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Notes de lectures


Vous trouverez dans cette rubrique des réflexions et analyses inspirées de livres ou rapports que j’ai eu entre les mains. Des ouvrages pas forcément sur le développement durable, mais qui méritent d’être regardés avec les lunettes du développement durable. On trouvera ainsi, dans l'ordre d'apparition à l'écran


L’intelligence du stress, Jacques Fradin
Vie et mort de la population mondiale, Hervé le Bras
Eco-tech, Moteurs de la croissance verte en Californie et en France, Anne Sengès
Horizons 2030-2050, Lettre de la mission Prospective du Commissariat général au développement durable
La ville écologique - contribution pour une architecture durable, AS. Architecture-Studio

Les écoquartiers, Pierre Lefèvre et Michel Sabard
Ecoquartiers : secrets de fabrication Analyse critique d’exemples européens, Taoufik Souami
Ambition d’art de vie, Jean-Pierre FAYE
Et pour quelques degrés de plus, Christian de Perthuis

Le bilan de compétences, Michel Joras
Ambiances, densités urbaines & développement durable, Elisabeth Pélegrin-Genel et François Pélegrin
In the bubble, de la complexité du design durable, John Thackara
La géopolitique de l’émotion, Dominique MOÏSI


Toutes les notes de lecture que les internautes voudraient me communiquer seront les bienvenues.



L’intelligence du stress
Jacques Fradin
Eyrolles, 2008


stress

Si le développement durable est un pari sur l’intelligence, cet ouvrage est assurément bien utile. Il concerne la manière dont nous mobilisons nos neurones. Le stress est le signal que ça ne fonctionne pas bien, que l’on se trompe de zone du cerveau à stimuler pour résoudre un problème. Le stress se manifeste par la fuite, l’agressivité ou l’inhibition, selon les situations, et on voit bien qu’aucune de ces attitudes n’apporte de solution durable.

Revenons à nos cerveaux. Pour faire vite, on distingue deux parties. La première pour les questions simples et celles que l’on a déjà connues, pour lesquelles on a des réponses toutes faites. C’est la plus ancienne dans notre cerveau, genre reptilien, très proche de nos réflexes, c’est le siège de nos acquis. Ses réponses sont automatiques, binaires (vrai/faux, etc.). Elle fonctionne selon six registres : Routine (néophobie), Refus (rigidité), Dichotomie (simplification, dualité), Certitudes (sensation de réalité), Empirisme (focalisation sur les résultats) et Image sociale (grégarité).  Quand on fait appel à cette partie du cerveau, on adopte un « mode mental automatique ».

Un autre mode mental est possible, qui a son siège derrière le front. C’est le « mode mental préfrontal », qui est « multitâche, multidimensionnel, c’est un chef d’orchestre et un improvisateur ». Ses registres sont à l’opposé de ceux du mode automatique : Curiosité sensorielle (ouverture), Acceptation (adaptabilité, fluidité), Nuanciation (perception du détail et de la complexité), Relativité (recul), réflexion logique (esprit de rationalité) Opinion  personnelle (individualisation). Bref, il est ouvert et il sait tout faire. Une vraie merveille, le siège de notre humanité. Le problème est que souvent, face à l’inconnu, si la peur se réveille, dans la panique, on a recours au mode automatique, alors qu’il est incapable de trouver une solution originale. Transposé au niveau social, d’un groupe et non d’un individu, on voit bien les ravages que cela peut engendrer : la recherche désespérée de réponses toutes faites, et l’enfermement dans les solutions du passé, que l’on cherche à pousser à leurs extrémités au lieu d’en changer. Ce qui est rageant, c’est que chacun dispose du mode mental préfrontal. Il est vif et imaginatif, il peut trouver la bonne réponse. Il faut juste le solliciter, et accepter ainsi qu’il vous porte vers des territoires inconnus, ce qui est bien difficile quand la peur l’emporte, ou de vieilles certitudes, ou le souci du qu’en dira-t-on.

Le développement durable, la recherche d’autres futurs, passe par une confiance en soi, c'est-à-dire en son « mode mental préfrontal ». C’est la « préfrontal attitude », nouvel art de vivre que vous propose Jacques Fradin, avec des exercices pratiques pour y parvenir.



