctionnaires au sens péjoratif du mot, et les véritables forces de production doivent bousculer cet édifice conservateur et suranné, même si certaines des ces procédures, comme le principe de précaution, est fraîchement inscrit dans nos lois.

Il est vrai que certaines régulations viennent de loin et ont été créées dans des circonstances particulières. On a vu, par exemple, les règles de la communication, installées à la libération, et très restrictives, voler en éclat par la pratique de radios libres, puis des échanges par Internet.

Souvent, ces entraves ont pour objet les effets collatéraux d’une activité. Si j’ouvre une grande surface en périphérie de ville, quel effet cela a-t-il sur le commerce de centre ville, quelles conséquences pour l’approvisionnement des habitants, les circulations de voitures et de camions, etc. Beaucoup de ces entraves ont pour objet de préserver des valeurs patrimoniales ou la vie sociale. Le déjeuner familial du dimanche est une institution qui correspond à un certain mode de vie, et renforce un lien entre les générations. Il n’est pas sacré, mais on ne peut le fragiliser sans s’interroger sur les conséquences et les moyens de renforcer autrement les liens qu’il entretenait. A moins que l’on accepte l’idée que ces valeurs sont obsolètes. Pourquoi pas, mais ce genre de décision mérite un débat sérieux, qui permette à chacun d’en mesurer les conséquences.

La protection des sites, des paysages, de la qualité de certains ensembles urbains ou ruraux, de telle ou telle espèce animale ou végétale, et par suite de son milieu, voilà une autre cause de nombreuses entraves. Tout cela gêne la relance économique. L’idée vient alors tout naturellement de faire sauter ces contraintes, pour libérer la croissance. On l’a vu à plusieurs reprises dans ce blog, le développement durable ne se fera pas sans ouvrir le champ du possible, et sans lever certaines contraintes issues du passé. Il faut juste faire attention à ce que l’on entend par croissance. Il est maintenant bien connu que la comptabilité habituelle ne parle que des activités, et oublie le patrimoine et les valeurs sociales, alors que toute la philosophie du développement durable consiste à considérer l’ensemble activité, société, patrimoine. Laisser un paysage se dégrader pour créer de l’activité peut être une perte de richesse, alors que la comptabilité nationale en fera systématiquement un gain. Il ne faut donc pas mélanger les entraves à la production de richesse et les moyens de préserver le capital commun sous toutes ses formes. C’est la production nette de richesses qui importe, une fois décomptés les prélèvements et dégradations qu’une activité a provoqués. Un calcul économique difficile, voire impossible : comment évaluer financièrement la valeur d’un paysage, d’une qualité architecturale d’un village,  de la qualité de la vie d’une manière générale ? Les économistes y travaillent, et il est bon de tenter des approches de ce type, mais on sait que la valeur accordée aux choses dépend de nombreux facteurs, qu’elle évolue dans le temps, et qu’il est vain de faire rentrer toutes les composantes de la vie dans une même unité de mesure. Que ce soit faute de pouvoir les évaluer, ou bien parce qu’ils ne relèvent pas d’une logique financière, on a souvent préféré instaurer des régulations administratives, au lieu ou en complément des instruments économiques.

Le débat est ouvert sur le bien fondé de ces régulations. L’objectif est de gagner un point de croissance. Ce coup de pouce résoudrait sans doute certains problèmes, mais en poserait assurément quelques autres. La croissance à deux chiffres que l’on observe dans certains pays serait elle aussi forte si on en déduisait les dégradations environnementales, la fonte rapide de certains capitaux[1] naturels, et les coûts sociaux liés aux conditions de travail dans ces pays ? Le vrai bilan reste à faire. Il est présenté par bribes, éclaté selon les indicateurs adoptés, avec les accidents du travail, l’indicateur de développement humain, l’empreinte écologique, et bien d’autres moyens d’évaluation[2].

