Le DD par les mots

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Un mot, un mot courant, de la vie de tous les jours, et une approche du développement durable, inspirée par ce mot. Tel est le principe de ce blog pour mieux comprendre la richesse de cette expression, née il y a plus de 20 ans et toujours mal connue.  Il faut lui donner un sens plus pratique, plus proche de la réalité quotidienne, sans pour autant lui faire perdre sa force et son caractère universel. Chaque mot, pris dans l'actualité ou au fil d'une conversation, donne l'occasion d'une réflexion sur le développement durable. Au lieu de partir du développement durable, et de tenter de l'expliquer, nous allons partir de la vie et des mots ordinaires, pour aller vers le développement durable. Près de 400 mots ont ainsi été déclinés dans l'univers du développement durable, de janvier 2006 à juin 2009. Un livre a été publié en 2007 à partir des 80 premiers mots Coup de shampoing sur le développement durable, préfacé par Didier ADES.
L'été 2009 sera l'occasion d'une mutation. Vous trouverez dans quelques mois une présentation de tous les mots têtes de chapitre, plus de nombreux autres très présents dans les textes. Un accès facile pour circuler dans l'univers du développement durable à partir de l'une ou l'autre de ces multplies portes d'entrée.
Entre temps, il n'y aura plus de chronique régulière, juste parfois des billets d'humeur. Vous trouverez aussi la liste des mots par ordre alphabétique, et la présentation, à l'occasion, de billets que j'ai l'occasion de publier sur d'autres supports.
Pour être tenu informé de la suite de ce blog sans avoir à y penser, il suffit de vous isncrire à l'aide de la case juste au dessous, en suivant les instructions. C'est très simple. A bientôt

Dominique Bidou
 

Une approche offensive

Il nous faut inventer le monde de demain, en mobilisant le plus d'énergies possible. L’approche proposée dans ce blog est résolument offensive, et fondée sur deux lignes directrices 

-  Anticiper et se placer de manière à bénéficier des changements à venir. Inventer un monde nouveau est à la fois un projet enthousiasmant, une obligation éthique et une opportunité économique.
-   Adapter le concept de développement durable à chaque cas d’espèce, en s’inspirant de recettes simples et de méthodes éprouvées à décliner dans chaque contexte. 

Les bouquets du DD

 Un bouquet pour la finance bouquet-finances.pdf bouquet-finances.pdf

Un bouquet pour les dividendes bouquet-dividendes.pdf bouquet-dividendes.pdf

Un bouquet pour la bouffe La-bouffe.pdf La-bouffe.pdf

dans la série Les péchés capitaux au service dudéveloppement durable, un bouquet pour l 'orgueil Bouquet-orgueil.pdf Bouquet-orgueil.pdf , un bouquet pour l'envie Bouquet-envie.pdfBouquet-envie.pdf , un bouquet pour l'avarice Bouquet-Avarice.pdf Bouquet-Avarice.pdf

Présentation

Jeudi 30 novembre 2006

Une opération de base de l’arithmétique, avec ses fameuses tables, bien utiles pour toutes sortes de calculs. Au-delà de la multiplication elle-même, on ne dira jamais assez l’importance des mécanismes de calcul, qui favorise les échanges et le commerce, et  permettent de comprendre les choses de la vie, des problèmes de robinet[1] au mouvement des étoiles dans le ciel. A défaut, la tentation est forte de vouloir les expliquer à tout prix, en ayant recours à des forces occultes, divines ou démoniques, créées pour l’occasion, tout simplement pour nous délivrer du besoin de comprendre.

 

Le calcul fortifie la raison, et par suite les possibilités d’échange et de compréhension mutuelle, de confiance et de collaboration : un même raisonnement peut être partagé, alors que le recours aux divinités conduit facilement à l’affrontement, à la recherche d’une suprématie, à moins qu’elles ne conduisent à la soumission, à l’abandon de tout espoir de comprendre réellement et d’influencer ainsi les choses de la vie. Mais attention aux excès : les chiffres nous éclairent, mais la qualité leur échappe souvent. Utilisons-les sans en devenir les adorateurs.

 

La référence aux dieux n’est pas artificielle. Dans la culture chrétienne, le mot multiplication appelle une suite bien connue, des pains. La multiplication des pains que l’Evangile nous présente est porteuse d’un message fort, repris dans de multiples textes sacrés, à savoir que Dieu pourvoit aux besoins de ses fidèles, comme il le fait pour les oiseaux. Le vin des noces de Cana complètent ce message côté boisson, avec en prime un plus sur la qualité. Ne vous en faites pas, faites confiance à votre Dieu, et vous serez dans l’abondance. Une affirmation fortement ancrée dans nos esprits, et qui rejette de fait l’idée même de limites. Le fait divin renvoie à l’infini et à l’éternité. Est-ce durable ?

