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notes de lecture - note de lecture
Écrit par Dominique Bidou   
Mardi, 04 Octobre 2011 09:18

Pour une raison écologique
Bernard Perret, Flammarion, 2011



Cet ouvrage est le fruit d’un constat : on n’arrivera pas à aller vers l’écologie par une simple rationalité économique ». Le « double dividende, gagnant-gagnant, n’a pas convaincu Bernard Perret, ancien élève de l’école polytechnique et ingénieur socio-économiste, qui cite Albert Einstein en exergue : « Les problèmes importants qui sont devant nous ne peuvent être résolus par le genre de pensée qui les a créés ». Il y a bien sûr des réponses partielles, comme le découplage entre la croissance et la consommation de ressources, et les tentatives d’instrumentaliser le marché au service d’un objectif d’intérêt général, par des taxes ou des quotas. Elles ne suffisent pas, et peuvent même entretenir des illusions, comme celles de la croissance verte. La puissance de la pensée économique est trop forte, et même les Etats, eux-mêmes animés d’une logique de puissance, se trouvent tenus par une obligation de croissance. C’est là un point important développé par Bernard Perret. L’efficacité de la « raison économique », qui s’est imposée dans le monde entier, qui se décline à toutes les échelles, mais qui ne couvre pas tout le champ de la vie réelle. C’est la perfection même de la raison économique – son extraordinaire pouvoir de rationaliser l’existence individuelle et d’ordonner la vie complexe des sociétés à grande échelle – qui la rend dangereuse, porteuse d’un autisme suicidaire. Le bouclage sur elle-même de la pensée économique reflète parfaitement la manière dont l’économie fonctionne en tant que logique sociale autosuffisante. Les phénomènes qu’elle ignore sont négligés. Comment donner un prix économique aux biens environnementaux, comment valoriser le futur ? Dans ces conditions, il devient particulièrement difficile d’articuler la logique du marché et celle de l’effort partagé, comme en témoignent notamment les conférences successives sur le changement climatique.
L’effet combiné de la puissance et des œillères de la raison économique met la planète – et donc l’humanité - en danger. Ce que Bernard Perret appelle « raison » est un ensemble de « procédures de pensée » qui gouverne nos jugements et nos actes dans un contexte donné. Il convient de relativiser la raison économique, et de donner aux sociétés d’autres cadres de pensée, d’autres repères. Une autre « raison ». Ce n’est pas facile, d’autant que la raison économique est « rusée ». « Les vices privés font les vertus publiques ».  Face à la crise écologique, cela ne marche pas. « Ce n’est pas en actionnant les ressorts frustres de « l’homme économique » que l’on suscitera des comportements axés sur la sobriété et l’autolimitation des besoins ». On retrouve la conviction exprimée en tête de l’ouvrage.
Comment construire une raison écologique, capable de peser réellement face à la raison économique si bien installée ? L’importance des enjeux, leur universalité, lui en donne les moyens. Encore faut-il, face à l’ampleur des contraintes que l’avenir fait peser sur le présent, donner un sens fort à l’avenir, et transformer « l’utopie en espérance ». On note que Bernard Perret, pour étayer son développement, s’appuie sur des philosophes autant que sur des économistes. Il en déduit huit principes d’action pour construire un nouveau cadre de rationalité, qu’il expose dans la troisième partie de l’ouvrage. Ce nouveau cadre est déjà engagé, partiellement et dans le désordre, puisque de nombreuses propositions que l’on y trouve sont déjà sur la place publique. On citera notamment la reconnaissance du droit des générations futures, et la manière de mesurer le bien-être. De nombreux travaux, de juristes et d’économistes, ont été lancés sur ces questions. Mais il manque la cohérence et la puissance du message. L’important est de donner de la lisibilité à cet ensemble, et d’offrir ainsi aux décideurs de tous niveaux, du citoyen au grand dirigeant, des repères évidents dans leur vie quotidienne. Il faut  utiliser de manière synergique tous les modes d’influence : faire appel aux motivations les plus élevées, modifier les représentations et les grilles d’analyse de la réalité, créer de nouvelles institutions et règles de droit, développer des indicateurs, des procédures d’évaluation et des systèmes d’information accordés à la perspective du développement durable, sans oublier bien sûr les incitations économiques. Voilà un beau programme, pour lequel un effort de créativité collective sans précédent est demandé !

Mise à jour le Mardi, 04 Octobre 2011 09:36
 

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