Les régulations constituent également une manière d’arbitrer entre le présent et le futur. On l’a vu pour la pêche et les poissons[3], et c’est vrai de l’exploitation de toutes les ressources renouvelables : le rythme de l’exploitation est déterminant, et on sait que, dans le besoin immédiat, la tentation est forte de sacrifier le futur au profit d’une croissance instantanée mais destructrice de richesses. L’abandon de critères de qualité pour promouvoir une croissance à bon compte serait aussi source de dépenses dans le futur bien supérieures aux économies réalisées.

Les régulations ne sont pas sacrées pour autant. Le monde change, et il faut savoir intégrer de nouvelles exigences. Le patrimoine architectural doit être protégé, mais le recours aux énergies renouvelables est aussi devenu une nécessité. Il convient donc de conjuguer ces exigences, et non de profiter de l’antériorité de l’une pour rejeter l’autre. C’est un effort qui est demandé aux représentants de ces deux familles d’intérêt que de considérer l’intérêt de l’        autre cause.

Utilisées sans discernement, les régulations se fragilisent[4]. Leur intégration dans des processus de développement est la meilleure garantie de leur succès et de leur pérennité. C’est bien ce que nous rappelle le 4e principe de la déclaration de Rio : Pour parvenir à un développement durable, la protection de l'environnement doit faire partie intégrante du processus de développement et ne peut être considérée isolement.

Libérer la croissance, tel est la feuille de route de la commission Attali, du nom de son président. Attention à ce que dans l’ensemble des mesures préconisées seules persistent celles qui consistent à lever des freins, alors qu’elles n’ont de sens qu’avec les régulations nouvelles qui sont proposées. Et attention à ne pas orienter la croissance sur une voie exclusivement quantitative : c’est la qualité[5] qui sera le moteur de la croissance de demain.

Prochaine chronique : plitique



[1] Capital chronique du 22/02/2007

[2] Voir à ce sujet les chroniques Bonheur  et Hectare du 28/07/2006 et  28/06/2006, n°5 et 30 dans Coup de shampoing sur le développement durable (www.ibispress.com)

[3] Voir la chronique Grenadier du 09/11/2006 et n°29 dans Coup de shampoing

[4] Voir à ce sujet la chronique L'eau du bain du 28/02/2006 et n°23 dans Coup de shampoing

 

[5] Qualité chronique du 02/04/2006 et n°60 dans Coup de shampoing

 

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Jeudi 18 octobre 2007
Il faut se méfier des dérives, fréquentes dans les discours sur le développement durable, mais restons ici sur les dérivées. Un mot qui rappelle des souvenirs parfois douloureux : les classes de maths, avec son cortège de fonctions de toutes natures, certaines dérivées, et des intégrales, des équations différentielles, des suites et des séries, et bien d’autres monstres encore. Que d’abstractions, fécondes pour les habitués, mais bien hermétiques pour tous ceux qui ne se sentent pas à l’aise dans le monde de la mathématique.

Prenons donc du recul par rapport aux dérivées. Chacun comprendra plus facilement que si on accélère, on va plus vite, et que si on va plus vite, on parcoure plus de kilomètres dans un temps donné. Si on a un long parcours à faire en peu de temps, il faut donc voir comment accélérer, et s’en donner les moyens.

Si on compare le développement durable à un parcours, on sent bien qu’il faut faire vite, car « la maison brûle », et que chaque jour de retard dans les changements rendra ceux-ci plus compliqués et plus douloureux. En plus, ce parcours est particulier, car il concerne un ensemble de paramètres, les trois fameuses dimensions du développement durable, qui doivent progresser ensemble. Nous sommes en 3D !

Un long parcours dans un monde complexe, disons comme une forêt épaisse, où on ne voit pas loin, mais où il faut quand même avancer. Et en plus, on est pressé par l’urgence[1].