 

Pour certains, les textes sacrés doivent être pris à la lettre. Seul le pécheur est donc menacé de manquer de ressources, et le juste n’a rien à craindre. Mais une autre foi s’est répandue, qu’il convient d’observer de près. Le divin a pris le manteau du progrès technique, qui pourvoira à tous nos besoins. Les limites sont repoussées toujours plus loin par la connaissance et la science. Le mythe de Prométhée, qui domestiqua le feu du ciel, est toujours bien vivace. L’Homme se substitue à Dieu pour maîtriser les éléments, et voit ainsi son pouvoir franchir toutes les limites. Les réserves d’énergie sont épuisées ? La science fera naître des ressources inépuisables. Les déchets dangereux s’accumulent ? Des procédés technologiques nouveaux nécessaires pour les traiter seront développés. De nouvelles agressions menacent notre santé ? La médecine relèvera ces défis comme elle l’a toujours fait dans le passé.

 

Tout se passe comme s’il n’y avait aucun problème à répondre à des besoins nouveaux, sans qu’il n’y ait rien à faire sur l’origine de ces besoins, leur nature réelle. La demande peut enfler à l’infini, une offre performante saura y faire face : Dieu ou la science, selon les références personnelles, y veilleront.

 

Une phrase, sans doute, explique cette certitude qui commence à peine à être mise en doute. Une phrase inscrite si tôt dans nos cerveaux et notre mémoire collective qu’elle est constitutive de nos certitudes et de notre culture commune, et par suite de nos lois humaines et divines. Croissez et multipliez. Ces trois mots venus de la nuit des temps, de l’origine de l’humanité et du paradis terrestre, nous ouvrent les portes de la planète et nous donnent mission de l’occuper toute entière.

 

Il se trouve juste qu’aujourd’hui nous arrivons au terme de cette feuille de route, et qu’il va falloir en trouver une autre, ou alors lui donner une nouvelle interprétation.

 

Cette transition, que nous vivons actuellement, au cours du XXIème siècle, est à l’évidence un temps fort de l’histoire de l’humanité, un moment unique, historique au sens plein du terme.

 

La transition d’un développement quantitatif à une autre modèle, un autre paradigme pour reprendre un mot savant, où la valeur ne sera plus fille du nombre – toujours le calcul ! – mais de la qualité, de l’humanité incorporée. C’est ça le développement durable.

 

 
Prochaine chronique : découpage

[1] Voir la chronique Robinet , du 22 juin 2006

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Lundi 27 novembre 2006

C'est bien le mot Paquet qui nous intéresse aujourd'hui, mais cette illustration aurait aussi bien convenu pour "botter" ou "touche", car la RATP nous donne ici un magnifique exemple de ce qui s'appelle "botter en touche".

Revenons à nos paquets. Nous pourrions ici parler de ce que l’on appelle le « sur emballage », avec des boîtes qui s’emboîtent à n’en plus finir, des étuis gigognes, etc. Choisissons plutôt une approche populaire du mot paquet, au sens « mettre le paquet ».

Dans l’histoire récente de la France, il est arrivé plusieurs fois que l’on fasse des choix lourds de conséquences. Une filière est retenue, et tous les financements publics convergent alors dans cette direction, pour plus d’efficacité. C’était une France où l’Etat était un opérateur important au plan industriel, ce qui semble ne plus être le cas aujourd’hui. C’est ainsi qu’on a mis le paquet sur une informatique nationale, avec une entreprise pivot, Bull, que l’on a créé le Concorde, Airbus, le TGV, etc. On a eu des grands plans, comme le plan câble, le plan neige, et bien d’autres encore. La puissance de groupes nationaux, d’Etat, ou de la commande de l’Etat a permis ces grandes aventures industrielles, dont une partie notable a connu des échecs retentissants, à l’image de la politique des abattoirs symbolisées par La Villette. D ’autres se sont révélés salutaires, et c’est bien pour ça qu’il faut tenter de comprendre les conditions à remplir pour ça marche.

 

Mettre le paquet a du bon, à condition de ne pas se tromper de futur, et de baliser le chemin de points de contrôle, qui permettent d’évaluer en continu l’efficacité des efforts consentis. Parce que l’argent est investi dans une filière, c’est autant d’argent inaccessible pour d’autres. Se tromper peut avoir des conséquences redoutables par déficit d’engagement dans la bonne voie.

