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notes de lecture - note de lecture
Écrit par Dominique Bidou   
Samedi, 12 Mars 2011 09:52

Manifeste d’économistes atterrés
Philippe Askenazy, Thomas Coutrot, André Orléan, Henri Sterdyniak
Les Liens qui Libèrent, 2010



Petit livre « manifeste », construit autour de 10 fausses évidences, trop répandues et admises aujourd’hui sans discussion. L’idée générale est de remettre en cause la religion des marchés financiers, avec un premier constat, bien sûr atterrant : après avoir provoqué des crises à répétition, dont la dernière, de 2008, particulièrement violente, les marchés financiers demeurent la référence, l’alpha et l’oméga de la doctrine économique dominante. Leur pouvoir semble même sortir renforcé de la crise, alors même que leur responsabilité est largement admise. Voilà effectivement de quoi être atterré, surtout pour ceux dont la profession serait d’éclairer les politiques. L’objet de cet opuscule est de faire progresser l’idée selon laquelle la science économique doit éclairer la pluralité des choix possibles, et non prétendre choisir à la place des citoyens. Ce livre est bien dans l’esprit de ce site, où le développement durable est lié à l’ouverture du champ du possible, ouverture à éclairer autant que faire se peut, sans imposer de solution unique.
L’erreur est de croire que les marchés financiers fonctionnent comme les autres marchés. Ils ne secrètent pas de système intégré de régulation, bien au contraire. Pour les biens et les services, les prix qui s’envolent provoquent des réactions de modération, il y a des courroies de rappel. A l’inverse, les perspectives de profit d’un produit financier provoquent une aspiration d’argent qui en renforce le prix en une spirale ouverte. Il en résulte des bulles, qui déstabilisent l'économie réelle.
Ce dogme de l’efficience des marchés financiers a poussé les états à confier à ces derniers les leviers de leurs économies. Le piège se referme, avec une perte manifeste de liberté de manœuvre. L’Union européenne a du créer dans l’urgence un fonds européen de stabilité financière pour palier l’interdiction faite à la banque centrale européenne de financer les états membres, et leur permettre d’échapper en partie aux exigences des marchés financiers internationaux.
Parmi les fausses évidences, on notera : Il faut réduire les dépenses pour réduire la dette publique » : « à long terme, les investissements et dépenses publiques (éducation, santé, recherche, infrastructures…) stimulent la croissance. Il est faux d’affirmer que tout déficit public accroît d’autant la dette publique, ou que toute réduction du déficit permet de réduire cette dette. Si la réduction des déficits plombe l’activité économique, la dette s’alourdira encore plus.
Autre rappel utile : les exigences de profitabilité inhibent fortement l’investissement : plus la rentabilité demandée est élevée, plus il est difficile de trouver les projets suffisamment performants pour la satisfaire.
L’acceptation du modèle financier dominant a conduit l’Europe à abandonner ses spécificités et son « modèle social », et à laisser filer ses atouts. La conséquence en serait-elle le déclin qu’elle ressent ?
Un ouvrage décapant, qui ne provoquera pas forcément l’adhésion, mais qui introduit le débat, autour de 22 propositions pour sortir de l’impasse en ouvrant le champ du possible.
Affaire à suivre sur http://economistes-atterres.blogspot.com/2010/09/manifeste-des-economistes-atterres.html

Mise à jour le Lundi, 14 Mars 2011 11:24
 

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