Il faut donc se donner la capacité d’accélérer. C’est bien embêtant, car cette première phase, celle qui consiste à se renforcer, à chercher des savoir faire, des compétences, des renforts, n’est pas spectaculaire, et donne l’impression que l’on n’avance pas. Quand il y a urgence, on est mal. Ce serait quand même mieux de partir drapeau et fifres en tête, et de commencer tout de suite à avancer. Pour les matheux, la tentation d’agir directement sur la fonction serait forte. Tordons la courbe à la force du poignet pour qu’elle grimpe plus vite ! Ce n’est pas comme ça que ça se passe. La forme d’une courbe est régie par sa dérivée, elle-même tenue par sa propre dérivée. Il faut remonter dans les mécanismes à l’œuvre, les comprendre et apprendre à les manœuvrer, pour pouvoir espérer modifier le cours des choses.

Pour accélérer, il faut disposer d’un moteur assez puissant, et de carburant. C’est mieux que d’essayer de courir plus vite, ou de forcer un moteur insuffisant, qui a vite fait de s’épuiser et de vous lâcher, quand il n’explose pas tout simplement.

Malgré les angoisses que ce délai peut procurer, le temps nécessaire à s’armer, à tous points de vue, connaissances, méthodes, organisation, modalités de gouvernance, techniques, mobilisation de ressources humaines et matérielles, etc. est essentiel. Le négliger, ou le compresser sans précautions, conduit inévitablement à des déconvenues, des découragements, des pertes de temps bien plus grandes par la suite.

Imaginons qu’une courbe illustre la marche vers un état durable, c'est-à-dire un état où les besoins d’aujourd’hui seraient équitablement satisfaits sans compromettre les chances de nos descendants à satisfaire les leurs. Nous partons de la situation actuelle, que nous connaissons bien, avec une empreinte écologique[2] bien excessive, qu’il faut donc réduire pour revenir à l’équilibre souhaité. Il y a un écart à combler, et nous voudrions que la courbe grimpe très vite pour réduire cet écart. Nous savons que tout retard rendra plus difficile et plus couteux cet effort de rattrapage. Une droite qui monte fermement nous conviendrait bien, on pourrait ainsi visualiser les progrès, et se projeter dans un avenir qui nous rassurerait. Mais comment se lancer dans l’action sans s’équiper ? La courbe du rattrapage va donc, dans un premier temps, coller à sa base, peut-être va-t-elle frémir dans le meilleur cas. Si on y prend garde, elle pourrait aussi plonger, ce qui serait une vraie catastrophe. Mais sans atout, inutile de jouer cette partie difficile, elle serait perdue d’avance. Il faut donc travailler sur les dérivées, se donner les moyens d’accélérer puissamment. Comme ça ne se voit pas, ce n’est pas très vendeur, et il y a des risques de dérives, de temps perdu à des choses sans importance, à des conflits d’intérêt qui ne peuvent guère être surmontés sans action. Cette phase, où on se prépare, est donc très importante, mais elle doit rester sous surveillance. Pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, il faut modifier en profondeur non seulement les habitudes, mais les modes de production, de diffusion, de consommation. Une société sans carbone, c’est en soi une révolution extraordinaire à accomplir. Ne perdons surtout pas de temps, démarrons tout de suite des expériences, mettons au point des technique nouvelles, et formons des professionnels, transformons les programmes des écoles. Il faut le faire tout de suite, mais les résultats significatifs, ceux qui nous redonnerons l’espoir, ne seront pas immédiatement visibles. La courbe se redressera plus tard, avec une dérivée et une dérivée seconde positives, et alors, les choses pourront aller très vite. L’impatience est compréhensible et légitime, mais elle ne doit pas faire perdre de vue la difficulté de l’exercice, et la nécessité de s’y préparer, de créer un contexte favorable, de trouver des appuis. Le développement durable a besoin d’innovations, pas d’improvisations.