 

Un des grands défis aujourd’hui est le carbone. Il y en a trop dans l’atmosphère, et nous n’arrêtons pas d’en ajouter. Il faut donc investir massivement pour casser cette spirale, et remonter la pente. Un économiste Britannique, Nicholas Stern, donne un chiffre dans un rapport récent au Premier ministre Tony Blair : 1% du PIB, tel est le prix de la lutte contre le réchauffement climatique[1]. Chiffre à comparer avec le coût du « rien faire », 5% au minimum, et peut-être 20% selon les scénarii. 1%, c’est déjà un paquet, et il ne faut pas louper son coup, et même chercher à en tirer des effets secondaires intéressants, des sous-produits, des dividendes additionnels. Pour Nicholas Stern, la lute contre le réchauffement climatique pourrait provoquer une croissance de 2% par an. Si l’effet de serre n’existait pas, il faudrait donc l’inventer pourrait-on en déduire[2]. Oui, si on ne se trompe pas de chemin. Les 2% de bonus ne sont pas automatiques, il faut aller les chercher. Le double dividende se mérite.

 

Depuis la révolution industrielle, disons le milieu du XIXème siècle, les pays occidentaux ont fondé leur croissance sur le déstockage  de ressources, notamment de produits énergétiques, le charbon au début, puis le pétrole et le gaz. Du carbone qui se retrouve, au bout d’un temps plus ou moins long, dans l’atmosphère où il s’ajoute à celui qui y est déjà, et qui participe au cycle de la photosynthèse. Premier objectif, donc : arrêter de déstocker. C’est difficile, car la substitution de l’énergie fossile par le l’énergie renouvelable liée au flux réguliers du soleil sur la planète, est coûteuse. Le prix d’un litre de pétrole extrait et raffiné est beaucoup plus faible que l’équivalent produit à partir de la biomasse, avec les techniques actuelles. Il faut des artifices fiscaux pour compenser les écarts pour le carburant, mais c’est ignorer que les taxes ne sont pas totalement artificielles, et sont là pour assurer indirectement le financement de tous les services liés à l’usage du carburant, tels que la route, la police et la sécurité. Les énergies renouvelables sont par nature diffuses, et se prêtent mal à des besoins concentrés d’énergie, pour certaines installations industrielles notamment. Il va donc falloir « mettre le paquet » pour trouver d’autres réponses aux questions de l’énergie et du carbone.

 

La réponse est multiple, c’est une combinaison de mesures que nous connaissons tous, les économies d’un côté, les énergies alternatives de l’autre. Rendre le même service en consommant beaucoup moins d’énergie, et trouver d’autres sources pour l’énergie qu’il faudra quand même fournir. On sait que la première piste est féconde, car le faible prix de l’énergie n’a pas jusqu’il y a peu incité à des économies. Le contexte a changé, et les incitations à la rigueur sont portées par les prix actuels et la peur de manquer. Ce ne sont pas que des améliorations à des process actuels qui vont fournir la solution, ce sont souvent de nouveaux procédés, fondés sur de nouvelles techniques et des modes de vie profondément transformés, autant que l’automobile, le téléphone portable et la télévision ont pu les influencer dans le passé. Pour produire une énergie décarbonée, il faudra éviter les anciens travers, à savoir compter sur de nouvelles ressources stockées plutôt que de valoriser les flux. Le nucléaire assis sur l’uranium, minerais présent sur la planète en relativement faible quantité, avec ses propres contraintes géopolitiques, et les risques liés à son exploitation, son enrichissement et ses déchets, ne peut être une solution durable. Les investissements qu’il exige prolongent la politique du déstockage, qui ne peut apporter de réponse durable. Le projet Iter qui est lancé aujourd’hui est prometteur, puisqu’il n’est pas inféodé à une ressource limitée. Il est en outre commun à de nombreux pays, signe que la coopération se substitue progressivement à la compétition. Mais il ne sera pas applicable avant 2050, date à laquelle il aura fallu diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre. C’est peut-être l’énergie d’après demain, pour les besoins fortement concentrés, mais pas celle de demain, ni pour les usages diffus.

 

Entre temps, il nous faut revenir rapidement à une économie de flux, exploitant le produit de l’année aux stockages de sécurité près. Une économie ultra performante et sobre, capable de stocker le carbone en excédent dans l’atmosphère. Une croissance favorable à la décarbonisation, où par exemple la chimie des productions végétales aura pris la relève de la chimie du charbon ou du pétrole. Il en faudra de l’innovation pour y parvenir, et en amont avoir mis le paquet sur une nouvelle ingénierie des modes de production.