Vie et mort de la population mondiale
Hervé le Bras
Le Pommier, cité des sciences et de l’industrie, 2009



Un petit livre bien instructif, et facile à lire, ça fait beaucoup de qualités. Un ouvrage de référence, où le développement durable est très présent, à travers l’analyse de la pensée et des théories sur le concept de population mondiale. Concept moins évident qu’il n’y parait, tant sont grands les écarts entre groupes sociaux, entre cultures, entre modes de vie.
Un concept qui a mis du temps à émerger, car il suppose la vision d’une humanité universelle, où les hommes sont égaux, où l’on puisse faire des comptes, des additions, où l’on puisse mesurer des progressions. Longtemps, la division entre classes et catégories sociales ont empêché cette approche, qui n’est apparue qu’au milieu du XVIIe siècle, en Angleterre. Comment mélanger les propriétaires terriens et les prolétaires ?
L’essai d’arithmétique politique de William Petty  qui tente cette première approche de la population mondiale est une étape marquante dans une histoire riche en rebondissements, où il apparaît clairement que le concept même et les instruments de mesure qu’il suscite sont de haute portée idéologique, et par suite politique. Les développements en sont encore très présents dans les interventions soutenues par les organisations internationales et de grandes fondations américaines pour maîtriser l’évolution de la population mondiale.
La relation aux ressources, au niveau de développement et d’éducation, au chômage, à l’économie en général sont omniprésentes dans ces théories, pour lesquelles le concept de population est souvent un argument bien opportun, pas toujours très scientifique.
Un livre que l’on pourrait qualifier de salutaire, tant il fait bien le ménage dans la pensée sur les questions de population, trop souvent détournée, benoitement conventionnelle et surexploitée .

 


 

Eco-tech
Moteurs de la croissance verte en Californie et en France
Anne Sengès
Autrement, 2009
Eco tech

Le rôle des écotechnologies est le thème central de cet ouvrage, et  la comparaison entre deux économies permet de voir quelles sont les conditions de leur succès. Deux parties, donc, l’une sur la Californie, la seconde sur la France, mais un seul sujet, les écotechnologies. La réactivité nettement plus vive en Californie interpelle, d’autant qu’il apparait que les deux pays ont des atouts intéressants. La réponse est résumée en une phrase, prononcée par Léna Spinazzé, directrice associée chargée des éco-innovations dans un cabinet français, BeCitizen, et rapportée par Anne Sengès : « Des innovations de rupture, on en a plein les cartons. En revanche, on n’a pas d’entrepreneurs pour les porter sur le marché ».Ce ne sont donc pas les aides en recherche et développement qui font défaut, mais la culture entrepreneuriale et le financement des Start up susceptibles de donner une suite commerciale à une innovation. De longs développements sur le rôle du capital risque complètent cette analyse, mais on, sent bien qu’il s’agit du même phénomène, transposé à la finance. Le passage aux actes ne vient pas, ou du moins pas avec l’ampleur et la rapidité qu’il faudrait pour transformer une bonne idée en un succès de masse. L’absence de culture du risque en France se fait cruellement sentir. C’est l’Etat qui supplée cette carence, mais avec les limites et les contraintes des interventions étatiques, même si les américains y trouvent un intérêt nouveau en période de crise.

En bonne journaliste, Anne Sengès présente de nombreux témoignages et décrit de nombreux exemples d’initiatives dans les deux pays, notamment dans la Silicon Valley qui a entrepris sa révolution verte depuis quelques années.  4 grands secteurs y suscitent un intérêt particulier : l’énergie solaire, passé en tête des choix des capital-risqueurs depuis 2008, les réseaux intelligents, smart grid, qui montent en flèche, les biocarburants à base d’algues, et le véhicule électrique.

Un livre qui ouvre les yeux, s’il en est besoin, sur les défauts d’ordre culturel, et renforcés au fil des années dans nos institutions, de notre pays face aux risques qu’il faut accepter pour innover. Un constat inquiétant quand il s’agit de développement durable, qui exige justement une réelle capacité à innover, à imaginer un avenir très différent du passé.