 

Prochaine chronique : Entraves

[1] Urgence chronique du 14/05/2007

 [2] Voir la chronique Hectare du 28/06/2006 et n°30 dans Coup de shampoing sur le développement durable, aux éditions IbisPress (www.ibispress.com)

 

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quelques articles et ouvrages

Vous trouverez ci-dessous une liste de mes principaux articles, rapports et ouvrages sur le développement durable
- Rendre les villes intenses, Revue Urbanisme, septembre octobre 2008 Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf
- 11 recettes pour le développement durable, chroniques publiées dans le magazine CyberArchi www.cyberarchi.com de janvier 2007 à juin 2008,11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf 11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf
- Le risque, composante du développement durable, La part du risque, septembre 2008, http://www.lapartderisque.fr/Le-risque-composante-du.html  
 - Le développement durable : une logique de dépassement, Revue politique et parlementaire, numéro hors série Le Grenelle de l'environnement, avril 2008 le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf
- De bonnes recettes pour le développement durable, communication à l’académie d’architecture, 6 mars 2008Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf
- Pour le développement durable : une défense solide, une attaque créative, Préventique, n° 97, janvier-février 2008Article-dans-Pr-ventique.pdf Article-dans-Pr-ventique.pdf
- La haute qualité, une bonne recette pour le développement durable, Qualitique, n° 193, décembre 2007
article-dans-qualitique.pdf article-dans-qualitique.pdf

- Coup de shampoing sur le développement durable - Ibis press, 2007  www.ibispress.com  Voir rubrique ci-dessous

- La qualité environnementale des opérations d’aménagement, Etudes foncières, n° 127, Mai-juin 2007 artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf

- Développement durable, XXIème siècle : un défi pour les économistes, Sociétal n°53,

juillet 2006 Soci-tal--version-publi-e.pdf Soci-tal--version-publi-e.pdf

- Éthique et construction, revue « profession achat » n°20, déc 2005 – Janvier 2006

- La science des systèmes : un levier pour le développement durable, communication au congrès européen de systémique, Paris, 19 septembre 2005

 

- La HQE, une dynamique en marche, in Nouveaux paris, la ville et ses possibles, sous la

 

direction de Nicolas Michelin, Picard 2005

- Les inégalités écologiques en milieu urbain (avec col.) Inspection générale de l'Environnement et Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- Le développement durable, un nouvelle frontière pour les services déconcentrés de l’Etat, (avec Dominique Schneider et col.) Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- L'air, in revue Passages, Panorama 2004 du développement durable, édition spéciale n°1,

décembre 2004

- Tous gagnants, la dynamique du développement durable – Ibis press, 2004 www.ibispress.com Voir rubrique ci-dessous

- Une démarche de progrès pour le bâtiment, Constructif, novembre 2003

- Une gestion « sociétale » des entreprises, Entreprise éthique, avril 2002

- Un moteur de modernisation, revue politique et parlementaire, mars-avril 2000

- Environnement et développement économique, in Poursuivre la décentralisation, Editions Pouvoirs locaux, 1994

- Le livre vert de l’écologie urbaine dans la construction et l’habitat, ministère de l’Equipement, 1993 Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc

- Écologistes : le malentendu, revue politique et parlementaires, n° 914, Janv-Fév 1985

 

 

 

 

Deux livres sur le DD

Ma pratique professionnelle et associative du développement durable, et la rédaction régulière de ce blog m'ont conduit à écrire deux livres sur le développement durable, édités aux éditions Ibis Press (www.ibipress.com )  Le premier dont l'objectif esst tout simplement de donner l'envie d'y aller a été publié en 2003 sous le titre Tous gagnants, la dynamique du développement durable. Il est préfacé de Michel-Edouard Leclerc, et post facé de Jean-Claude Antonini. On trouvera ci-attaché, en cliquant sur l'icone correspondante, une présentation de l'ouvrage  pr-sentation-Tous-gagnants.pdf pr-sentation-Tous-gagnants.pdf  et le dépliant (avec bon de commande) flyertousgagnants.pdf flyertousgagnants.pdf .

Coup de shamping sur le développement durable (2007) est le rassemblement des 80 premiers billets de ce blog, mis en perspective par une introduction ( intro-Coup-de-shampoing.pdf intro-Coup-de-shampoing.pdf ) et une conclusion synthétiques. Didier ADES en a rédigé la préface. On trouvera ci après la présentation de l'ouvrage texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf , et le dépliant Depliantcoupdeshampoing.pdf Depliantcoupdeshampoing.pdf
 

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