 Merci à Jacques Saint Marc pour la photo qui illustre cette chronique.

 

 

 

 
Prochaine chronique : Multiplication

[1] D’autres rapports récents donnent des résultats similaires. Citons le rapport du Global Development and Environment Institute de l’université de Tufts aux Etat-Unis, Climate change – The costs of inaction, et celui des sénateurs Pierre Laffitte et Claude Saunier devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques Changement climatique et transition énergétique : dépasser la crise.

 

 

 

 

[2] Voir à ce sujet la chronique Vérité , publiée dans ce blog le 10 octobre

 

 

 

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Jeudi 23 novembre 2006

Les démarches administratives sont parfois durables, mais pas au sens que l’on aurait souhaité. L’univers de l’administration n’est pas celui du citoyen, et ses lois sont bien mystérieuses pour le profane. On a là une confrontation de cultures, avec des incompréhensions et un grand maître nommé Kafka.

 

Oublions ces mésaventures, et  reprenons le sens premier du mot « démarche » : manière de marcher. Appliqué à un projet, c’est sa manière de progresser qui est traduite par le mot démarche, avec ses méthodes, ses forces propres, sa réactivité aux évènements extérieurs. Une manière de procéder, dont va dépendre la qualité du résultat, son adéquation aux besoins. Le développement durable se situe dans cette logique, c’est avant tout une dynamique, une machine en marche, comme le mot développement l’indique au sens propre. Associé au mot durable, c'est-à-dire dont on ne voit pas la fin, on ne peut le décrire comme un état idéal d’achèvement, stabilisé. C’est donc la démarche qui compte, la manière d’avancer sans rencontrer d’obstacle insurmontable, et non un aboutissement en forme de monde idéal. C’est comme la démocratie, un éternel combat, jamais totalement gagné.

 

Il convient donc d’initier la démarche, laquelle s’enrichit par la suite à chaque étape. Le risque est gros, en matière de développement durable, que l’on soit trop exigeant au départ, surtout que l’on est pressé. Il faut partir avec un gros bagage sur le dos, trois « piliers », 27 principes, et la bonne gouvernance. Avant que l’on ait réuni et assimilé tous ces éléments, il s’en passe du temps, et en plus, on n’est jamais sûr que l’on a rien oublié, il y a toujours de bons apôtres pour vous reprocher telle approximation, ou tel présupposé. A vouloir trop bien faire, il arrive qu’on ne fasse rien, ou qu’on le fasse trop tard ou encore qu’on le fasse dans la panique, en se raccrochant à un aspect particulier au risque d’oublier les autres.

 

Il faut accepter d’avancer par étapes[1], avec humilité mais avec conviction. Ne pas vouloir tout traiter à la fois, entrer par toutes les portes, mais choisir une porte et adopter une démarche offensive. Une démarche faite de rigueur et de curiosité. C’est celle-ci qui est garante de l’ouverture d’esprit nécessaire pour enrichir en continu un cheminement qu’il faut bien engager à partir d’une porte, à moins d’être ubiquiste ce qui n’est pas le cas général. Partir modeste, donc, mais avec une méthode solide et de grandes ambitions. Sans idée trop arrêtée du produit que cette démarche engendrera, pour ne pas enfermer la créativité du processus, pour ne pas reproduire peu ou prou des solutions toutes faites.

 

Illustrons ce propos par un exemple concret, le bâtiment. Aux approches sectorielles, bioclimatiques par exemple, ou bien à partir d’un matériau particulier, comme le bois ou la terre, se sont ajoutées récemment, dans de nombreux pays, des approches « systèmes », prenant en compte un ensemble de paramètres et leurs interférences. Il s’agit aussi bien de l’environnement des usagers, l’environnement intérieur et la qualité du service qui leur est rendu, que de l’impact du bâtiment sur l’environnement extérieur, du paysage créé au réchauffement climatique. Le bilan est fait sur le « cycle de vie » du bâtiment, incorporant les matériaux et les travaux (de la construction à la démolition), les consommations d’énergie et d’eau nécessaires à la vie du bâtiment, les produits d’entretien, etc. Un ratio service rendu par rapport au poids environnemental, en quelque sorte.

 

 

Dans cette famille d’approches modernes, la française se différencie par l’importance accordée à la démarche, au process. Pas de réponse toute faite ni de technique imposée, mais un ordre de marche. Une démarche qui amène à se poser des questions précises, sur les enjeux environnementaux définis ci-dessus, sur le service attendu et les usages futurs du bâtiment. Une manière, aussi, de créer une collaboration fructueuse entre tous les acteurs, avec un langage commun qui permet de se comprendre, et d’atteindre des niveaux de performance inaccessibles par une approche cloisonnée ou séquentielle.