 


 

Horizons 2030-2050
Lettre de la mission Prospective du Commissariat général au développement durable
N°1, septembre octobre 2009


Une note de lecture pour saluer la première parution d’une lettre bimestrielle. La prospective et le développement durable ont évidement un air de famille, du fait des « transitions à la fois économiques, sociales, écologiques, institutionnelles ou technologiques qui doivent permettre d’évoluer vers des sociétés plus durable à des deux horizons du long (2030) et du très long terme (2050 »), pour reprendre les termes du Jacques Theys, responsable de la mission prospective. Horizons 2030 – 2050 présentera un dossier sur un thème particulier, ainsi que des brèves sur l’actualité de la prospective et un bloc note plus pratique. Pour le premier numéro de cette lettre, s’ajoute  une présentation des cinq programmes qui structurent  aujourd’hui les travaux de la mission prospective : la ville post-carbone, les transitions vers une économie écologique, territoire durable 2030, développement durable et reconfiguration des systèmes nationaux de recherche et d’expertise, la gouvernance multi-échelle et ses transformations. Le dossier est consacré à l’économie verte, considérée par de nombreux dirigeants comme un moteur de sortie de crise, mais sur laquelle subsistent des doutes quant à sa capacité « à amorcer un nouveau sentier de croissance ».  Il n’en reste pas moins que la rigueur et l’effort d’innovation dont l’économie verte est porteuse offrent un fort potentiel de dynamisation. Plusieurs modèles sont explorés, plusieurs hypothèses ou scénarios. Par exemple, la comparaison entre les stratégies d’innovation incrémentales et de ruptures technologiques donne deux visions contrastées. Elle éclaire le choix pris dans le cadre du Grenelle pour les performances des bâtiments : le passage d’une stratégie incrémentale, de progrès continus, à des exigences nettement plus ambitieuses, qui exigent des changements profonds dans les techniques et les modalités de travail.

L’intervention de la puissance publique dans ces périodes de transition est déterminante, et le dossier en présente une analyse du rôle et des modalités. « En ouvrant les perspectives à très long terme, la prospective a en effet un rôle important à jouer dans l’élaboration de politiques économiquement, écologiquement, scientifiquement mais aussi socialement et politiquement robustes ».
Vous pouvez télécharger Horizons 2030-2050 sur le site du ministère, www.developpement-durable.gouv.fr , rubrique développement durable, puis publications.


 

La ville écologique - contribution pour une architecture durable
AS. Architecture-Studio
AAM éditions 2009
Préface de Dominique Bourg
ville ecologique
Voici un nouveau regard sur la ville écollgique, après ceux d'experts ou de chercheurs présentés précédemment. Cette fois-ci, c'est un cabinet d'architecture et ses nombreux associés qui nous font part de leur expérience.
Deux approches dans cet ouvrage, le bâtiment et la ville. Bien sûr un discours général, en ouverture, sur le "parti pris" de ce cabinet, mais très vite des exemples de réponses apportées pour faire face à des exigences fortes et multiples. Des réponses d'ordre général, appliquées à des ouvrages particuliers, et construits dans des contextes très différents : la fondation Onassis à Athènes, le Parlement européen à Strasbourg, le centre pénitentiaire de St Denis de la Réunion, ou l'Université de la citadelle à Dunkerque, pour ne citer que quelques uns des exemples utilisés comme supports pour présenter des techniques.
Ces solutions sont intégrées au projet architectural, et en deviennent un atout. Ce sont la double peau, la façade active, les espaces tampons, les toitures dynamiques. Autant d'occasions pour les auteurs d'affirmer le souci du confort pour les utilisateurs, et d'exprimer leur conviction qu'un effort de recherche considérable reste à fournir,  notamment sur les matériaux, la santé, la morphologie des bâtiments.
Côté ville, partons des besoins d'aujourd'hui. "Alors que les grandes métroploes sont toutes entrées dans une course internationame à l'excellence, en matière de richesses, d'attractivité économique ou de qualité de vie, paradoxalement les difficultés d'accès au logement des classes moyennes, modestes ou défavorisées n'ont jamais été aussi fortes". l'enjeu est bien une production à la fois de masse et de qualité. Il s'agit de créer une "dynamique urbaine", en mettant à la disposition des acteurs des "boite à outil" et des "mécaniques opérantes". "L'éloge de la densité" est illustré à partir d'exemples variés : de l'écovillage à quelques kilomètres d'Angers aux grandes villes en passant par les villes périphériques. Avec une pointe d'exotisme, puique l'on passe volontiers de la Chine à l'Albanie, en passant par Issy-les-Moulineaux.
Un long développement consacré à Kaboul conclut ce livre. Nos auteurs y conçoivent une ville nouvelle pour offrir un avenir à cette ville qui est passée de 2 à 4 millions d'habitants depuis l'an 2000, et dont les infrastructures sont totalement dépassées. Une illustration forte que "le développement durable est d'abord une question qui se pose aux pays en développement. Elle est la seule porte de sortie de la misère. C'est pourquoi nous en avons fait la colonne vertébrale du projet Deh Sabz, bien que cet objectif n'ait jamais été explicitement formulé par le gouvernement afghan". Une illustration aussi de la conclusion de Taoufik Souami, dans son ouvrage présenté ici, selon laquelle la construction de nouveaux quartiers est "un moyen pour construire de nouveaux contextes socioéconomiques".