 

La question à laquelle les créateurs de la démarche « haute qualité environnementale », HQE, ont tenté de répondre est comment conçoit-on et réalise-t-on un bâtiment bon pour l’environnement, alors que nos amis britanniques, précurseurs en la matière, se posaient la question à quoi reconnaît-on un bâtiment bon pour l’environnement.

 

Les approches étrangères se focalisent sur le résultat, jugé à partir d’une grille de paramètres semblables à ceux utilisés en France. Le choix français, de privilégier la démarche, est très exigeant. Il demande une volonté affirmée, un souci permanent de gouvernance des « parties prenantes », des bilans réguliers, une vision dans la durée. Des exigences qui n’ont guère de sens si le projet ne s’inscrit pas dans une politique générale, s’il n’influence pas la manière dont les activités qu’il accueille vont se développer, et le mode de gestion du bâtiment. Un choix très différent de la formule de contrôle a posteriori de niveaux de performances, garanti le cas échéant par un label. La vérification du niveau atteint présente bien sûr l’intérêt de le rendre plus lisible et d’offrir une possibilité de challenge, toujours mobilisateur, mais elle n’a de sens que comme étape dans une dynamique. La démarche, c’est ce qui donne au projet son caractère durable, bien au-delà d’une simple caractérisation technique. C’est toute la différence entre une approche strictement environnementale et une approche durable.

 

 

 Prochaine chronique : Paquet



[1] Voir la chronique étape, publiée le 6 novembre 2006

 

Par Bidou - Publié dans : developpement-durable
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Lundi 20 novembre 2006

Quel mot désagréable ! Et si commun, il y a des taxes partout. L’écologie vient à son tour justifier de nouvelles taxes. Une « taxe écolo » va financer le recyclage des produits électriques et électroniques nous annonce Le Parisien dans sa une de mardi dernier 14 novembre.

 

 

Le débat ouvert dans les colonnes du journal est vif : l’un trouve le principe d’une écotaxe « particulièrement juste », tandis que d’autres trouvent que « l’on va payer deux fois pour la même chose ». Le problème, c’est que ce n’est pas une taxe. C’est une augmentation du prix, organisée par les distributeurs pour faire face à une nouvelle obligation : celle de reprendre et de recycler les vieux matériels électroménagers, les téléphones, les lampes, les ordinateurs, etc. Quatre sociétés ont été agrées pour gérer ces produits récupérés par les distributeurs, et il faut bien les payer pour ce travail. Le prix est donc facturé en plus du prix habituel du produit neuf, de 1 centime d’euro pour un téléphone portable à 12 ou 13 euros pour un gros matériel électroménager. But de l’opération : la pédagogie. En faisant apparaître le prix de « la fin de vie » des matériels, on aide le consommateur à prendre conscience qu’il faut prévoir dès sa conception le traitement d’un produit après usage. Avant, ce prix était de fait confondu avec le reste, il n’apparaissait pas, et le consommateur ne pouvait avoir conscience de toutes les conséquences de son achat. Vous avez noté que cet effort de pédagogie est supporté par l’acheteur !

 

 

Ce dispositif qui consiste à payer à l’achat le prix du traitement d’un produit après usage n’est pas nouveau. Quand vous payez votre facture d’eau, vous payez le traitement de l’eau usée en même temps que l’eau pure qui arrive à votre robinet. La nouveauté consiste là dans l’obligation de reprise des matériels usagers, et ce n’est pas négligeable. Depuis longtemps, pour les produits du bâtiment, le distributeur Point P s’est organisé pour recueillir les déchets de chantiers que les artisans amenaient en venant charger des matériaux neufs. Reprendre la vieille télévision en livrant un nouveau modèle semble tout naturel. L’obligation nouvelle traduit une directive européenne de janvier 2003, mais nos voisins belges avaient adopté ce genre de mesure dès 2001. Un regret, toutefois : cette « taxe » est forfaitaire, et ne tient pas compte de la manière dont le consommateur se débarrasse de son vieux matériel. Le jeter dans la nature, dans la poubelle, ou le rapporter dans un lieu ad hoc, ce n’est pas la même chose, et un différentiel de prix aurait pu permettre de récompenser le bon consommateur, et de pénaliser le pollueur. Il faut bien procéder par étape[1], et ceci en est sûrement une première. On parle aussi d’ouvrir la formule à d’autres types de déchets, comme les textiles.

 

 

Une pseudo taxe pédagogique, donc, qui arrive judicieusement à la veille des fêtes, et qui ouvre le bal pour d’autres annonces, sur d’autres taxes. Il semble là que les bons élèves seront distingués, car il est prévu que la « taxe générale sur les activités polluantes », une des transcription française du principe pollueur- payeur, augmente de 10% sauf pour les entreprises ayant adopté un système de management environnemental. La vertu récompensée, il faut le saluer. Nous sommes entrés dans l’ère de la fiscalité écologique. Une fiscalité qui pénalise les pollueurs, et qui allège la charge des ménages et des entreprises qui font des efforts. Les collectivités locales pourront ainsi exonérer de taxes foncières les terres dédiées à l’agriculture biologique, et les logements économes en énergie. Les carburants « verts » bénéficient d’un régime fiscal privilégié, etc.

 

 

L’ensemble de ces mesures constitue des signaux vers les consommateurs et les entreprises car il y a un lien direct entre la cotisation, quelle qu’en soit la forme, et le comportement vis-à-vis de l’environnement. On peut les classer en deux catégories, selon que les taxes perçues sont affectées spécifiquement à une réparation de dommages environnementaux, comme la taxe sur les nuisances sonores aériennes, ou qu’elles abondent le budget général de la collectivité. Dans ce cas, le niveau de pollution fournit une base de taxation, et la politique environnementale est financée par ailleurs. Mais ne pas payer de taxe du tout, dans ces domaines, c’est faire prendre en charge la dégradation de l’environnement par tout le monde. Situation injuste car elle frappe le pollueur comme le précautionneux, le pauvre comme le riche, et stérile, puisqu’elle n’entraîne aucun changement de comportement des acteurs.

 

 

La fiscalité environnementale doit être lisible aisément. Les taxes n’ont pas bonne presse, on en comprend les raisons, et il ne faut pas que l’environnement ne soit perçu que comme un bon prétexte à lever de nouveaux impôts sans rapport avec lui. Il y a des « taxes » qui ne sont en définitive que le juste prix d’un service rendu par la collectivité. La taxe sur les ordures ménagères en est une bonne illustration. Il ne faut pas les confondre avec des impôts destinés à payer des services publics d’ordre général, comme les écoles, la justice ou la diplomatie. Une taxe bien identifiée, destinée au financement d’actions en rapport direct avec le comportement qui la provoque, est bien mieux acceptée qu’un prélèvement global. Bien conçue, elle permet de gagner sur deux tableaux, la prise de conscience et le changement de comportement d’un côté, le financement d’actions correctives de l’autre. Un double dividende, dans l’esprit du développement durable.

 

 
Prochaine chronique : Démarche

[1] Voir la chronique du 6 novembre sur ce blog

 

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Jeudi 16 novembre 2006

On est impressionné par les vitesses que le TGV peut atteindre, en essai ou en routine : deux heures vingt pour aller de Paris à Strasbourg, quel exploit ! La vitesse est une valeur très forte dans nos esprits, et c’est bien elle qui oriente les recherches, c’est elle qui nous permet de mesurer des progrès.

 

La vitesse privilégie une variable : le temps. C’est par rapport au temps que l’on évalue l’efficacité d’un parcours entre deux villes. Le temps est bien sûr une variable très importante,  mais ce n’est pas la seule. Il y a l’énergie dépensée pour un kilomètre parcouru par une personne ou une tonne de marchandise, la qualité de vie des usagers, pendant leur voyage, et celle des personnels, et celle des riverains de la ligne, avec le paysage qu’elle a transformé, le bruit qu’elle provoque, la richesse biologique et le régime des eaux,  et les paramètres habituels de régularité, de capacité, de sécurité. Tous ces paramètres sont intégrés dans l’étude des projets, mais comment les hiérarchise t-on ?  Paradoxalement, l’introduction du mot « durable », donc la référence explicite au temps, nous conduit à prendre du recul par rapport au temps, à ne pas lui donner systématiquement la première place. Vouloir raccourcir le plus possible une durée n’est-il pas l’acceptation implicite que ce temps est sans intérêt ? A l’inverse, donner à chaque instant de la vie, fut-ce de transport quotidien, le maximum de qualité, ne nous conduirait-il pas vers d’autres choix ? Sans doute que le progrès technologique nous permet de chercher l’efficacité à tous les points de vue à la fois, et tant mieux si on peut gagner à la fois sur la vitesse et la qualité de vie.