 

Les écoquartiers
Pierre Lefèvre et Michel Sabard, éditions Apogée, février 2009
Les écoquartiers
Pierre Lefèvre et Michel Sabard, éditions Apogée, février 2009
Ecoquartiers
Après les secrets de fabrication dévoilés par Taoufik Souami, voici un autre regard porté sur les écoquartiers par deux architectes enseignants, Pierre Lefèvre et Michel Sabard. Ils nous montrent comment ces écoquartiers sont une formidable occasion de réinventer la ville, pour reprendre une expression souvent galvaudée. Une approche plus académique, sans doute, qui tente au démarrage de donner une définition au terme « écoquartier ». Les auteurs s’inspirent pour cela de documents du ministère en charge du développement durable et de l’urbanisme, et de l’approche d’une grande collectivité, la communauté urbaine de Lille. Ils en tirent un cadre qui leur permet de passer en revue les principaux traits qui caractérisent nos villes. Les enseignements des réalisations et projets qu’ils ont visité nourrissent cette revue, et une présentation de chacune de ces opérations constitue une mine d’informations sur 14 cas en France et deux en Europe.
On trouvera ainsi des informations sur les lieux d’implantation de ces quartiers, souvent dans des friches (recyclage intelligent de casernes, de terrains industriels ou anciennement consacrés aux transports, faisceaux ferroviaires, ports, aéroports) mais aussi terrains retrouvés en centre ville ou en périphérie immédiate. Autre thème récurrent dans les écoquartiers, la nature dans la ville : la place de l’eau, la biodiversité, et l’évolution de la cité jardin à la ville-jardin, et le rapport entre les espaces verts et les espaces construits. Les pièges sont signalés, comme la vogue du « bois habité », et les interprétations très différentes qui en sont faites, du « mitage » d’un bois ancien à la plantation d’un petit massif de quelques hectares en complément d’une urbanisation sur une ancienne friche. Les formes urbaines, et le renouveau suggéré par la prise en compte des exigences écologiques, la compacité, le rapprochement de fonctions différentes, de trames vertes et bleues  et de pôles d’animation, toutes ces approches très concrètes font l’objet d’une analyse fine fondée sur l’observation. Le rôle des écoquartiers dans la ville, et la nature des liens qui doivent les réunir, les volets sociaux comme le recours à des techniques exigeantes de construction complètent ce tour d’horizon des écoquartiers, complété par un manifeste. Objectif, mettre en relation trois mondes qui jusqu’à aujourd’hui se tournent le dos, celui des habitants engagés dans l’habitat durable, celui des collectivités en quête de quartiers durables et celui des professionnels de l’aménagement et de la construction qui mettent en œuvre la Haute Qualité Environnementale. C’est le manifeste de la coproduction participative qui conclut cet ouvrage.

 


Ecoquartiers : secrets de fabrication
Analyse critique d’exemples européens, de Taoufik Souami
Editions Les carnets de l’info,  2009
Ecoquartiers

Un livre fort instructif, qui corrobore bien la conviction que je décline dans ce site, à savoir que le DD n’existe pas en soi, comme un être absolu, mais qu’il se construit tous les jours et à plusieurs. Le jeu des acteurs est au centre de ce livre sur la manière de « fabriquer » un quartier durable. Avec leurs espoirs, leur enthousiasme et aussi leurs défauts, leurs difficultés à porter ensemble un projet, dans la durée. Ce livre montre aussi le caractère volontaire du DD. "N’attendons pas des conditions favorables pour passer aux actes. Les expériences européennes conduisent à inverser le propos : il ne s’agit pas de déterminer les conditions économiques préalables à l’initiation d’un écoquartier, mais d’envisager ce dernier comme un moyen pour construire de nouveaux contextes socioéconomiques".