 

Aujourd’hui, la question de l’énergie est sensible, et le restera encore pendant quelques dizaines d’années, selon toute probabilité. Les transports en consomment beaucoup, n’arrêtent pas d’en consommer plus, et contribuent de plus en plus à l’effet de serre. Le défi est donc d’allier vitesse, qualité de vie, et économies d’énergies. Une variable de plus à intégrer, avec un objectif fort : la réduction de « l’intensité énergétique » des transports, la quantité d’énergie nécessaire pour assurer un déplacement donné.

 

La question va bien au delà des transports. Pour les marchandises, par exemple, ce n’est pas la quantité d’énergie dépensée dans leur transport qui compte, mais celle incorporée dans le produit livré au consommateur, et utilisé par lui. C’est un bilan global. Le transport de la betterave jusqu’au marché n’est qu’un élément du bilan. Il faut ajouter l’énergie consommée pour la produire, l’arracher, la conditionner, et celle que le consommateur dépense pour aller la chercher avec sa voiture, et la cuisiner, sans oublier celle qui sera nécessaire pour brûler les épluchures, si celles-ci ne sont pas compostées. Pour un appareil ménager, ou une voiture, il faut ajouter la consommation d’énergie liée à leur usage. Le transport apporte une contribution forte à ce bilan, mais ce n’est qu’une contribution. C’est comme pour une maison. Les matériaux pèsent dans le bilan énergétique, mais c’est l’efficacité de l’ensemble qui doit être pris en compte, le bilan réel se fait sur la maison et la qualité du service qu’elle rend avec ses consommations et rejets quotidiens, par sur ses composants.

 

Revenons aux transports. L’équation énergétique comporte de nombreux paramètres : la localisation des activités, de l’habitat, des lieux de production et de consommation, le poids des marchandises et leur conditionnement, leur degré de fragilité et les conditions de leur préservation, les délais de livraison affichés[1], etc.

 

Les facteurs d'amélioration sont donc multiples, à l'image des paramètres à intégrer[2]. Le volet strictement transport se révélant globalement peu onéreux et très réactif, la tentation est forte de l'utiliser comme variable d'ajustement. Si le recours aux transports était plus compliqué ou plus pénalisant pour les acteurs, à un titre ou à un autre, nul doute que l'effort se porterait aussi sur les autres paramètres évoqués ci-dessus. La performance du secteur des transports a entraîné sa banalisation, et une baisse du niveau d'imagination et de créativité dans la recherche de solutions alternatives. Quand la société de vente par correspondance les Trois Suisses, à la demande de son président de l'époque, a voulu réduire les émissions de gaz à effet de serre provoqué par ses transports, elle a agi sur tous les paramètres, et pas exclusivement sur le choix du gaz naturel  pour leurs camions. A l'inverse, quand la banque populaire du Haut Rhin a déplacé son siège social du centre de Mulhouse en périphérie, elle a engendré un volume de transports supplémentaires, heureusement compensés par les économies d'énergies faites sur le bâtiment, grâce à une démarche HQE.

 

 

La performance attendue des transports reste essentiellement la vitesse, qui a été la manifestation du progrès de ce secteur. C'est bien, ça réduit la pression sur l'organisation des chaînes de production et de distribution, puisque l'on peut se décider au dernier moment. Au lieu d'être un plus, la vitesse est devenue une facilité, qui permet d'alléger les contraintes de la prévision et de l'organisation. « Je crois que la plus grande faiblesse de la vie moderne, c’est d’amener une atrophie de nos facultés » disait René Dubos. C'est bien le paradoxe de la performance, elle peut faire croire que les problèmes sont résolus et qu'on a plus besoin d'être intelligent. En se concentrant sur un aspect, et en négligeant les autres, et en particulier la consommation d'énergie, elle a déplacé les problèmes. Résultat : les transports se retrouvent au banc des accusés de réchauffement climatique. Ils se trouvent chargés de péchés d'autres secteurs, dont les gains énergétiques ont été obtenus en augmentant considérablement le volume des transports.

 

Le découpage de la vie en tranches, notamment une tranche « transport », empêche d'avoir spontanément une vue globale. A l'inverse  le développement durable nous invite à adopter une approche intégrée qui seule permet d'évaluer clairement et simplement l’ensemble des enjeux.

 

 

Prochaine chronique : Taxe

[1]    Voir à ce sujet la chronique « camion », du 21 mars 2006

 

[2] On en trouvera l’illustration dans le guide publié récemment par Orée, « Performances environnementales des pratiques de transport et de logistique », www.oree.org.