C’est l’histoire d’un concept vivant, d’une construction commune avec des collectivités, des entreprises, des promoteurs, des concepteurs, des habitants et j’en passe, comme les banquiers et l’Union européenne par exemple. C’est une négociation permanente, où les ambitions environnementales sont souvent rognées, parce que certains acteurs ne veulent pas changer leurs modèles, ou parce que l’on a des échéances à satisfaire du fait même que l’on est un écoquartier. Les paradoxes sont nombreux, dans cette affaire, mais le résultat est bien souvent
l’intégration technique et économique dans les stratégies des entreprises des ingrédients des écoquartiers.

L’auteur présente les pièges qui attendent les projets et leurs porteurs : la collaboration entre de nombreuses équipes spécialisées, le débat entre les tenants des choix très performants mais peu diffusables et les choix moins ambitieux mais facilement reproductibles, la grande dispersion des techniques « sur mesure », avec les difficultés de maintenance à attendre, les questions d’ordre juridique sur les structures d’animation de ces projets, la fragilité des financements, publics autant que privés, la difficulté à sortir de son périmètre pour s’inscrire dans la ville, et la tentation d’autonomie, le communication, indispensable mais si délicate, avec ses destinataires si divers. Des écueils décrits à partir des retours d’expériences en France et en Europe, avec le souci d’éclairer les candidats, de les alerter car aucun de ces problèmes n’est insurmontable, si l’on est averti.

 

Ambition d’art de vie
Jean-Pierre FAYE ( Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. )

Ambition d’art de vie

C’est le volet social du développement durable qui est au cœur de cet essai de Jean-Pierre FAYE. Inquiet, à juste titre, devant l’instrumentalisation du développement durable comme argument de vente, il propose de « basculer d’une logique strictement économique vers une logique de qualité de vie ». Ecrire sa propre histoire est pour lui au centre de ses préoccupations, dans un monde où les grands pouvoirs, économiques et politiques, tentent de prendre le contrôle de la manière de penser des gens. L’intelligence est mobilisée pour le gestion du virtuel, et en premier lieu de la finance, au détriment de la vie réelle. Au mieux, on lutte contre les incohérences de la société, alors qu’il faudrait passer à la fabrication de cohérences.

Ces orientations ne surprendront les internautes habitués à ce site, et elles sont toujours utiles à rappeler. Elles constituent le socle de ce qui fait l’originalité de ce livre. L’auteur tire de son expérience de nombreuses pistes d’action. Il s’intéresse aux lieux où se fabrique l’imaginaire, les agoras, les stades et les amphithéâtres remis à la mode du XXIe siècle. Il s’agit de réaliser de lieux de partages et d’émotions, de rencontre d’identités multiples. Il transpose cette préoccupation à l’école et à l’entreprise, ainsi qu’aux espaces publics et à la rue, en appelant en renfort l’architecte américain Louis Kahn, pour qui la rue est « une chambre de connivence, une pièce communautaire faite pour l’usage commun, dont le plafond est le ciel », et le rugbyman, devenu écrivain, Daniel Herrero, qui rappelle que la rue « appartient à tous, et pourtant elle n’est à personne. C’est le terrain de jeu des enfants, le jardin des plus âgés ». Le volet social du développement durable, traduit en une nouvelle ambition d’art de vie, est ainsi une fille naturelle, si l’on ose dire, de la gouvernance, avec une référence appuyée à l’imagination et au dépassement de soi. Dans sa conclusion Jean-Pierre FAYE reprend une citation d’un philosophe de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, Paul-Henry Thiry d’Holbach, « La vie sociale n’est pas une qualité secondaire du genre humain mais une nécessité de son être ». Nous étions alors au XVIIIe siècle, et on ne parlait pas encore de développement durable, mais voilà une conviction à recycler au XXIe.


 

Christian de Perthuis, Pearson, 2009


Et pour quelques degrés de plus…

Professeur d’économie et conseiller de la Caisse des dépôts et consignations, Christian de Perthuis nous livre ici sa vision du protocole de Kyoto et de ses suites, dans la perspective de la conférence Copenhague. Après une présentation très pédagogique des mécanismes du réchauffement climatique, il nous décrit les mécanismes mis en place dans un contexte d’inégalité extraordinaire entre la petite Liliana, qui habite le nouveau lotissement de Burlington Park, à 18 miles à l’est de Los Angeles, et Marjohan, qui aide son père à cultiver 2 hectares de riz dans le sud-est de Bornéo. Un budget carbone de 20 tonnes de CO2 par tête dans le premier cas, de 2,5 tonnes dans le second cas. De l‘essence pour les voitures, du charbon pour l’électricité pour Liliana, du méthane issu de la rizière pour Marjohan. Les difficultés d’un arrangement mondial dans ces conditions sont impressionnantes.


La crise financière va-t-elle arranger les choses ? Bien sûr, en 2008 comme au moment des crises antérieures, on observe une baisse significative de la consommation d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre. Mais sans transformation des modes de vie, cette baisse n’est que conjoncturelle, et s’efface bien vite. L’économiste s’interroge sur les effets des prix élevés du pétrole. Bénéfiques d’un côté, ils ont souvent des conséquences sociales très durs, et peuvent encourager de mauvaises initiatives. C’est l’effet pervers de la recherche et l’exploitation de nouveaux gisements, ou le glissement vers le charbon, encore abondant et autrement plus polluant que le pétrole. Il faut y ajouter les effets destructeurs de la crise alimentaire de 2007 et 2008. Au-delà du drame humain, elle a conduit à mettre en culture
des espaces forestiers. L’accélération de la déforestation, encore accentuée par le développement de biocarburants et notamment de l’huile de palme, dégrade durablement la capacité de la planète à absorber le CO2.


Je ne vais pas résumer ce livre très riche, qui vous entraîne dans la matière économique avec le prix à accorder aux biens communs et les manières de le fixer, les effets de ce nouveau marché sur les échanges et les intérêts des grands acteurs économiques, les mécanismes particuliers élaborés pour intégrer les pays en développement dans cette nouvelle économie, où l’agriculture et la forêt jouent un rôle que l’on avait sans doute négligé. Equité et éthique sont au cœur de cet ouvrage, dont la lecture s’impose pour comprendre les enjeux de la conférence de Copenhague.


 

Le bilan de compétences

Michel Joras, collection

Que sais-je ? PUF, 2007 pour la dernière édition


bilan des comptences

Quelle relation entre le bilan de compétence et le développement durable ? La réponse vient de deux côtés. De l’un, le développement durable étant fondé sur une large « dématérialisation » de l’économie, la vieille citation de Jean Bodin Il n'est de richesse que d'homme reprend de la jeunesse. Mais ce n’est pas le nombre des hommes, mais leur compétence, leur talent, leurs savoirs qui compte aujourd’hui. Mais ce n’est pas tout. La démarche même du bilan de compétence est une alternative fructueuse à la sélection, source fréquente d’exclusion. Au lieu de fixer a priori un profil et d’éliminer tout ce qui ne passe pas à ce tamis, le bilan de compétence part du capital humain, en cherche toutes les pépites, même celles enfouies dans l’inconscient des intéressés, pour les valoriser. Nous sommes typiquement dans une démarche de type DD. Une autre manière de voir les choses de la vie, et surtout les êtres humains, considérés comme une richesse en soi.


Comme souvent l’histoire débute avec l’armée. Il s’agissait de reclasser des militaires à la fin d’un conflit. Le concept est né en 1945 en Amérique, et les prémisses apparaissent en France une quinzaine d’années après. Il trouve ses lettres de noblesses et sa forme actuelle en 1991, dans un accord interprofessionnel.


Le livre de Michel Joras, dont la première édition date de 1995, nous présente l’histoire et la progression du bilan de compétence dans notre pays. Son statut juridique, les conditions de succès, les conseils aux acteurs, entreprises et salariés, pour la qualité de ce bilan qui n’est jamais anodin. Et il nous précise la définition de la compétence :

  • Les savoirs ou connaissances spécifiques et transverses,

  • Les savoirs mis en pratique, savoir-faire, les aptitudes,

  • L’intelligence personnelle et professionnelle, les capacités,

  • Les attitudes comportementales, les savoir-être-avec,

  • L’envie, la volonté de mettre en œuvre ses compétences et de les développer lorsque l’employeur en donne les moyens,

  • Au moment où la globalisation de l’économie s’impose, il semble indispensable face au métissage des cultures d’ajouter des critères supplémentaires : la compréhension de l’autre, des savoirs-être culturels…

Une piste de réflexion développée et illustrée pour les compétences professionnelles, mais qui pourrait s’appliquer aussi à des territoires, des entreprises et des communautés humaines.