 

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quelques articles et ouvrages

Vous trouverez ci-dessous une liste de mes principaux articles, rapports et ouvrages sur le développement durable
- Rendre les villes intenses, Revue Urbanisme, septembre octobre 2008 Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf Rendre-les-villes-intenses-Urbanisme-sept-oct-2008.pdf
- 11 recettes pour le développement durable, chroniques publiées dans le magazine CyberArchi www.cyberarchi.com de janvier 2007 à juin 2008,11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf 11-recettes-pour-le-d-veloppement-durable-oct-08.pdf
- Le risque, composante du développement durable, La part du risque, septembre 2008, http://www.lapartderisque.fr/Le-risque-composante-du.html  
 - Le développement durable : une logique de dépassement, Revue politique et parlementaire, numéro hors série Le Grenelle de l'environnement, avril 2008 le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf le-DD--une-logique-de-d-passement-RPP-avril-2008.pdf
- De bonnes recettes pour le développement durable, communication à l’académie d’architecture, 6 mars 2008Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf Expos---acad-mie-6-mars-08.pdf
- Pour le développement durable : une défense solide, une attaque créative, Préventique, n° 97, janvier-février 2008Article-dans-Pr-ventique.pdf Article-dans-Pr-ventique.pdf
- La haute qualité, une bonne recette pour le développement durable, Qualitique, n° 193, décembre 2007
article-dans-qualitique.pdf article-dans-qualitique.pdf

- Coup de shampoing sur le développement durable - Ibis press, 2007  www.ibispress.com  Voir rubrique ci-dessous

- La qualité environnementale des opérations d’aménagement, Etudes foncières, n° 127, Mai-juin 2007 artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf artcicle--tudes-fonci-res-sur-environnement-et-am-nagement.pdf

- Développement durable, XXIème siècle : un défi pour les économistes, Sociétal n°53,

juillet 2006 Soci-tal--version-publi-e.pdf Soci-tal--version-publi-e.pdf

- Éthique et construction, revue « profession achat » n°20, déc 2005 – Janvier 2006

- La science des systèmes : un levier pour le développement durable, communication au congrès européen de systémique, Paris, 19 septembre 2005

 

- La HQE, une dynamique en marche, in Nouveaux paris, la ville et ses possibles, sous la

 

direction de Nicolas Michelin, Picard 2005

- Les inégalités écologiques en milieu urbain (avec col.) Inspection générale de l'Environnement et Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- Le développement durable, un nouvelle frontière pour les services déconcentrés de l’Etat, (avec Dominique Schneider et col.) Conseil général des Ponts et chaussées, 2005

- L'air, in revue Passages, Panorama 2004 du développement durable, édition spéciale n°1,

décembre 2004

- Tous gagnants, la dynamique du développement durable – Ibis press, 2004 www.ibispress.com Voir rubrique ci-dessous

- Une démarche de progrès pour le bâtiment, Constructif, novembre 2003

- Une gestion « sociétale » des entreprises, Entreprise éthique, avril 2002

- Un moteur de modernisation, revue politique et parlementaire, mars-avril 2000

- Environnement et développement économique, in Poursuivre la décentralisation, Editions Pouvoirs locaux, 1994

- Le livre vert de l’écologie urbaine dans la construction et l’habitat, ministère de l’Equipement, 1993 Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc Livre-vert---cologie-urbaine.2doc.doc

- Écologistes : le malentendu, revue politique et parlementaires, n° 914, Janv-Fév 1985

 

 

 

 

Deux livres sur le DD

Ma pratique professionnelle et associative du développement durable, et la rédaction régulière de ce blog m'ont conduit à écrire deux livres sur le développement durable, édités aux éditions Ibis Press (www.ibipress.com )  Le premier dont l'objectif esst tout simplement de donner l'envie d'y aller a été publié en 2003 sous le titre Tous gagnants, la dynamique du développement durable. Il est préfacé de Michel-Edouard Leclerc, et post facé de Jean-Claude Antonini. On trouvera ci-attaché, en cliquant sur l'icone correspondante, une présentation de l'ouvrage  pr-sentation-Tous-gagnants.pdf pr-sentation-Tous-gagnants.pdf  et le dépliant (avec bon de commande) flyertousgagnants.pdf flyertousgagnants.pdf .

Coup de shamping sur le développement durable (2007) est le rassemblement des 80 premiers billets de ce blog, mis en perspective par une introduction ( intro-Coup-de-shampoing.pdf intro-Coup-de-shampoing.pdf ) et une conclusion synthétiques. Didier ADES en a rédigé la préface. On trouvera ci après la présentation de l'ouvrage texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf texte-de-presentation-Coup-de-shampoing.pdf , et le dépliant Depliantcoupdeshampoing.pdf Depliantcoupdeshampoing.pdf
 

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