Ambiances, densités urbaines & développement durable

Elisabeth Pélegrin-Genel et François Pélegrin

Editions PC, juin 2008


Ambiances, densités urbaines & développement durable

La densité dans les villes, voilà un beau sujet de travail. On en parle beaucoup, mais l’art est difficile. Place à l’observation, aux constatations. Car il y a eu de nombreuses initiatives, ici et là. Au-delà des débats que la densité suscite, les auteurs ont fait le point de la situation. Très vite les enjeux et le cadre réglementaire sont présentés, et construisent un fond de décor où les acteurs vont s’exprimer. Les acteurs, ce sont 20 opérations, terminées, aux quatre coins de la France, à la ville, en banlieue et à la compagne. 20 opérations qui nos sont présentées et décortiquées. Le programme et les intentions de leurs promoteurs, le contexte, les données chiffrées, les formes urbaines adoptées, les ambiances et la vie de quartier. Une démonstration par la preuve de la diversité des densités. Ce mot fait souvent peur, et des erreurs spectaculaires ont nourri cette peur. La réalité présentée dans ce livre montre clairement que l’on sait faire, aujourd’hui, de « bonnes densités ». Il y a même pour cela des méthodes brièvement présentées dans l’ouvrage. Celui-ci est parrainé par l’association des maires de France et l’Union sociale pour l’Habitat, puissent les maires, leurs services et les organismes HLM s’en inspirer abondamment !

 


 

In the bubble, de la complexité du design durable (John Thackara, Cité du design édition, 2008)
In the bubble, de la complexité du design durable

Voici un livre de John Thackara qui nous permet de parler de design, de design non durable etde design durable.
Ce n’est pas la première fois que le design est confronté à la question de la nature. En 1969, Ian McHarg avait fait œuvre de pionnier en publiant Design with nature, suivi quelques années plus tard par le livre de Victor Papanek, d’approche résolument sociétale, Design pour un monde réel, Ecologie humaine et changement social. Depuis, les enjeux liés à nos modes de production et de consommation sont devenus encore plus pressants. Au début des années 2000, Thierry Kazazian reprend la réflexion en misant sur les « choses légères»(1).
In the bubble, dans la bulle, est une expression des aiguilleurs du ciel, pour décrire le niveau de concentration nécessaire pour traiter « les flux incessants d’information qui leur parviennent ». Dans cette bulle, ils arrivent à contrôler les mouvements des avions, alors que nous avons le sentiment de ne rien maîtriser des systèmes complexes que nous inventons. Comment reprendre la main sur ces choix qui sont faits chaque jour, qui s’enchainent, et nous entraîne vers une situation des plus alarmantes ? « Autour de nous, quatre-vingts pour cent de l’impact environnemental des produits, services et infrastructures provient de décisions prises durant le processus d’élaboration en design. Au-delà des produits que nous utilisons, ces décisions ont une incidence sur les matériaux et sur l’énergie nécessaires à leur fabrication, sur la manière dont nous les utilisons quotidiennement et sur ce qu’il advient d’eux lorsque nous devons nous en séparer ». John Thackara propose une transition, déjà amorcée grâce à de nombreuses initiatives, certaine technologiques mais pour l’essentiel de l’ordre des pratiques sociales. « Ce livre parle de transition, de celle qui s’opère en passant d’une innovation fondée sur la seule prospective scientifique à une innovation qui s’inspire de la prospective sociale ». Plusieurs lignes directrices, comme la place des êtres humains et des organisations sociales, ou encore le respect de la complexité, la capacité à « penser les systèmes en termes de globalité ». John Thackara dénonce la foi aveugle en la technique, le plan A de la société Marks & Spencer, et les modes de vie déterminés par des objets. Il accorde une place prépondérante à la qualité et à la gestion du temps, avec une tendresse affichée pour les concepts de slow food, slow trams, slow cities.
Tout comme ce moniblog, l’ouvrage est construit autour de mots, quatorze en l’occurrence, autant d’occasions de faire un tour rapide mais percutant d’un domaine ou d’un concept : durabilité, légèreté, vitesse, mobilité, présence, local, situation, nourriture, soins, enseignement, compréhension, intelligence, développement et flux. On y trouve de nombreuses illustrations de ce que peut être un design durable, un design qui s’intéresse aux besoins et à la manière la plus « légère » d’y répondre, un design qui favorise une perception directe des conséquences des choix effectués, un design qui s’inspire des performances extraordinaires que la nature nous montre tous les jours. Et retenons bien la loi de Thackara, qui opère ainsi un rapprochement entre intelligence et développement durable : « Si vous introduisez une technologie intelligente dans un produit sans intérêt, le produit restera sans intérêt ».

1 - Il y aura l’âge des choses légères, Victoires Editions, 2003

  


Dominique MOÏSI
La géopolitique de l’émotion
Flammarion, 2008


Il s’agit ici des ressorts profonds de nos sociétés. L’émotion nous gouverne à titre personnel, elle est aussi très active à l’échelle de sociétés entières. Dominique Moïsi en retient trois déterminantes, l’espoir, l’humiliation et la peur. Ces émotions évoluent, changent de région du monde en fonction des évènements  et des cultures. Aujourd’hui, l’espoir est asiatique, l’humiliation est largement ressentie par le monde musulman, et la peur a envahi le monde occidental. Avec des nuances, et des dosages différents quand on entre plus dans le détail des pays, mais les dominantes sont claires dans ces trois régions du monde. Les dosages sont plus incertains, les dominantes moins fortes pour les autres pays, comme la Russie, l’Afrique et l’Amérique Latine.

Il s’agit des émotions ressenties, même si elles ne sont pas toujours justifiées, et c’est ça qui compte, c’est ça qui détermine les comportements. Et tant mieux, ça donne de l’humanité à nos échanges, les simples calculs d’intérêt économique sont remis en perspective. Pour un pays comme la France, ancienne puissance coloniale, qui revendique toujours un statut de grande puissance, le diagnostic est sévère. D’une manière générale, le monde occidental doit « reconnaître que la mondialisation a cessé de lui appartenir ». Un constat douloureux, qui provoque la peur, celle des peuples qui comprennent qu’ils auront de plus en plus de mal à choisir leur propre destin, après avoir dominé ceux des autres. C’est la « peur du futur, incertain, menaçant, sur lequel les êtres humains semblent avoir peu –ou pas – de prise ».

Le développement durable n’est pas le sujet de ce livre, mais il y est bien présent. Il montre clairement que les biens matériels, malgré leur importance, sont seconds par rapport à des émotions, par nature immatérielles, et qui forgent les mentalités. Une croissance immatérielle, fondée sur des émotions, peut se faire jour et offrir des alternatives à la croissance essentiellement matérielle que nous connaissons actuellement, avec le PIB en figure de proue. L’espoir, bien terni en Europe notamment, peut reprendre des couleurs si la peur du futur ne nous inhibe pas. La forte croissance matérielle des pays d’Asie, la « Chininde », ne peut se prolonger sans mettre en péril l’avenir de la planète, et de nouveaux modèles de développement doivent émerger. L’Europe est bien placée (voir le mot Europe), pour peu que nous acceptions d’entrer dans l’inconnu au lieu d’en avoir peur. « L’instinct de conservation, c’est le changement » nous dit Dominique Moïsi. Définissons le développement durable comme la construction collective du monde de demain. L’Europe, vieillie, sans matières premières, y est condamnée. Vive la nouvelle étape de l’humanité ! Ce n’est guère le discours dominant, trop souvent axé sur le rappel de nos fautes, de nos excès, et celui du châtiment qui nous attend. Ce discours ne peut que conforter les peurs, et par suite un sentiment de repli en attendant l’humiliation des civilisations déchues.

Ce dernier paragraphe déborde le strict cadre d’une note de lecture, ce serait plutôt un commentaire personnel inspiré par le livre de Dominique Moïsi. Celui-ci offre l’occasion de souligner le poids des émotions, qui nous donnent des indications très claires sur la manière de parler du développement durable, abandonnant toute peur et tout sentiment d’humiliation, pour en faire un facteur d’espoir.

 

 

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